| Conférence
de presse du Professeur Samdhong Rinpoché, Président du Parlement Tibétain
en exil Paris, Bureau du Parlement européen, Mardi 17 octobre 2000 Samdhong Rinpoché: Bonjour. Je voudrais évoquer la situation actuelle au Tibet, dans le contexte de la visite en Chine du Président Français. Ce matin j'ai rencontré M. Badinter. Nous avons eu une longue discussion, et il s'est montré très bien disposé vis-à-vis du problème du Tibet; il nous est apparu très motivé. Ensuite, au bureau du Premier Ministre, j'ai rencontré le conseiller technique pour l'Asie et il s'est également montré très concerné. Nous avons eu un échange de vues. Puis à onze heures, nous avons rencontré le Groupe Parlementaire pour le Tibet au Sénat, et il y a eu une grande audition. Ma visite est donc très utile. La situation au Tibet se détériore à grande vitesse depuis trois ans, et en particulier depuis juillet cette année. La répression religieuse, la discrimination raciale et l'exploitation économique ont augmenté. La planification systématique du transfert de population au Tibet a déjà apporté plus de sept millions et demi de Chinois, ce qui est beaucoup plus que la population tibétaine. Dans un futur proche, ils projettent d'accentuer encore ce mouvement. Dans le cadre du programme économique pour la "Région Autonome du Tibet", plus de 40 grands projets ont été identifiés et au nom de ces projets, il est prévu de déplacer des populations chinoises, en mettant en avant le besoin de main-d'oeuvre qualifiée, de techniciens, de cadres, etc. De cette façon, la population Chinoise peut être déplacée au Tibet plus efficacement. En même temps, la répression a augmenté. Les Tibétains vivant à l'intérieur du Tibet subissent une grande misère, et chaque jour ils doivent vivre la peur et l'incertitude. Le temps presse: il est plus que jamais urgent de trouver une solution au problème Tibétain. Dans de telles circonstances, comme nous l'avons dit en mai dernier à la Conférence internationale des groupes de soutien au Tibet, à Berlin, il faut maintenant adopter une stratégie dans le temps. La pression publique internationale sur les autorités Chinoises, tout comme la pression sur les différents gouvernements, doit être augmentée pour parvenir à des résultats dans un futur proche. Pour le Gouvernement Tibétain en Exil et Sa Sainteté le Dalaï Lama, notre politique est celle de la voie médiane, pour obtenir l'ouverture d'un dialogue avec les autorités chinoises en vue du règlement du problème Tibétain; mais la réponse du gouvernement Chinois est très lente et plutôt négative. Le seul moyen pour l'amener à la table des négociations est donc de faire pression sur lui, de façon visible ou invisible, de toutes parts, en particulier de la communauté internationale. C'est la seule méthode; nous n'avons pas d'autre moyen pour traiter avec la Chine. Notre approche est sincère: nous voulons la stabilité en Chine, et nous sommes prêts à trouver des compromis avec l'occupation chinoise s'ils garantissent au Peuple Tibétain une autonomie culturelle et religieuse, et permettent aux Tibétains de mener leur vie comme ils le souhaitent, d'assurer leurs responsabilités légitimes et leurs devoirs. La demande minimale avancée par Sa Sainteté le Dalaï Lama, est en résonance avec les déclarations chinoises datant de 1978, où le leader Chinois Mr Deng Xiaoping avait déclaré qu'excepté la séparation du Tibet de la Chine, tous les autres sujets pouvaient être réglés par la négociation. En réponse, Sa Sainteté a convenu que si les trois régions du Tibet sont unifiées et pourvues d'une véritable autonomie démocratique, aucune demande de séparation ou d'indépendance ne serait faite. Ainsi dans ce cadre, le Gouvernement Tibétain en Exil était prêt à négocier, mais la Chine essaye de gagner du temps, et a avancé de nouvelles conditions préalables, inacceptables. Dans de telles circonstances et comme nous en avons discuté à Berlin, nous donnons trois ans aux Chinois pour entreprendre des négociations sérieuses avec Sa Sainteté le Dalaï Lama. Dans un délai de trois ans, s'il n'y a aucune réponse, le gouvernement tibétain devra adopter une nouvelle stratégie. C'est notre pensée aujourd'hui ; il nous semble que c'est la seule voie. La résolution du Parlement Européen en juillet de cette année a apporté un soutien énergique à ce sujet. Maintenant, il faut penser aux manières de donner suite à cette résolution, comment l'adapter dans divers gouvernements nationaux et parlements nationaux, donner suite à la résolution du Parlement Européen. Je pense que cette période de trois ans est extrêmement importante pour la cause tibétaine. J'ai donc demandé aux groupes de soutien au Tibet de prendre toutes les initiatives en ce sens, et de coordonner leurs actions au niveau national et international. Les groupes de soutien au Tibet ont travaillé dur toutes ces dernières années, et je sais qu'ils continueront jusqu'à ce que le problème du Tibet trouve une solution. Merci à tous d'être venus ici ce matin. C'est très encourageant, et j'espère que nous nous coordonnerons et travaillerons de plus en plus ensemble dans le futur. Merci beaucoup. Question : Pensez-vous que la compassion peut désarmer la Chine et sauver le Tibet? S.R. : J'y crois beaucoup. Si nous pouvions développer une véritable compassion, elle désarmerait certainement le peuple Chinois. Mahatma Gandhi disait que s'il pouvait réunir cent satyagrahin, alors il surmonterait le régime Britannique dans un délai de 24 heures. De mon côté, je dis que si la majorité des Tibétains pouvait produire une compassion véritable pour le peuple Chinois, alors je pense qu'en trois mois, un changement positif pourrait survenir. Mais c'est très difficile pour le peuple du Tibet, parce que son cour est très profondément blessé. Avec les enseignements de Sa Sainteté, j'espère que le peuple Tibétain comprendra ceci, et nous pourrions alors générer une telle compassion. Ca peut prendre trois mois, ça peut prendre trois semaines, ça peut prendre trois jours, mais je veux dire qu'il y aurait le changement. Conférence de Presse organisée le Mardi 17 Octobre 2000 par le Parti Radical Transnational (Olivier Dupuis) et par l'Association France-Tibet. Pendant la visite de Samdhong Rinpoché en France, beaucoup de rencontres politiques importantes ont eu lieu. 50.000 signatures rassemblées par les associations, ainsi qu'un Appel pour le Panchen Lama, signé par 300 ONG et personnalités, ont été remis à l'Elysée à la veille du départ de Jacques Chirac en Chine. Une conférence s'est tenue à la Sorbonne, réunissant plus de 260 personnes, et s'achevant par la projection en avant-première du film "Les guerriers de l'esprit", film sur Samdhong Rinpoché et la grève de la faim des Tibétains en 1998 à Delhi. (Les satyagrahin, littéralement " ceux qui possèdent la fermeté de la vérité " sont les adeptes du mouvement non-violent de résistance à l'oppression inauguré par Gandhi en Inde, à partir de 1920, dans un but politique. Ce mouvement qu'on appelle le satyagraha ainsi que la réflexion du Mahatma Gandhi inspirent profondément Samdhong Rinpoche qui a placé, au-dessus de son bureau de Président du Parlement tibétain en exil, un portrait de Gandhi.) |