III° SEMINAIRE EUROPEEN SUR LE TIBET
PLEINE AUTONOMIE POUR LE TIBET DANS LES TROIS ANS OU RECONNAISSANCE INTERNATIONALE DU GOUVERNEMENT TIBETAIN EN EXIL

Parlement européen, Bruxelles, les 7 et 8 décembre 2000

Intervention de François Bruxeilles, le 7 décembre 2000

"Je voudrais rentrer dans le vif du sujet, par une première intervention. Donc ce n'est que le premier volet. S'efforcer de définir préalablement le statut des négociations tibétaines à mener à la table des négociations, me paraît la question centrale.
Depuis des lustres, les précédents dialogues ou négociations sino-tibétains montrent une constante: les interlocuteurs chinois n'ont de cesse de "bluffer" leurs homologues tibétains.
En vertu de ces leçons du passé, il est hasardeux et potentiellement très périlleux de se contenter d'obtenir simplement le consentement de principe des autorités de Pékin.
Au nom de quoi serait-il réaliste et profitable de penser que les négociateurs chinois seraient loyaux, pour reprendre un mot utilisé tout à l'heure?
L'Etat chinois respecte non le droit mais les rapports de forces. Pékin a l'intérêt à faire passer pour une concession majeure et quasiment une fin en soi l'ouverture de négociations dont les règles ne sont pas définies à l'avance.
Le Tibet ne peut faire valoir ses droits légitimes s'il admet des concessions aussi fondamentales que celle d'accepter qu'il n'est qu'une partie de la République Populaire de Chine, demandant un statut spécifique d'autonomie. Souvenons-nous de l'Accord en 17 points de 1951! Non seulement il fut obtenu sous contrainte et fortes menaces mais il ne fut jamais appliqué.
Seul le langage de la fermeté peut faire varier l'Etat chinois dans ses positions mais pour sûr jamais la conciliation qui est toujours interprêtée comme une preuve de faiblesse.
Escamoter la vérité de l'histoire avec les meilleures intentions du monde, c'est-à-dire avec la motivation tactique et la pensée qu'elle rendra l'Etat chinois conciliant, est une tentative qui a déjà eu des précédents dans le passé. Elle a l'inconvénient majeur de désavouer la Charte des Nations unies, qui s'applique à tous les peuples. Le Tibet est un pays illégalement occupé et non une province chinoise.
Le seul statut avantageux pour les négociateurs tibétains et fidèle au droit ne peut être que celui de mandataires du Gouvernement tibétain en Exil (GTE), émanation d'un Etat souverain, victime d'un fait de guerre selon le vocabulaire adéquat des juristes internationaux.

Donc je suggère que l'on travaille en priorité à mettre en avant ce statut préalablement défini des négociateurs tibétains, sur la base de la vérité de l'Histoire. Qui dit vérité dit justice et c'est bien notre but commun.
Je dis donc à chacun, en toute amitié: nous avons à faire à un pays totalitaire, extrêmement retors, qui a bien compris quel intérêt il avait à définir la question tibétaine comme une question interne.

Et les chancelleries européennes sont bien soulagées que l'on demeure dans le seul cadre flou d'un accord de principe de négociations sans en dire davantage hormis des généralités qui ne sont généreuses qu'en paroles.
La demande d'autonomie exprimée par le Dalaï-Lama a ainsi toutes les chances d'être dénaturée par la diplomatie occidentale au profit de ses seuls intérêts cas celle-ci n'a pour l'heure nullement l'intention de prendre à bras le corps la question tibétaines à l'image de la question palestinienne.
La reconnaissance de la légitimité de GTE, c'est le moyen préalable, c'est l'outil nécessaire pour que la communauté internationale considère le Tibet cmme un membre à part entière, devant jouir des mêmes droits.
A contrario toute négociation qui ne prédéfinirait pas la légitimité du GTE et donc celle de ses négociateurs encourt le risque majeur d'enterrer définitivement les droits fondamentaux.du peuple tibétain en tant que nation et Etat illégalement occupé, et de réduire considérablement le degré hypothétique de concession de l'occupant chinois.
Donc en résumé, c'est notre combat pour faire reconnaître la légitimité du GTE qui assurra les conditions d'un succès possible de négociations dignes de ce nom."

Intervention de François Bruxeilles , vendredi 8 décembre 2000


"Au moment de clore, je voudrais expliquer les raisons d'une position de retrait par rapport à la campagne qui s'annonce alors même que je reconnais à celle-ci une dynamique très constructive.
Cela fait dix ans que, sur l'interpellation de ma propre conscience, je me suis décidé - avec mon épouse à Marseille - à défendre la cause tibétaine, en partant de zéro.
Ces dix ans écoulés ont donc coincidé étroitement avec les différents chapitres de l'évolution de la cause tibétaine dans un pays européen tel que la France.
Si je donne ces précisions c'est uniquement pour montrer que ma position d'aujourd'hui n'est pas le fruit de considérations hâtives ou insuffisamment mises à l'épreuve de l'expérience vécue.
Ce combat en faveur du peuple tibétain, si cher à mon coeur, je l'ai toujours personnellement fondé sur ma foi en des valeurs républicaines et démocratiques, vieilles de deux siècles, dont la philosophie se trouve incluse dans la Charte des Nations unies.
Deux références historiques ont toujours occupé une place à part dans ma conception de cette lutte: la résistance française de 1940 et Gandhi.
La première c'est le refus du déshonneur, c'est le refus irréductible de céder devant la force brutale, quoi qu'il en coûte. Les guerriers khampas en sont l'illustration tibétaine.
La seconde, c'est l'acharnement à insister sur la vérité sans haïr l'ennemi ou l'adversaire.
"Haïssez le péché, non le pêcheur" disait Gandhi. Le projet Satyagraha de Samdhong Rinpotché en est l'illustration tibétaine.
De la première il découle que je n'accepterai jamais, je dis bien jamais, d'escamoter auprès d'un réprésentant élu de la nation à laquelle j'appartiens ou d'un représentant du gouvernement de mon pays la vérité de l'Histoire.
Dans cette affaire de la vérité concernant le Tibet - au sens politique et non philosophique du terme, bien entendu - je n'accepterai jamais que mon pays puisse trahir la vérité de l'Histoire, la vérité concernant la souveraineté du Tibet et de son choix inaliénable à l'indépendance. Je me suis toujours, en toutes circonstances, adressé à mes interlocuteurs, à quelque catégorie qu'ils appartiennent, sur la base morale de ne jamais trahir mes frères et soeurs tibétains qui se sont battus en donnant leur vie pour la totale liberté de leur peuple, ainsi que nous y invitent depuis longtemps des leaders tibétains tels que Lhazang Tsering et Dyamyang Norbu.
J'ai honte pour mon pays, du fait que tous les gouvernements français qui se sont succédés depuis 1964 - date du rétablissement des relations diplomatiques franco-chinoises - s'appuient dans toutes leurs communications sur cette fiction de l'appartenance du Tibet à la Chine.
Toutes les rhétoriques diplomatiques refusent absolument de remettre en cause cette philosophie générale des gouvernements consistant, au nom du pragmatisme, à valider le droit du plus fort.
J'étais prêt à soutenir cette campagne si, malgré les interrogations posées dans ma première intervention, il y avait eu le projet de faire la requêtes par voie parlementaire auprès du gouvernement interpellé, d'une reconnaissance officielle de la souveraineté passée du Tibet avant 1950, donc des attributs de peuple et de nation, et donc de tous les droits que ce statut confère.
Je suis bien sûr conscient que je demande la lune puisque je requières d'instances exécutives auxquelles nous nous adressons de considérer non des intérêts d'Etat, non la puissance de l'Etat chinois, mais la primauté devant être donnée à l'honnêteté.
Je ne veux rien demander à un gouvernement qui occulterait un nécessaire examen de conscience et le rappel du droit inaliénable, conforme à la Charte des Nation Unies, pour le peuple tibétain de recouvrir son indépendance après qu'on lui aura donné les moyens d'exprimer sa volonté par un scrutin d'autodétermination.
Je respecte infiniment le point de vue majoritaire de cette assemblée et les motivations tout à fait honorables qui les animent mais il ne sera pas dit que, parmis les citoyens européens, il ne s'est pas trouvé des personnes pour refuser de cautionner le deni de justice d'une communauté internationale que l'on sollicite et qui a la lâcheté de ne pas oser dire à l'Etat totalitaire chinois qu'il s'est rendu coupable d'agression militaire caractérisée et donc d'une occupation illégalle d'un territoire voisin étranger.
Cet Etat chinois, comme d'ailleurs son prédécesseur, se moque du droit et il ne consent à changer que s'il rencontre en face une authentique fermeté.
Allons-nous nous adresser, par la voie de nos parlementaires, à nos gouvernements comme s'ils pouvaient faire l'économie de leur propre autocritique?!
Allons-nous, nous citoyens libres, dotés de notre liberté d'expression constitutionnelle, les tenir quitte de leurs faits de complicité objective?
Pour moi, c'est clair, je m'y refuse.
La position officielle de mon gouvernement est amorale: je lui propose de s'honorer en changeant de politique, en défendant les droits d'une peuple en actes et non en paroles, mais pas au prix de l'amnésie.
A quoi bon parler du devoir de mémoire dans notre vieille Europe si nous n'appellons pas notre gouvernement à voir l'inconsistance non pas juridique, mais morale de sa politique diplomatique sur la question du Tibet?
Pour François Corona et moi-même, qui représentont l'association TLS, c'est une position de principe.
Nous sommes bien conscients que notre point de vue est très minoritaire ici.
Je rappellerai toutefois qu'un intellectuel tibétain de grande envergure comme Lhazang Tsering défend le point de vue que l'indépendance doit demeurer le seul et unique objectif, considérant celui-ci comme une mission sacrée vis-à-vis des générations tibétaines du passé et du futur.
Le Dalaï Lama a lui-même désiré que le processus de démocratisation, né en exil sous sa propre impulsion, se poursuive et se renforce.
A ce titre rappelons-nous que la vois du peuple tibétain, c'est aussi celle du Tibetan Youth Congress, favorable à l'indépendance, et de la résistance intérieure.
Chacun procède au choix que lui dicte sa conscience. La mienne vient de s'exprimer, elle est sur la même longueur d'onde que celle de mon ami François Corona.
Je vous remercie de m'avoir écouté et je vous souhaite avec la plus grande sincérité un plein succès pour la campagne très constructive que vous vous apprêtez à lancer."