|
III°
SEMINAIRE EUROPEEN SUR LE TIBET
PLEINE AUTONOMIE POUR LE TIBET DANS LES TROIS ANS OU RECONNAISSANCE
INTERNATIONALE DU GOUVERNEMENT
TIBETAIN EN EXIL
Parlement européen, Bruxelles,
les 7 et 8 décembre 2000
Intervention de Thomas Nagant
Plusieurs intervenants ont évoqué les difficultés que pourrait rencontrer
le dépôt dans un parlement national d'une résolution calquée sur la résolution
du Parlement européen du 6 juillet 2000. Arguments d'ordre juridique et
arguments politiques sont ainsi entremêlés par certains milieux politiques
nationaux afin de contrecarrer le dépôt ou l'adoption de tels textes.
Qu'en est-il réellement ?
D'abord, comme l'a souligné à plusieurs reprises Olivier Dupuis, la résolution
du 6 juillet est une "fusée à plusieurs étages":
exigence de négociations entre la Chine et les autorités tibétaines en
exil sur un statut de pleine autonomie pour le Tibet (et non seulement
la TAR) dans un premier temps;
à défaut, reconnaissance par les parlements nationaux des institutions
tibétaines en exil comme interlocuteurs et représentants officiels du
peuple tibétain;
consécutivement, appel des parlements nationaux à leurs gouvernements
pour qu'ils agissent de même.
En focalisant l'attention sur le seul aspect de la reconnaissance officielle
des autorités tibétaines en exil, certains intervenants entretiennent
malgré eux la confusion qui profite si bien à Pékin. En outre, en suggérant
de modifier les termes de la résolution pour en rayer les aspects relatifs
à cette reconnaissance officielle, ils s'interdisent de faire ce pourquoi
existe, en démocratie, une représentation parlementaire: porter le débat
sur une question fondamentale pour que la situation évolue positivement.
Pour moi, le terme "droit des gens", ne signifie pas que ce sont les gens
qui sont asservis au droit, mais que c'est le droit qui doit servir les
gens. La conscience claire qu'un droit légitime est bafoué sous le couvert
d'une situation juridique injuste doit donc amener, collectivement, les
individus et leurs représentants à réparer l'injustice, sous peine d'en
être les complices. Voilà pourquoi il ne nous appartient pas de réfréner
nos exigences, qui sont celles du peuple tibétain, sous prétexte de réalisme.
On peut d'ailleurs douter que ce "réalisme" soit à l'épreuve du temps
et des arguments. En effet, l'expérience montre qu'il est fondé sur une
approche inexacte des relations entre la Chine et le reste du monde. Et
l'un des objectifs que nous devons poursuivre consiste justement à démonter
pièce par pièce l'édifice de certitudes que nos pays se sont construits
par rapport à la supposée puissance économique, militaire ou politique
de la RPC.
Ewa Kedzierska, représentante du Tibet Support Group polonais, relevait
que le Ministère polonais des Affaires étrangères considérait comme n'étant
pas discutable le principe de l'intégrité territoriale de la Chine et
donc l'annexion du Tibet, et elle y voyait le signe d'une immaturité démocratique.
A cet égard, il me semble que la situation n'était guère différente dans
les "vieilles démocraties". Au contraire, les jeunes démocraties ont tout
l'avenir devant elles et il est réellement possible de les faire évoluer
vers des positions davantage conformes à la justice internationale, tandis
que la "fatigue démocratique" guette trop souvent des Etats supposés modèles…
|