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Un monument
au "Jeune Inconnu"
de Marco Pannella
(01.01.75)
SOMMAIRE: Dans sa préface du
livre "Un ragazzo all'inferno" [Un jeune à l'enfer, ndt]
de Mario Appignani, Marco Pannella dénonce les diverses formes
de violence exercées dans les institutions publiques et cléricales
d'assistance, dans les instituts de correction et dans les prisons: l'exploitation
de l'enfance abandonnée, le racket de l'assistance, les camps de
concentration des établissements pour mineurs. Le livre d'Appignani
est la fresque d'une Rome cléricale et corrompue et la description
du cercle vicieux qui pousse les jeunes du sous-prolétariat urbain
à la marginalisation, à la violence et au crime.
(Préface du livre "Un ragazzo all'inferno" de Mario Appignani,
Napoleone - Janvier 1975 - de " Marco Pannella - Scritti e discorsi
- 1959-1980", éditions Gammalibri, janvier 1982)
L'"affaire
Braibanti" me revient à l'esprit....
Il y a cinq ans, la Première Cour d'Assises de Rome, présidée
par le juge Orlando Falco, à la demande du Ministère Public
Antonio Lojacono (je ne veux oublier ni cette affaire, ni ces noms), infligea
plus de dix ans de prison au "philosophe de Florenzuola", Aldo
Braibanti, pour avoir "plagié" un jeune-homme, Giovanni
Sanfratello. Les preuves du plagiat furent les idées libertaires
et athées professées par Sanfratello, son choix d'être
peintre et d'une vie en commun avec Braibanti, pauvre et libre; le jeune-homme
avait vingt-trois ans, il résidait légalement à Rome,
et il était indépendant. Puisqu'il n'était pas du
tout disposé à reconnaître que ses idées et
ses comportements ne fussent pas le fruit d'un choix libre de sa part,
mais sa réduction en "esclavage" de la part de son ami,
Sanfratello fut enlevé avec violence, interné avec violence,
soumis avec violence à des traitements anéantissants, massacré
moralement et physiquement; on lui demandait, fondamentalement, de recommencer
à aimer ses parents, de recommencer à croire dans la religion
et en Dieu, d'accuser Braibanti, d'imputer au plagiat les rapports homosexuels
qui avaient probablement eu lieu entre eux. Lorsque, après la condamnation
de Braibanti, il fut "libéré sous condition" par
le prof. Trabucchi, de l'asile psychiatrique de Vérone, on lui
interdît de lire des livres qui ne remontaient pas au moins à
1870, en honneur peut-être de l'année de la proclamation
du dogme de l'infaillibilité pontificale.
Au cours du procès, des événements ignominieux se
vérifièrent. Le juge Antonio Lojacono, agissant explicitement
contre la loi au nom d'une pratique naturellement condamnée ensuite
par un arrêté de la Cour Constitutionnelle, évita
avec soin qu'il y eut une instruction formelle sur l'affaire, qui aurait
comporté la présence et le contrôle d'un autre magistrat.
Il garda Braibanti pendant deux ans en prison préventive, il le
laissa lyncher et souiller par toute la presse bien-pensante en violation
du secret de l'instruction, et, au cours du procès où il
fut évidemment Ministère Public, il prononça un réquisitoire
d'une violence incroyable et terroriste. Je me souviens qu'il se référait
sans cesse aux "misérables grabats", aux "pratiques
contre nature", à la défense de l'innocence et des
droits du jeune-homme, de l'adolescent, à sa "réduction
à une chose", au "plagiat" d'une personne - Sanfratello
- qui avait à ses yeux le tort inimaginable d'avoir refusé,
à vingt ans, de vivre dans sa famille cléricale et autoritaire,
et d'en partager les valeurs et les comportements. Inimaginable: seul
Braibanti, le "diable communiste", pouvait être responsable
de tout cela... Un des experts officiels, qui depuis lors s'est révélé
être aussi officiellement un fasciste, déclarait à
droite et à gauche qu'on avait ainsi réglé son compte
à la prétendue culture anti-fasciste (Braibanti avait été
un résistant héroïque, torturé par les nazis);
le juge Falco, qu'on avait ainsi réglé son compte à
la prétendue culture psychanalytique...
Une vague de folie changea la justice en violence, le lynchage commença.
Nous dûmes lutter de toutes nos forces pour le dénoncer,
et obtenir ensuite un jugement d'appel qui rendît au moins à
Braibanti sa liberté, et qui rendît surtout indirectement
justice à ce qui restait de Giovanni Sanfratello, après
son "sauvetage" par l'Italie "catholique", "pure",
"maîtresse de la loi", "virile", ordonnée",
en somme démocrate-chrétienne et fasciste.
J'ai connu ce "sauvé" quelques années plus tard:
il était désormais presque réduit à l'état
de chose, drogué mais plus uniquement par les drogues psychiatriques,
anéantissantes, qui lui avaient été administrées
par la médecine, par sa famille, par la justice de classe et cléricale.
Son aventure m'apparut de plus en plus exemplaire, axiomatique: la société,
accourue pour défendre la famille et l'ordre, l'avait "assisté".
Cette "assistance" avait fait de lui une épave, peut-être
une "chose", au moins un "violent contre lui-même",
le moins qui puisse arriver à l'école obligatoire de la
violence constituée. Giovanni Sanfratello avait vécu intensément
en quelques mois le chemin de centaines de milliers de jeunes pris en
charge, par la volonté de la République et grâce à
Dieu, par les institutions qui prêchent l'"amour", le
"dévouement", le "sacrifice", la "pauvreté",
le respect de la vie.
Je pense
aux faits divers et à la chronique des tribunaux, qui comme par
hasard ne coïncident ni avec les chroniques politiques ni avec aucune
autre, à l'avalanche de vols à la tire, aux passages à
tabac, aux jeunes qui sont assassinés, aux jeunes des banlieues
qui sont devenus la main d'oeuvre des massacres noirs d'Etat, sur les
trains, sur les places, dans les banques, aux jeunes des écoles
romaines de karaté, qui remplissent les salles des paroisses et
les petits cinémas des faubourgs pour voir des films "chastes",
"virils" et violents, lorsque je pense aux campagnes qui refont
leur apparition pour la peine de mort, pour la prison à perpétuité,
dans des journaux d'ordre, ceux qui sont vraiment "bien-pensants",
"catholiques, mais vraiment", qui prêchent une éducation
et une loi austères et fortes, le carabinier qui défend
le mariage, la vie du foetus, la moralité de l'enfant, la figure
de la mère et la dignité de la patrie et des forces armées...
Lorsque je pense à tout cela, je trouve une réponse dans
ce récit "Un ragazzo all'inferno" de Mario Appignani.
Et la réponse est que l'enfer et le diable existent vraiment, qu'ils
appartiennent à cette terre, et que le Pape a raison. Je lui reconnais,
à présent, plus d'autorité que n'importe qui, dans
ce domaine. Il se trompe uniquement, le père Paul, lorsqu'il pense
que ce diable et cet enfer sont éternels.
Un jour quelqu'un descendit de la croix sur laquelle l'avaient cloué
les prêtres et les puissants de l'époque et les mît
en défaite, par exemple. Ce ne fut qu'un commencement, continuons
la lutte. Le 13 et 14 mai 1974 un peuple de croyants en autre chose que
l'or, la violence et le pouvoir, de croyants dans la justice et dans la
liberté, a montré qu'il s'en souvenait.
Il s'agit à présent de bien déterminer, de traquer
les marchés du temple et les bastilles où les pauvres sont
enchaînés. Il est urgent de recommencer à se libérer
ou alors le chaos immonde de la violence recommencera à triompher
pendant des générations, il se répandra de nouveau
de la capitale corrompue à la nation infectée.
Me dira-t-on, comme d'habitude, que j'exagère? Qu'on lise ce livre
et qu'on se souvienne que c'est le récit de dizaines de milliers
de jeunes, de femmes et d'hommes.
Où sont les hommes à la voix dure qui jugèrent Aldo
Braibanti? Où sont, face à ce massacre quotidien et séculaire,
accompli au nom de la loi, de l'Eglise et de la République, les
catholiques et les juges qui ont le sens de l'Etat et de la justice, les
journaux qui acclamèrent la sentence d'Orlando Falco, les pédagogues,
les théologiens défenseurs du sperme au nom du droit à
la vie, de cette Eglise au nom de la religion, de cet Etat au nom de la
justice et de l'ordre?
Où sont les lois, avec leurs prêtres, leurs magistrats, leurs
savants, leurs hommes?
Aux cotés de Pagliuca, comme le Ministre De Mita? Qui ignorait
ce qui se passait, comme les carabiniers, l'évêque, comme
les médecins, comme le juge, comme le curé, comme l'Oeuvre
nationale et municipale de la maternité et de l'enfance, comme
la préfecture, comme les "assistants" sociaux, religieux,
moraux et civils?
Mais je risque d'oublier quelqu'un dans cette sorte d'appel que je suis
en train de faire. Ici, dans ce livre, il y aussi le prince, ou le marquis:
à une porté de fusil de l'"Oeuvre Cardinal Tisserand"
de laquelle fuit fou de jalousie et de douleur, un jeune-homme de quatorze
ans qui se sent "trahi" parce que le "père",
le prêtre, l'ami, le frère, l'amant qu'il a trouvé,
est celui de trop de gens, de tous. Et l'aristocrate l'accueille évangéliquement
à sa table, qui a plusieurs mètres de long, il en fait son
commensal, parmi des domestiques en livrée et des candélabres,
il le restaure, il lui donne dix mille lires, il le reconduit avec un
chauffeur en "mercédes", après avoir fait sa "bonne
action", à son destin de victime de la violence, au rôle
social d'éternel urbanisé. Ce n'est pas grand chose, en
définitive. Mais sommes-nous sûrs que ce jeune-homme aurait
eu une durée et une qualité différente d'écoute
s'il s'était montré devant les somptueuses demeures idéologiques
de nos mouvements ardents et purs? Disons-le (et pas uniquement parce
que nous radicaux, face au massacre qui s'appelle "assistance à
l'enfance romaine", nous sommes encore une fois les seuls à
pouvoir avoir un peu de bonne conscience qui n'est pas à bon marché);
en vingt ans la gauche romaine, avec toute sa force, en hommage aux "dialogues"
et aux "chambres des boutons" nationales et romaines, ne s'est
pas comportée très différemment de cet aristocrate.
Ici, toujours dans ce livre, d'autres accueillent nos enfants en fuite:
ils habitent des derniers étages somptueux, occupent des postes
de responsabilité, le haut de la pyramide sociale, ils aiment porter
des sous-vêtements féminins, et payent pour obtenir sur le
plan mercenaire et capitaliste ce que les "assistants", les
"enseignants", les "directeurs", les autorités
en définitive, ont l'habitude d'obtenir par la violence la plus
directe et la plus systématique des "organismes de bienfaisance",
des "instituts d'assistance", "de l'éducation"
bien entendu morale, religieuse, patriotique et laborieuse fournie aux
frais de l'Etat et des citoyens.
J'exagère? Encore? A la première occasion, des gens comme
Casalegno, sous-directeur et mentor de "La Stampa", l'écriront
certainement, eux qui nous accusent d'anticléricalisme viscéral,
d'irresponsabilité politique, de diffuser la haine de manière
funeste et dangereuse.
Ce dernier a aussi, de temps à autre, d'autres ennemis que les
radicaux. Avant de nous calomnier et d'essayer de nous dénoncer
de manière intéressée et méprisable, comme
il l'a fait ces derniers jours, il se mobilisa déjà en effet
contre d'autres. Je crois que c'était en 1969. Un des événements
les plus civils, les plus humains, les plus démocratiques que la
chronique italienne nous semble avoir offert ces dernières années
venait d'avoir lieu. Réunis en congrès, les directeurs des
prisons italiennes avaient décidé d'obtenir du gouvernement
l'assurance que la réforme pénitentiaire promise depuis
vingt ans devînt au plus tôt une réalité. Tous
reconnaissaient désormais dans les prisons italiennes, en paroles,
au Parlement, dans la presse, dans les partis, un univers de violence
et un facteur de criminalité. Dans ces conditions, elles étaient
de plus en plus obligées de représenter et de défendre
non pas le droit, la justice, la loi, la "rédemption"
du prisonnier, mais exactement le contraire. Ces directeurs dénonçaient,
par conséquent, le risque d'une explosion de révolte, qui
s'est ensuite largement et tragiquement vérifiée. Ils se
rendirent ensuite dans l'antichambre du ministère de la Justice
en déclarant qu'ils n'auraient pas délogé tant que
le ministre ne leur auraient pas fourni les assurances demandées,
déclarant d'"occuper" de la sorte le cabinet de Son Excellence
Reale (1) ou Gonella (je ne m'en souviens pas, mais ça n'a pas
d'importance). A ce point, Casalegno intervînt avec son ton de moraliste
officiel de la Cour, ou de demi-pontife en chaussettes et bonnet de nuit
du laïcisme et de la démocratie officiels d'Italie. Il les
accusa d'être des criminels: était-ce donc un exemple de
discipline qu'ils donnaient au Pays? Et le sens de l'Etat?
Nous attendons encore la "réforme", avec les directeurs
des prisons de plus en plus paralysés, représentants et
tuteurs d'une violence immonde dont la confirmation nous vient aussi du
récit de Mario Appignani...
Le devoir de désobéir lorsque l'obéissance comporte
la trahison des lois fondamentales et des droits de l'individu est une
folie, ce n'est pas de la politique, pour cet autre grand de la presse
laïque, démocratique et antifasciste d'Italie, grand récolteur,
avec son journal, de signatures et de pétitions contre les putains,
les travestis, les pédérastes, les jeunes qui se prostituent
et les tapageurs nocturnes. Mais grand défenseur (voilà
la justice de cette digression apparente) des institutions qui produisent,
en quantité industrielle, par centaines de milliers, des "putains"
qui ne sont pas de luxe, des "homosexuels" qui ne sont pas présidents
du Conseil, directeurs ou éducateurs dans des établissements,
qui ne sont pas des "artistes" raffinés, cultivés
et distingués comme lui, qui ne sont pas violents comme les corrupteurs
de classe mais qui sont obligés de subir les violences de la prostitution
contre eux-mêmes, des "travestis" qui ne peuvent pas s'offrir
le luxe d'acheter un peu de jeunes qui se sont échappés
pour une nuit de prison ou d'un institut "religieux" ou "laïque"
d'assistance comme "public" pour leurs manies ou leurs désirs
par ailleurs innocents.
Mais un grand homme politique, car depuis vingt ans il condamne toute
demande d'application rapide de la Constitution qui ne soit pas déclamatoire
ou de pure protestation, rageuse et facile: car il défend depuis
vingt ans l'"ordre constitué", c'est-à-dire le
chaos dont nous sommes tous spectateurs à présent, et qui
était annoncé pour ceux qui voulaient comprendre et le prévenir
dans l'"ordre" infernal où la société (autrement
dit ces lois et ces législateurs, ces gouvernements et ces partis,
ce régime et ces clients de régime) garde, par milliers
chaque année, les enfants du peuple.
Pour finir, il y a aussi l'industriel. C'est le "père",
ou le parrain, de toute cette histoire. Habitué des bordels, il
achète à une mère tenancière la "vertu"
de sa fille. C'est ainsi que commence l'histoire de Mario Appignani, parce
que ce monsieur n'utilisait évidemment pas les contraceptifs vulgaires
de l'époque, et parce que Mario avait manifestement "droit"
indiscutablement à cette vie. Puis l'industriel s'est occupé
de ses bénéfices, et la République de son fils.
Puisque nous avons parlé du "père", parlons aussi
de la mère, que cette société honore et protège,
comme on sait, et qui lui consacre une journée du mois de mai.
Mario Appignani apprend son existence, son nom, son adresse, à
18 ans. Il court la connaître, l'embrasser. Il ne la trouve pas:
elle est dans un hôpital, où Mario est déjà
passé, quand il a essayé de se suicider, à 12 ans.
Il la rejoint. C'est une femme usée, massacrée elle aussi
par la vie, mais qui n'est pas là pour se soigner. Elle est au
chevet d'une fille de 14 ans, la soeur dont Mario ignore l'existence.
Elle a été hospitalisée après une tentative
de suicide.
Mario, pourquoi
es-tu venu au Parti radical et dans mon bureau pour me demander cette
préface? Malédiction, tu as vu: depuis dix jours je suis
incapable de l'écrire, je retarde la sortie du livre, j'en suis
réduit à essayer d'écrire quelques pages en quelques
heures, la nuit, espérant arriver à temps et servir à
quelque chose, à quelqu'un. J'ai vécu ainsi les pires jours
de cette année, pourtant déjà si difficile et si
dramatique. J'ai renvoyé toute autre occupation, négligé
toute autre tâche. Pourquoi, je me le demande, ce bloc et cette
incapacité, cette souffrance?
J'avais lu ton histoire dans les quelques pages sobres et terribles de
ton interview à Panorama. C'était, je crois, durant la dernière
semaine de la longue lutte, de la grève de la faim de cet été,
quand les manifestations, les rencontres, les débats, les occupations
se précipitaient, et que nous étions tous à la limite
de nos forces. Mais j'étais certain moi aussi que quelque chose
aurait eu lieu tout de suite, sans besoin de notre intervention: que six-cents
mille lecteurs scandalisés se seraient révoltés,
incrédules, blessés, effrayés, furieux; que les accusés
se seraient défendus, en t'attaquant, en portant plainte contre
Lamberto Sechi, contre toi et contre Dragosei; que les conseillers municipaux,
provinciaux, régionaux, de Rome et Du Latium, "chrétiens"
et "socialistes", "libéraux" et "républicains",
auraient exigé des commissions d'enquête, qu'ils auraient
présenté des interrogations, qu'ils auraient couru inspecter
leurs "organismes d'assistance" et qu'ils auraient cherché,
avec les responsabilités politiques et pénales, les remèdes
contre cette réalité, terrible et incroyable, si elle était
vraie; que le Parquet de la République, et les "magistrats"
auraient ouvert des enquêtes, qu'ils auraient accompli au moins
des "actes préliminaires" pour vérifier eux aussi
"la vérité"; que quelques "chrétiens
pour le socialisme", ou même le Vicaire du Vicaire du Christ,
le cardinal Poletti, entre un tourment de foi et une lutte "révolutionnaire",
aurait trouvé un peu de temps pour s'en occuper.
Mais tu as raison, pas un chat n'a bougé. Tu insistes. J'essayerai
d'aboyer pour qu'on t'écoute.
Tu écris que la Rome de Paul VI et de Giovanni Leone (2), consuls,
est Sodome, Gomorrhe et Babylone; tu dévoiles qu'aujourd'hui à
Rome c'est Hérode qui demande: "Sinite pargulos venire ad
me", et le blasphème n'est pas de nous, il est dans les choses.
Le massacre des innocents n'est du reste pas uniquement celui que tu décris,
celui que tu as vécu et que tu vis. Damnés de cette terre,
de cet enfer, sont aussi les démons que tu dénonces justement
comme bourreaux, victimes nécessaires elles aussi, victimes d'un
système et d'un régime qui ont des noms plus modernes et
plus mondains.
Ici en effet le Saint Esprit a donné son nom à une banque.
Sainte Marie de la Piété, Saint Jean-Baptiste et un demi
calendrier de saints sont les noms de lieux d'exploitation, de violences,
de perversion; et la république, la justice, l'humanité,
l'amour, l'éducation, la pureté, la prière, l'assistance,
la charité, les lois, la démocratie vivent comme toi et
toi seul nous le raconte de façon abjecte aujourd'hui. Pendant
des années, dans le Parti radical où tu as rejoins ces dernières
semaines d'autres compagnons destinés par contre comme toi à
la boucherie de la rage et de révolte, nous fumes seuls nous aussi
dans la campagne contre l'ONMI (3) et le saccage clérical des établissements
d'"éducation" et de "rééducation",
qui aboutit pourtant à l'arrestation du maire de Rome Amerigo Petrucci
(4) et à une bouffée de vérité. Contre les
puissants et les "politiques", nous choisîmes alors d'être
vos camarades, les camarades de dizaines de milliers de jeunes que nous
ne connaissions pas et qui ne nous connaissaient pas. C'est pourquoi il
me parait juste, à présent, de continuer à avancer,
plus conscients, ensemble.
Maurizio, le jeune-home qui meurt à la page 196 de ce livre, confie
quelques jours plus tôt à son ami: "Je me suis aperçu
de n'avoir été dans toute mon existence qu'un misérable
spermatozoïde plongé dans la merde". Mario Appignani
ajoute: "Il me semble que ces mots me conviennent aussi". Quelqu'un
remarquera qu'on attente souvent ici à la syntaxe. Je préfère
m'occuper d'autre chose: affirmer, par exemple, que Maurizio a été
assassiné. Contre Mario on a tenté le même assassinat,
la flagrance du crime n'est pas encore interrompue.
Qu'attends-tu, mon éminent Procureur de la République de
Rome, ancien ami et camarade d'université, Nicola Amato, pour ouvrir
une enquête? Tu as pourtant trouvé le temps, ces derniers
jours, de demander 44 mandats d'arrêt contre 44 jeunes, dont 42
sont mineurs à tous les effets, coupables de s'être révoltés
contre les démons de leur enfer, pour les transférer ainsi
là où la violence - morale, culturelle, physique, charnelle
- sera plus scientifique; où les cours de la délinquance
seront accélérés et obligatoires.
Une nuit d'hiver d'il y a dix ans, à Acuto, dans la province de
Frosinone, sur une petite terrasse de l'Institut des soeurs de Saint Jean-Baptiste,
un enfant de huit ans en chemisette et en caleçon tremble et essaye
de ne pas mourir de froid. Il s'appelle Francesco. Il s'aperçoit
que son ami Mario est là lui aussi. Ils s'étreignent, ils
s'embrassent; mais la chaleur de l'amitié ne le protège
que pendant une heure. Soeur Filomena rappelle très vite Mario:
sa punition est moins longue. Le lendemain "tout le monde" cherche
Francesco. Il n'est pas dans son lit. Ses culottes courtes, sa chemise,
ses chaussures sont là, mais Francesco a disparu. Personne ne sait
où il se trouve; personne ne continue à le chercher. Un
an plus tard le vieux jardinier découvre sous quelques mottes de
terres, enveloppé dans un drap, le cadavre d'un enfant inconnu.
La police et les juges arrivent. Mais personne ne sait rien, personne
ne semble se souvenir de Francesco. Ceux qui s'en souviennent ont peur
et se taisent.
Nicola Amato, mon ami, entre un réquisitoire et l'autre, fais moi
un plaisir: trouve un peu de temps et cherche le nom de famille de ce
Francesco, dont personne ne se souvient. Il devra bien dormir dans un
dossier ou l'autre. Exhume-le. A toi, on le dira. Alors je veux me faire
élire pour une seul jour conseiller municipal, à Rome, si
c'est nécessaire; parce que je veux au moins que le nom d'une place,
à Rome, lui soit dédié, le plus près possible
de Saint-Pierre.
Maurizio, Francesco, Mario... combien sont-ils? Toutes les places d'Italie
ne suffiraient pas pour les rappeler. Et je proposerai un monument au
"Jeune inconnu". De toute façon le soldat de 1914 a désormais
cessé de mourir avec ses étoiles et on ne l'assassine plus
sur le Carse, mais ici parmi nous, à Rome. La Patrie c'est ici
qu'il la sert, sur place; et le "service" commence dès
la naissance et dure jusqu'à la mort précoce. Ce monument
aussi je le veux près du Capitole, près de la Commune, du
Vicariat, de l'OMNI, de la Démocratie-chrétienne.
Il y avait un enfant de douze ans, dans un autre institut d'"assistance.
Ses camarades plus âgés l'ont violé. Ensuite, avec
tous les autres, ils tabassèrent le petit "espion" qui,
inutilement, a cherché une protection et un conseil chez le "directeur.
L'enfant est terrorisé: il ne peut plus rester là. Il ne
lui reste plus qu'à se couper les veines, pour aller à l'hôpital.
Là on l'envoie en "psychiatrie": des douches froides,
un lit de contention, des médicaments, des drogues d'Etat et de
classe pour maintenir cet "ordre". Quand il est "guéri",
la liberté s'appelle Soeur Diletta Pagliuca. Mario Appignani n'a
pas perdu la mémoire. Il se souvient bien des noms et des adresses.
Il les écrit. Les électrochocs de Santa Maria della Pietà
ont donc été inutiles, comme l'insuline et les autres drogues
d'Etat. Ecoute, Nicola Amato; ou plutôt, lis. Ecoutez et lisez,
monsieur le Procureur de la République en chef de Rome, Siotto.
Et ne lisez pas uniquement les pages où l'on parle d'une révolte,
comme celle des 44 jeunes déjà arrêtés l'autre
jour. Et même, si possible, sautez-les. Ou alors je serai peut-être
responsable de 44 autres mandats d'arrêt: il n'y a pas encore de
prescription, et au moins un de ces jeunes révoltés est
pour l'instant en vie et en liberté - en fait bien provisoires,
vous le savez.
Occupez-vous, au cas où, de ce qu'Appignani raconte de la prison
pour mineurs de Rebibbia, des omissions de son directeur. Occupez-vous,
de nouveau, du prof. Della Rovere, "médecin" à
Regina Coeli (5), où il transfère par vengeance les violences
scientifiques et immondes de Santa Maria della Pietà. Vous voulez
des preuves? Cherchez-les. C'est votre devoir de magistrats, si vous croyez
dans la loi et dans votre fonction également en soutien de ceux
qui sont faibles et désarmés, et pas uniquement de l'"ordre"
et de ses tenanciers légaux. Lisez ces pages: ne sont-elles pas
au moins un indice? Je n'ai pas échangé avec Appignani plus
que quelques phrases. Mais nous savons, vous et moi, que son livre a le
ton de la vérité. Il peut arriver, il arrive qu'il se laisse
aller à régler quelques comptes. Certaines de ses accusations,
dans ces pages, n'étaient peut-être pas nécessaires;
et il en omet et il en tait d'autres, pour des raisons personnelles, nous
le sentons. Mais nous savons, vous et moi, qu'Appignani n'est pas un mythomane,
et qu'ici il ne ment pas.
Du reste, vous nous connaissez nous les radicaux. Nous ne démordrons
pas de cette histoire. Nous sommes conscients, cette fois, que beaucoup
d'accusés ne pourront pas se taire; qu'ils devront réagir
sur le plan judiciaire et que notre position sera difficile. Il pourrait
arriver, et comment! , que vous demandiez alors, ponctuellement, notre
condamnation, et pas la leur. Mais que ces procès soient les bienvenus,
si nécessaire. Nous clouerons au banc des responsabilités
l'institution maudite, cléricale, de classe, criminogène,
assassine que le régime nourrit et impose comme un lieu de salut,
d'éducation, de charité et d'assistance.
Ce sera le procès contre l'enfer. Un de ses moments, pas le plus
important: car rien ne pourra l'amener à bonne fin si ce n'est
l'assaut final, décisif, sans bruit, politique, des masses démocratiques
et de ses organisations.
Le système
est parfait, du berceau au cercueil. Sa logique politique est sans contradictions:
désormais claire et souvent connue. L'enfant naît d'une mère
et d'une famille pauvre. La misère est mauvaise conseillère,
si elle n'est pas conseillée et surveillée. J'ignore les
chiffres d'aujourd'hui: en 1963 l'Etat allouait presque trois cents lires
par jour à la mère dans le besoin pour élever son
enfant, et trois mille lires en moyenne par jour aux établissements
cléricaux dans le même but. Sous le régime DéMOCRATE-CHRéTIEN
des milliers de milliards sont allés à des "ordres
religieux", à des "instituts d'éducation"
ou d'assistance, à cinquante mille "organismes", en favorisant
l'expulsion obligée de leurs familles de centaines de milliers
d'enfants et de jeunes et leur "internement" dans des lieux
impropres, de véritable détention. Un gigantesque sous-gouvernement
immonde a garanti au régime, dans ce domaine, une position de force
d'une importance énorme.
Emanant de l'Etat, des Administrations locales, de l'OMNI, des Instituts
de prévoyance et de mutuelle, l'adjudication de l'enfant pauvre,
expulsé de son milieu naturel, très vite et très
souvent malade au niveau psychique ou physique, se traduit dans un énorme
racket clérical et démocrate-chrétien.
La chasse aux "conventions", aux assignations, aux "internements"
devient une activité frénétique, très vite
essentielle et à laquelle ne peuvent renoncer ni les grands, ni
les moyens, ni les petits "entrepreneurs" du secteur. Les "enfants"
deviennent de l'or, pour ceux qui les "soignent", à condition
que ce ne soit pas leur mère. Au lieu de créer des structures
publiques adéquates et rationnelles, de former du personnel spécialisé,
l'Etat finance cette ignoble spéculation. En investissant avec
ces critères il devient inévitable d'omettre tout contrôle,
d'empêcher toute réforme. Des centaines de milliers de personnes
vivent désormais de cette activité.
Des centaines de milliers d'électeurs et d'électrices, des
dizaines de milliers de "centres" de pouvoir, de conditionnement,
de clientèle, de corruption, exigent et obtiennent, désormais,
leurs "enfants". Chaque fois que l'on tente une réforme,
l'Eglise se dresse, si nécessaire, en défense de la situation
existante, affirmant solennellement sa primauté, ses droits-devoirs
en matière d'éducation et d'assistance de l'enfance. Lorsque
la justice romaine est saisie par les plaintes judiciaires et l'opinion
publique par les campagnes politiques du Parti radical, Paul VI se rend
au Capitole et s'adresse avec une bienveillance spéciale et solennelle
au Maire Petrucci, revendiquant avec force le devoir de l'Etat de ne pas
se substituer dans cette "mission" et dans ce service social
à l'organisation ecclésiastique et cléricale.
La gauche, dans ce domaine, semble longtemps totalement paralysée
et complice. Les "dénonciations" journalistiques, scientifiques,
humanitaires qui n'ont cesse de se manifester dans son sein, ne trouvent
aucun débouché politique suffisant. Les radicaux sont accusés
d'anticléricalisme désuet et de velléité,
ils sont isolés et censurés. La plaie sociale s'étend,
elle s'aggrave; elle devient un fléau. A Rome, même les groupes
extraparlementaires ont montré longtemps qu'ils l'ignoraient totalement.
Et pourtant des banlieues de plus en plus étendues et misérables
et surpeuplées, des bidonvilles et de tout autre quartier de l'immense
périphérie, par milliers, chaque année, les Mario
Appignani vont en enfer.
Et, avec les Mario Appignani, tout autre "enfant" nécessaire
au régime, au système: pour les "vieux", les "handicapés",
les "malades" et les "fous", en effet, la destination
et la pratique est la même.
Nous connaissions,
par conséquent, tout cela: nous l'avons combattu, nous nous sommes
engagés durement, nous avons accepté l'isolement et des
attaques de partout. Et pourtant, je l'ai déjà dit, ce livre
m'a désespéré, pour ce que nous n'avons pas su empêcher,
pour ce que nous n'avons pas su conquérir et créer, de nécessaire
et à temps.
Je ne me souviens pas que cela me soit jamais arrivé; pendant presque
dix jours, après avoir lu ce livre, c'est presque comme si j'avais
jeté les armes. Je n'ai pas voulu d'amis ni de camarades autour
de moi. Il y a des moments où l'intelligence est douleur, avoir
raison une désolation. En parcourant et en relisant ensuite le
livre d'Appignani, un tas d'invectives, d'observations, de projets, de
polémiques et de confirmations, s'imposaient; au début j'étais
certain et heureux de pouvoir l'aider avec une bonne préface, ample,
ordonnée et serrée. Pour une fois un bon texte politique,
en définitive. Mais le résultat est là.
Mais il me reste quelque chose à dire. Ce livre doit être
lu; nous devons le diffuser. C'est un devoir militant mais c'est aussi
un devoir envers les gens que nous sommes, parmi lesquels nous vivons,
qui luttent pour des temps plus humains. C'est, j'en suis certain, une
arme de classe valable et précieuse. C'est un appendice à
l'Histoire d'Elsa Morante, écrite par un de ses personnages prolétaires,
qui n'est pas écrivain, qui ne veut pas mourir et voir mourir autour
de lui les personnes qu'il aime, qui n'est sans doute déjà
plus seul parce qu'il a su raconter un enfer qu'il était plus facile
d'inventer et d'imaginer.
Le récit de Mario est pour moi une terrible vérité,
il a des moments de beauté terrifiante; c'est une fresque finalement
romaine d'une Rome catholique, capitaliste, et républicaine.
La voix d'un "assisté" du ciel et de ses représentants
sur terre, de l'Etat et de ses gérants "démocratiques".
Ils l'ont pris à cinq ans pour lui donner une seule leçon
rigoureuse: de la violence, de la violence et encore de la violence. Soeurs
et prêtres, "éducateurs" et "professeurs",
"forces de l'ordre" et juges, médecins et directeurs,
tous unis, cohérents, efficaces. Des cailloux sous les jambes agenouillées,
aux sodomies violentes, des coups brutaux et collectifs, aux lits de contention,
de la faim au gel, des "caresses" dans les voitures de police
aux électrochocs comme leçon contre des malaises simulés,
des semaines d'isolement en prison au fait d'être réduit
à l'état de chose, à être un objet sexuel (encore!)
des prisonniers auquel on confie le maintien de l'"ordre" parce
qu'ils sont les plus violents, parce que ce sont des assassins, contre
la masse des petits voleurs et des innocents; il n'y a que des exceptions
pour confirmer la règle.
En ce moment, des milliers d'enfants vivent cette "expérience",
reçoivent cette "formation", coupables d'être nés
en hommage à l'Humanae Vitae, coupables de ne pas avoir rejoint
dans une poubelle les foetus de leurs frères et soeurs manqués
de l'avortement clandestin de masse et de classe; coupables d'être
prolétaires et non bourgeois. Il y a quelque chose qui échappe,
probablement, à Mario et à ses frères. Et c'est que
le monde qu'ils haïssent des Pagliucca et des Celestini, des soeurs
Filomena, est lui aussi un monde de victimes.
Je pense notamment aux soeurs. Elles aussi ont quitté leur maison
gamines, ce sont en général des paysannes ou des montagnardes,
avec leurs élans mystiques et leur rêve d'un couvent de prières
et d'amour. Elles deviennent de plus en plus la basse main d'oeuvre de
l'industrie du profit sur l'assistance à l'enfance, aux malades
de tout genre, aux personnes âgées. Sans préparation,
sans une culture adéquate, elles sont envoyées dans les
asiles psychiatriques et dans les autres camps de concentration. Face
à ces "possédés du démon" pour lesquels
il faudrait plutôt un exorciste, face aux souffrances et aux exigences
des maladies, leur existence doit pourtant apparaître elle aussi
terrible. En effet, ils doivent les recruter désormais dans les
divers Kerala de la terre: les Abruzzes, la Sicile ou la Vénétie,
ne suffisent plus. Mais, pour tous, comment maintenir l'ordre à
quelques-uns face à des centaines d'enfants et de vieillards; comment
faire face aux adjudications incessantes des malades?
Comment imaginer autre chose, dans cet univers unisexuel, des directeurs
aux "dirigés", que l'agression sexuelle incessante, et
une autre sexualité que celle homosexuelle? Les tortureurs-torturés
représentent le visage difficile à lire de cet univers pénitentiaire,
comme de tout autre.
Seule une politique rationnelle de création de structures politiques,
de communautés et d'institutions ouvertes, utilisant démocratiquement,
de manière laïque, publiquement l'argent de l'Etat peut représenter
une alternative plausible et probable. Autrement dit uniquement la lutte
politique, sociale, l'affrontement de classe.
C'est un travail urgent, pressant à accomplir, contre la mystification
capitaliste-cléricale et l'inattention suicide et la démission
de la "gauche" et des laïques: un travail qui comporte
des niveaux différents d'affrontement, des initiatives référendaires
comme celles pour l'abrogation du Concordat, jusqu'aux actions démonstratives
quotidiennes d'intervention directe pour restaurer la légalité
là où elle violée: permettez moi d'inviter les lecteurs
du livre d'Appignani à établir des contacts directs, dans
ce but, avec le Parti radical, avec les diverses ligues pour les droits
civils.
Nous attendrons
à présent que les Antonio Lojacono, les croisés de
la famille, de l'enfance, du devoir de procréation à tout
prix, de la mission de civilisation de Rome et de l'Eglise, s'occupent
de leurs démons, de leur enfer, plutôt que le découvrir
de façon morbide dans tout ce qui est différent d'eux. Nous
attendons que la "justice" se mette en marche. Il vaut mieux
savoir dès à présent que nous ne conseillons à
personne de faire de Mario Appignani un nouveau Giovanni Sanfratello.
Ce n'est pas la solution, pour la seule raison que nous ne le permettrons
pas. Nous nous occuperons, en revanche, des 44 jeunes contre lesquels
un mandat d'arrêt a été lancé ces derniers
jours à la demande du juge Amato. Leur procès devra représenter
un moment de vérité et de lutte, de moralité et de
libération sociale et politique. Les avocats radicaux offriront
gratuitement leur assistance légale. Nous veillerons notamment
à ce que l'honnêteté de l'information soit assurée.
Nous imposerons la vérité car, quelle qu'elle soit, la vérité
est aujourd'hui, comme toujours, extrêmement urgente et nécessaire.
Mais nous ne serions rien d'autre que des protestataires inutiles et velléitaires
et des pleurnicheurs si nous ne tirions pas de ce livre une indication
précise d'action, une forme adéquate d'engagement, un objectif
précis, possible et contraignant.
La lutte pour abolir les camps de l'assistance à l'enfance doit
être désormais lancée. Le jugement sur les forces
politiques et les organisations sociales romaines doit se fonder immédiatement
sur les positions qu'elles prendront à ce propos. Les élections
administratives sont à l'horizon. Personne ne doit pouvoir se présenter
impunément comme démocrate et encore moins comme "socialiste"
s'il ne s'engagera pas sans équivoque à ôter à
la pieuvre cléricale la possibilité de poursuivre ce massacre
d'humanité et de civilisation.
J'espère que les camarades romains du Parti radical, des ligues,
des mouvements fédérés et des droits civils donneront
désormais la priorité absolue à cette bataille. Les
pancartes, les actions directes nonviolentes, les manifestations, l'organisation
de nouveaux groupes d'intervention et de lutte, ne peuvent aussi que converger
immédiatement sur cet objectif.
Mais c'est l'affaire de tous, de toute la ville, de tous les mouvements
et de toutes le forces populaires, laïques, démocratiques.
Espérons que les radicaux ne resteront pas seuls.
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N.d.T
1 - REALE
ORONZO. (Lecce 1902 - Rome 1988). Un des fondateurs du Parti d'Action
(1942), secrétaire du parti républicain (1949-1964), député,
ministre de la justice à plusieurs reprises. La "Loi Reale"
est une loi d'urgence qui confère des pouvoirs spéciaux
aux forces de police, qu'il a présenté pour combattre le
terrorisme (1975). Dans le référendum de 1988 organisé
par le Parti radical pour abroger la "Loi Reale", 76% des votants
se déclarèrent favorables au maintien de la loi.
2 - LEONE
GIOVANNI. (Naples 1908). Président du Conseil (1963-68) et ensuite
de la République (1971-78). Il a été obligé
de démissionner, impliqué dans le scandale Lockheed, suite
au référendum sur le financement des partis organisé
par le Parti radical.
3 - ONMI.
Sigle qui sert à indiquer l'Oeuvre Nationale de la Maternité
et de l'Enfance: la structure d'état, fondée par le fascisme,
pour l'assistance et la prévoyance pour la maternité. Après
la guerre l'ONMI devint, jusqu'à sa dissolution, le fief de la
Démocratie chrétienne et elle fut impliquée dans
des scandales pour sa gestion de clientélisme et affairiste. Voir
en particulier la campagne de presse et politique menée par le
Parti radical dans la moitié des années 60 sur la corruption
de la section romaine de l'Organisme, dans laquelle fut impliqué
le maire de Rome de l'époque Amerigo Petrucci.
4 - PETRUCCI
AMERIGO. (Rome 1922). Maire de Rome en 1964, arrêté suite
à des délits administratifs commis pour mettre sur pied
le réseau d'assistance public sur lequel se fondaient les fortunes
du clientélisme de la Démocratie Chrétienne. Les
plaintes à l'origine du procès furent le fruit de la campagne
politique et journalistique ouverte par le Parti radical.
5 - REGINA
COELI. Un des noms de Marie, mère du Christ: Reine du Ciel",
attribué à une célèbre prison de Rome.
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