Bjelovar,
13 octobre 1991
[...] Pour ne rien te cacher, je ne leur pardonnerai jamais de m'avoir
forcé à les tuer. Je l'ai lu dans un livre, et je suis d'accord. Crois-moi.
Tu dois savoir que je ne suis pas un héros, je meurs de peur, mais
je ne peux pas ne pas participer. Je ne peux pas y croire, mais c'est
comme ça.
C'est à Budapest que je pense maintenant et à notre Parti radical
transnational, la lutte pour les droits des marginaux, pour la légalisation
de la prostitution, pour le marché libre des stupéfiants.
[...] Je veux que tu saches que depuis toujours j'ai voulu une Europe
sans frontières et respectant les droits de l'individu, avant toute
chose. Je ne suis pas croate, mais la Croatie est ma patrie. Je suis
d'origine serbe, en Croatie depuis sept ou huit générations. Je n'en
ai pas honte. Jamais je ne renierai mon nom ni mes origines. Je regrette
que nous combattions justement contre les serbes, mais je ne peux
rien y faire. Mon opinion est que nous combattons contre le stalinisme
le plus arriéré. En fin de compte, ce sont eux qui ont envoyé leurs
chars, contre leurs étudiants, au mois de mars de l'année dernière.
Au revoir, et ne me blâme pas.
Momcilo Vukasinovic
Momcilo Vukasinovic, surnommé Momo, de nationalité serbe, sans travail,
avec le hobby de l'écriture, s'était inscrit au Parti radical en 1990.
Enrôlé volontaire en 1991 dans la Garde nationale croate, il a été
tué à Komletinci le 4 décembre 1991.
Ce livre lui est dédié
|
Anthologie de textes radicaux sur la nonviolence
23 Avril 1984
par
Angiolo Bandinelli,
Olivier Dupuis,
Luca Frassineti,
Silvja Manzi
|