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Chine: le domaine impérial
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Puisque j'ai l'honneur de faire partie du Forum Asie Démocratie, permettez de commencer par rappeler quelques-uns des principes qui nous animent. Le rôle du Forum Asie-Démocratie, n'est pas, à mon avis, de dicter une quelconque politique à l'Union Européenne. Il est d'informer, de mettre en garde, d'alerter... et d'espérer qu'un jour les grands de ce monde sauront mettre en avant les valeurs morales, seules garantes, à notre avis, de la paix et de la stabilité à long terme. La création de ce forum est partie d'une idée forte : tant que la plus grande puissance politique communiste de la planète, la Chine, n'accédera pas à la démocratie, les dictatures avoisinantes évolueront difficilement dans ce sens, qu'il s'agisse de la Corée du Nord ou du Vietnam, du Laos ou de la Birmanie.La politique étrangère chinoise repose en effet plus sur des considérations nationalistes que sur des considérations idéologiques. Depuis 1949, l'objectif principal des dirigeants de la Chine communiste est de récupérer les territoires dont leur pays a été spolié par les grandes puissances étrangères dans le passé. Ce que François Joyaux a appelé la "tentation impériale".
Elle s'est matérialisée par la consolidation des "marches" -en 1949, le Xinjiang, la Mongolie intérieure et le Tibet, sont mal voire pas contrôlés-, la récupération de Hong-Kong en 1997 et de Macao en 1999 mais aussi par un lent grignotage des ”lots de la mer de Chine méridionale aux dépens des autres pays riverains (Vietnam, Indonésie, Philippines). Sans oublier Taiwan, envisagé à Pékin comme une province "occupée". La Chine dicte ainsi sa loi dans tout le sud-est asiatique dans les domaines militaires, territoriaux et maritimes, voire culturels et économiques. Par ailleurs l'importance de la diaspora chinoise en Asie du Sud-est lui donne souvent une base de manœuvre bien commode.
Au-delà de l'expansion territoriale stricte, la Chine considère les "territoires perdus" (Sun Yat Sen y intégrait par exemple, la Corée, le Népal, la Birmanie, le Bhoutan etc...) comme constitutifs du "domaine impérial" et envisage les limites du territoire chinois plus en termes de "besoins" économiques ou d'influence culturelle qu'en termes géographiques. Ceci explique les intrusions opportunistes qui ne vont pas sans poser de nombreux problèmes, autant à l'intérieur du pays (des populations non han assimilées par la force ; exemple : Xinjiang, Tibet) qu'à l'extérieur (d'où la très faible marge de manœuvre politique des pays sous influence chinoise).
La Chine a ainsi toujours considéré que l'action des forums régionaux tels que l'ASEAN devait strictement se limiter aux questions économiques refusant d'y voir traiter des questions stratégiques, de sécurité régionales, encore moins de politique intérieure, de peur de voir émerger une forme de contre pouvoir régional.
Ainsi, partagée entre le repli politique, et l'ouverture économique, la Chine s'oppose à toute initiative qu'elle n'est pas en mesure de contrôler, quitte à empêcher des évolutions a priori favorables aux pays de sa zone d'influence.
Citant les élections birmanes de 1988 (remportées par les démocrates), ou la montée en puissance de voix dissidentes à l'intérieur du PC Vietnamien, M. Stephen Young, directeur des études asiatiques à l'"American enterprise institute" de Washington explique que la Chine ne s'est pas gênée pour exprimer bruyamment son opposition. En Birmanie, la junte, largement soutenue par Pékin n'a toujours pas concédé le pouvoir aux vainqueurs des élections et au Vietnam, le PC Chinois a toujours soutenu les cadres les plus conservateurs du régime.
J'aimerais reprendre ici une idée qui m'a été soumise par un participant à ce colloque, Michel Diricq, qui cite Bertil Lintner dans son "Rise and fall of the Burmese communist party, BCP", Cornell University. L'auteur y démontre que le l‰chage par les Chinois du BCP date de Deng Xiaoping et de la Guerre contre le Vietnam. Les Chinois en auraient profité pour couper les fonds à leurs alliés birmans, d'où le fait qu'ils se soient lancés dans la drogue ; et d'où leur chute, le
comité central ayant eu un sursaut moral refusé par les paysans qui ont fini par "saccager" le parti.
Cela contredit donc la thèse fréquemment émise que l'alliance entre Pékin et la junte de Rangoon est le résultat des sanctions internationales après les massacres des démocrates chinois et birmans en 89 et 88.
Cherchez le pétrole !
Mais il y a plus. La Chine est, comme les Américains et les Russes, intéressée aux réserves de pétrole de la mer Caspienne et caresse des projets d'oléoducs partant du Kazakhstan jusqu'aux côtes chinoises. Pour continuer à alimenter sa croissance, la Chine devra importer dans dix ans la moitié du pétrole consommé au pays.
Ceci explique son intérêt non dissimulé pour l'archipel des les Paracels (ou Spratleys, archipel colonisé autrefois par la France), que la Chine a partiellement occupé en 1974, et qui est revendiqué depuis par le Vietnam, et en partie par les Philippines. Si l'archipel des Spratleys focalise l'attention des médias, la revendication chinoise concerne l'ensemble des "lots des mers du sud et se traduit par diverses formes d'action sur le terrain : occupation physique de certains" lots, soutien aux actes de piraterie, arraisonnements de navires étrangers pour contrebande. Dotée de ressources potentielles importantes en gaz naturel et en hydrocarbures, cette zone est aussi traversée par des voies de navigation vitales pour l'approvisionnement énergétique du Japon et des "dragons asiatiques".
De la même manière, jamais un gouvernement chinois ne s'est montré aussi impliqué dans les affaires stratégico-militaires de ses voisins. Une démarche paradoxale pour un pays qui défend par ailleurs si vigoureusement l'idée de souveraineté nationale, quand elle est mise en cause sur son territoire.
La Chine prétend elle ne chercher qu'à entretenir des relations de "bon voisinage" avec ses voisins d'Asie du sud-est et de l'océan Indien, en vue de promouvoir "la paix, la stabilité et le développement" dans la région. Voire.
Le modèle "mercantile" chinois
Donc, la Chine s'assied; elle se répand et tout est à venir. En Birmanie, elle construit des centrales énergétiques, des autoroutes et elle mène des opérations de déforestation. Au Viêt-nam et au Laos, elle mène des activités minières et construit des routes. Elle est un partenaire économique de premier plan en Mongolie et au Népal. Le Cambodge, pour sa part, profite d'aides généreuses de son voisin qui prétend par ailleurs qu'elles sont sans condition. Néanmoins, toute philanthropique qu'elle soit, la Chine n'est pas aussi bien disposée pour d'autres. En effet, elle fournit aux étudiants cambodgiens des manuels scolaires contenant de la prose du défunt Président Mao (oh surprise !), avertissant les jeunes âmes des "désirs américains de soumettre le monde entier".
Pendant ce temps, la Chine, qui a la réputation de ne pas respecter les normes cambodgiennes relatives au travail, s'oppose aux efforts pour traduire en justice des leaders Khmers rouges responsables de la mort de 1,7 million de Cambodgiens entre 1975 et 1979, sans doute parce que son rôle dans le génocide pourrait, à l'occasion, y être révélé. La Chine exporte ainsi son modèle, un régime autoritaire obnubilé désormais par la course au profit. S'il est trop tôt pour dire si l'entrée de la Chine dans l'OMC aura des répercussions sur la démocratisation du pays, l'impact de son entrée à l'OMC ne fait qu'aggraver la contagion du sud-est asiatique par le modèle mercantile de l'empire du milieu.
-Il convient de souligner ici l'ambiguïté forte de la position de l'Union européenne vis-à-vis de la Chine. Soucieuse de retirer des avantages commerciaux de son entrée dans l'OMC, l'Europe a signé un accord avec la Chine en vue de faciliter son intégration au système mondial. En revanche les demandes formulées par l'UE de ratification des chartes de l'Onu sur les droits de l'homme n'ont pas eu de suite. Il ne faut pas oublier que si la Chine s'ouvre au commerce mondial, elle reste un pays où quelques "détails" comme le trafic des femmes, le silence autour de l'épidémie de sida, la répression des voix dissidentes et des mouvements sociaux ne correspondent en rien aux "normes occidentales".-
RPC-Taiwan: la surenchère
Mais le risque de conflit le plus important concerne Taiwan. Si dans l'esprit américain la Chine cesse de représenter une menace, notamment suite à ses marques de bonne volonté après le 11 septembre, les Etats-Unis continuent d'armer massivement la "province rebelle". Du côté du pouvoir communiste, il ne saurait être question pour les dirigeants communistes d'abandonner ce qu'ils estiment devoir être la touche finale à la réunification du pays. Le détroit de Formose reste le théâtre d'incidents répétés entre deux armées qui renforcent constamment leurs moyens. Par ailleurs, à Taiwan, on assiste à une surenchère rhétorique, le président taiwanais ayant récemment déclaré que "chaque partie était un pays", provoquant Pékin en évoquant la possibilité d'organiser un référendum sur le statut de l'île. Jouant la carte de la "responsabilité diplomatique", Pékin n'a pour le moment répondu que par une série d'anathèmes réthoriques.
A long terme, la stratégie chinoise vise plutôt à asseoir sa légitimité internationale tout en isolant les Etats-Unis de ses alliés régionaux (Japon, Corée du Sud, Taiwan, ASEAN) qui forment actuellement une ceinture d'endiguement maritime, pour s'imposer comme l'interlocuteur unique en Asie. La Chine est sortie renforcée de la "nouvelle donne" géopolitique qui a suivi le 11 septembre (comme d'autres pays -Russie en Tchétchénie- Pékin a aussi largement utilisé "l'alibi terroriste" pour régler des problèmes intérieurs) mais elle doit désormais composer avec les Etats-Unis qui semblent désireux de s'établir fortement et durablement dans la région. La hausse de ton entre l'Amérique et la Chine à propos d'un avion de surveillance en 2001 n'était là que pour nous rappeler que la Chine était bien décidée à tenir tête aux Américains.
Car, comme le président Mao le confiait à Nixon en 1973, lors de sa visite historique en sol chinois: "Le petit enjeu, c'est Taiwan, le grand enjeu, c'est le monde."
Mais nous ne sommes pas ici pour reprocher à la Chine ses ambitions ni sa gourmandise territoriale. D'autres ne font pas mieux. Nous sommes ici pour insister auprès des gouvernements de l'Union Européenne de rester vigilants : le pays le plus peuplé de la planète est aussi la plus grande dictature que le monde ait jamais connu. Tout en protestant énergiquement contre une "insupportable ingérence" chaque fois qu'une instance internationale tente de dénoncer les violations qu'elle pratique à l'encontre de ses propres citoyens, la Chine n'hésite pas intervenir en sous-main dans les affaires de ses voisins. Je voudrais terminer en rappelant le cas de l'historien Xu Zerong qui a été condamné il y a quelques mois à neuf années de prison pour "trahison de secrets d'Etat". Il aurait, est-il dit dans les minutes de son procès, utilisé des documents confidentiels concernant la guerre de Corée. La belle affaire ! Une guerre vieille de cinquante ans... Ce qui n'est pas dit en revanche, c'est que Xu Zerong a découvert et dévoilé les manœuvres du gouvernement chinois pour déstabiliser la Malaisie à l'aide d'une radio clandestine émettant vers ce pays à partir de la province du Hunan. Si les intentions de la Chine à l'égard de ses voisins étaient aussi pures qu'elle le prétend, pourquoi la diffusion d'une simple information provoquerait-elle à ce point la rage de ses dirigeants ?
Post-scriptum cette citation éclairante sur l'attitude de la Chine vis-à-vis de ses voisins :
Benedict Anderson "Imagined communities". Revised
edition 1996 Verso (first published in 1983)
Introduction, p. 1 "Perhaps without being much noticed
yet, a fundamental transformation in the history of
Marxism and Marxist movements is upon us. Its most
visible signs are the recent wars between Vietnam,
Cambodia and China. These wars are of world-historical
importance because they are the first to occur between
regimes whose independence and revolutionary
credentials are undeniable, and because none of the
belligerents has made more than the punctory attempts
to justify the bloodshed in terms of a recognizable
Marxist theoretical perspective. While it was still
just possible to interpret the Sino-Soviet border
clashes of 1969, and the Soviet military interventions
in Germany (1953), Hungary (1956), Czechoslovakia
(1968), and Afghanistan (1980) in terms of -according
to taste - 'social imperialism', 'defending
socialism,' etc., no one, I imagine, seriously
believes that such vocabularies have much bearing on
what has occurred in Indochina.
If the Vietnamese invasion and occupation of Cambodia
in December 1978 and January 1979 represented the
first large-scale conventional war waged by one
revolutionary Marxist regime against another, China's
assault on Vietnam in February rapidly confirmed the
precedent."
Members and contributors 2013
| Giuseppe R. Roma | 590 € |
| Salvatore P. Capistrello | 200 € |
| Giancarlo B. Torino | 30 € |
| Marco B. Merano | 20 € |
| Davide B. Prato | 50 € |
| Giuseppe P. Grottammare | 50 € |
| Maurizio T. Roma | 1.000 € |
| Rosa A. Firenze | 590 € |
| Giuliano G. Sondrio | 590 € |
| Sergio Pasquale R. Cremona | 500 € |
| Total SUM | 326.746 € |










