Le Tchétchène Chamil Bassaev prédit de nouveaux attentats


Il se dit "contraint" de riposter aux forces russes par des attaques similaires à celle de Beslan. Moscou de notre correspondante

Coiffé d'un béret noir, le visage barbu, habillé d'un T-shirt marqué "anti-terreur" (en cyrillique), Chamil Bassaev est apparu, jeudi 3 février, à la télévision, sur la chaîne britannique Channel 4.

Dans une cassette vidéo, le chef radical islamiste tchétchène a annoncé de nouveaux attentats en Russie, semblables à celui de la prise d'otages qui a fait près de 350 morts dans l'école de Beslan (Ossétie du Nord) en septembre 2004.

Agé de 39 ans, Chamil Bassaev, qui a revendiqué une série d'attentats ayant fait plus de 400 morts en Russie en 2004, apparaît sur cette vidéo, assis avec un lance-grenades sur ses genoux.

La diffusion de cette cassette, qui, selon Channel 4, a été enregistrée début janvier et remise à la chaîne "dans une ville du Proche-Orient", a provoqué la fureur des autorités russes. L'ambassade de Russie à Londres a "exigé" des autorités britanniques que l'interview ne soit pas diffusée. Moscou a dénoncé "la démarche irresponsable qui consiste à disséminer auprès d'un large public les idées et les menaces d'un bandit", ajoutant que "cela va à l'encontre des efforts de la communauté internationale dans la lutte antiterroriste".

La direction de Channel 4 a répondu qu'elle maintenait son programme, ajoutant que la diffusion de la cassette "n'équivalait en aucun cas" à une approbation des idées de Chamil Bassaev. Le Foreign Office a indiqué qu'il condamnait Bassaev, mais que la décision de diffuser la cassette "revenait à la chaîne de télévision", et que "le gouvernement n'avait rien à y voir".

ANNONCE DE CESSEZ-LE-FEU

Répondant à des questions qu'il lit sur un écran d'ordinateur, Chamil Bassaev affirme, sur ces images, que le nombre de morts parmi les enfants de Beslan en septembre 2004 a été provoqué non pas par la détonation des explosifs posés par le commando des preneurs d'otages, mais par l'effondrement du toit du gymnase, détruit lors de l'assaut des forces spéciales russes. Il dit avoir été "choqué par ce qui est arrivé" et qu'il ne "s'attendait pas à tant de cruauté". Il ajoute qu'il est "contraint" de "préparer et mener" d'autres opérations de ce type, "ne serait-ce que pour montrer au monde le vrai visage du régime russe". Il accuse Moscou de "génocide contre le peuple tchétchène". "Nous devons répondre de la même manière", dit-il à l'écran.

Ces images sont les premières diffusées de Chamil Bassaev depuis une séquence vidéo le montrant, en juin 2004, dans un dépôt d'armes de la police, en Ingouchie. Le chef de guerre tchétchène avait alors revendiqué une attaque armée, à la tête de plusieurs centaines d'hommes, contre des postes de police dans cette république voisine de la Tchétchénie. Cette opération avait marqué l'extension du conflit dans le Caucase du Nord.

La cassette de Channel 4 a été diffusée alors que, mercredi soir, le site Internet kavkazcenter.com se faisait le relais d'un cessez-le-feu unilatéral des groupes armés tchétchènes pour le mois de février, "sur ordre" du président indépendantiste Aslan Maskhadov. La source de cette information était "un assistant de Chamil Bassaev" se faisant appeler "Abdallah Chamil, émir de la Brigade des martyrs Riadous-Salikhiina". Celui-ci aurait donné l'ordre à ses combattants d'obtempérer aux consignes d'Aslan Maskhadov, "jusqu'au 22 février". Ce qui revenait à la manifestation d'une unité entre les deux ailes, islamiste radicale et indépendantiste, de la guérilla tchétchène. Des représentants de M. Maskhadov en Europe ont confirmé ce cessez-le-feu, dont la réalité a été démentie par un porte-parole militaire russe.