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L'Eglise catholique s'engage à condamner les prêtres pédophiles 10.11.00 | Le Monde | |
| Dans un texte adopté
jeudi 9 novembre, la Conférence épiscopale souhaite voir les ecclésiastiques
coupables de pédophilie "répondre de leurs actes devant la justice". "Il
est nécessaire qu'ils réparent le mal qu'ils ont fait", insiste le texte.
Lourdes de notre envoyé spécial L'Église catholique est décidée à " rompre le silence " sur la question de la pédophilie. Mgr Louis-Marie Billé, président de la Conférence épiscopale, l'avait laissé entendre le 25 octobre en présentant, par avance, les travaux de l'assemblée annuelle des évêques à Lourdes : " La pédophilie suscite le silence qui lui permet de perdurer. Il faut voir ce que l'Eglise peut apporter à la réflexion de la société […] pour rompre le silence et réagir sur le plan canonique, dans ses rapports avec la justice et au plan moral. " Dans une déclaration adoptée jeudi 9 novembre en assemblée plénière, les évêques affirment clairement que " les prêtres qui se sont rendus coupables d'actes à caractère pédophile doivent répondre de ces actes devant la justice. Il est nécessaire qu'ils réparent le mal qu'ils ont fait et portent le poids de la peine infligée par l'Eglise et par la société ". Le rôle de l'évêque dans ces affaires impliquant des prêtres est, lui aussi, nettement défini : " Il ne peut ni ne veut rester passif, encore moins couvrir des actes délictueux. " Les évêques précisent cependant que " la pédophilie est un phénomène encore mal connu. Elle se cache. Elle s'avoue rarement. Souvent, il n'est pas facile à un évêque de réunir les éléments suffisants et sûrs lui permettant de savoir si un prêtre a effectivement commis des actes à caractère répréhensible. " Dans cette déclaration, qui a valeur d'engagement, les évêques réaffirment que l'Eglise catholique " condamne absolument " les actes de pédophilie, qui sont " profondément destructeurs " pour les enfants. " Nous tenons à redire notre volonté de veiller avec soin à ce que de tels actes ne se produisent pas, ne se reproduisent plus. […] Dans la ligne du travail de notre assemblée de Lourdes, nous allons poursuivre notre recherche sur la pédophilie et ses manifestations, sur le soutien à apporter aux victimes et à leurs familles, sur la prévention, l'information et la formation des prêtres, sur le mode d'intervention des évêques. " La déclaration adoptée jeudi devrait donc être un point de départ. " Nous avons voulu dire un certain nombre de choses que nous jugions importantes, en espérant faire la clarté sur la manière dont l'Eglise appréhende ce phénomène ", a expliqué Mgr Billé. " Nous allons poursuivre la réflexion sur ce que nous devons faire quand un tel problème se pose. " UN ÉLECTROCHOC L'évêque d'Evry, Mgr Michel Dubost, dans un entretien à l'hebdomadaire La Vie daté 9 novembre, a déjà émis plusieurs propositions : mise en place, au niveau national, d'un comité d'aide aux victimes, nécessité d'un procès canonique (selon le droit ecclésial). Dans son diocèse, Mgr Dubost envisage la nomination d'un médiateur. L'initiative des évêques de France fait suite à une série de procédures judiciaires et de jugements impliquant des prêtres : condamnation de l'abbé Maurel à Rodez, condamnation de l'abbé Bissey à Caen. Le père Stanislas Lalanne, porte-parole de l'épiscopat, estime " entre vingt et trente " le nombre d'affaires judiciaires en cours concernant des prêtres pour des faits de pédophilie. Mais l'événement déclencheur de cette prise de conscience a été la mise en examen, au mois de janvier, de Mgr Pierre Pican, évêque de Bayeux et de Lisieux (Calvados), pour non-dénonciation de viols et d'agressions sexuelles sur mineurs, dans l'affaire concernant l'abbé Bissey (Le Monde du 2 février 2000). Au mois de mars, Mgr Billé a décidé la mise en place d'un groupe de travail sur la question de la pédophilie. Composé notamment de Marie-Jo Thiel, docteur en médecine et en théologie, d'Olivier Echappé, magistrat et professeur associé à la faculté de droit canonique de l'Institut catholique de Paris, de Mgr Jean-Louis Bruguès, théologien moraliste et évêque d'Angers (Maine-et-Loire), le groupe était piloté par Mgr Jacques David, évêque d'Evreux (Eure). Il a rendu ses conclusions avant l'assemblée de Lourdes, sous la forme d'un rapport de deux cents pages, remis à chaque évêque. Ce document confidentiel se compose d'une synthèse et d'une quinzaine de contributions d'experts. Munis de ce rapport, les évêques ont consacré une première séance de leur assemblée plénière, mardi 7 novembre, à mieux connaître ce qu'était la pédophilie. Le docteur Marie-Jo Thiel leur a fourni des clés de compréhensions, dans un exposé axé sur le profil du pédophile pervers, atteint d'un clivage de personnalité. Son intervention a fait l'effet d'un électrochoc. "On se fait avoir par des types comme ça ", avouait un évêque à la sortie. " Depuis trente ans que je suis les travaux de l'assemblée, c'est la première fois que j'assiste à une séance qui suscite autant de réactions et autant de questions ", confiait, pour sa part, l'évêque émérite d'Agen, Mgr Saint-Gaudens. " Non pas à cause de l'étendue du phénomène, précisait-il, mais parce qu'il s'agit d'une question compliquée." Le débat a repris jeudi 9 novembre, et les évêques ont mis au point et voté la déclaration sur la pédophilie. " C'est un tournant ", estime l'un des membres du groupe de travail. " Les évêques y voient plus clair. L'idée prévaut désormais que l'évêque doit contribuer à ce que justice se fasse. " De fait, la question du secret (secret professionnel, qui s'étendrait pour les prêtres aux confidences reçues en confession et hors confession), qui avait été mis en avant par les évêques après la mise en examen de Mgr Pican, est passée au second plan. Dès janvier, en effet, le diocèse de Bayeux avait estimé dans un communiqué que l'affaire impliquant son évêque soulevait " des questions graves et délicates ayant notamment trait à la place et au rôle du secret dans notre société ". Plusieurs évêques, parmi lesquels Mgr Joseph Duval, archevêque de Rouen, avaient emboîté le pas. Dans la déclaration adoptée jeudi, le mot " secret " ne figure même pas. " Nous avons le sentiment, à tort ou à raison, que la question du secret est incompréhensible par la société actuelle ", expliquait un évêque à l'issue des débats. Si les évêques sont encore très hostiles à l'éventualité de " dénoncer " un de leurs prêtres, la possibilité d'un " signalement " n'est plus taboue. Une phrase de la psychanalyste Françoise Dolto est revenue plusieurs fois dans les débats et a frappé les esprits : " Tout secret sécrète des perversions, il est par nature malsain, pathogène. " |