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LES REFUGIES OUBLIES, ENTRE DEUX FEUX
Quarante mille ont fui d'un camp a Shabunda a l'annonce de la progression des rebelles. M.
Derycke sensibilise les Américains
L'annonce de la progression des rebelles vers l'intérieur du Zaire a provoqué mercredi la fuite
d'un camp a Shabunda, a l'ouest de Bukavu, d'au moins 40.000 réfugiés hutus rwandais. Ce
nouvel épisode de la crise zairoise illustre la précarité du sort de ces déshérités, dont le
commissaire européen a 1'action humanitaire, Emma Bonino, fustige l'abandon par la
"communauté internationale" après un séjour plus au nord en début de semaine.
AU MOINS 24.0000 REFUGIES
Si le décompte de ceux-ci -et surtout la polémique qui en découle- est certes en soi dérisoire,
voire déplacée, une évaluation de leur nombre permet de mettre en exergue l'ampleur d'une
problématique que d'aucun persistent a minimiser ou a ignorer. Nous avons tenté d'en donnerun
contour plus précis avec le Haut Commissariat aux réfugiés des Nations unies et avec
l'association "Memisa Belgique", tris active sur le terrain.
Un porte-parole du premier a Bruxelles estime entre 200.000 et 300.000 le nombre de réfugiés
rwandais encore en perdition dans l'est du Zaire. Ils seraient 120.000 a Tingi-Tingi et 40.000 a
Amisi, deux sites proches de Lubutu, entre Walikale et Kisangani; 40.000 a Shabunda avant la
désertion de mercredi et 20.000 a Punia.
A ceux-la, il faudrait en ajouter quelques dizaines de milliers toujours éparpillés dans les forets.
L'organisation belge présente une répartition encore plus précise: ils seraient 20.000 a
Kisangani; entre 120.000 et 160.000 a Tingi-Tingi; 30.000 a Amisi; 7.500 a Punia; entre 10.000
et 16.000 a Kindu et jusqu'à mercredi environ 60.000 a Shabunda. Soit un minimum de 240.000
réfugiés. Le HCR comme Memisa soulignent l'état de santé particulièrement précaire des
résidente de ces camps.
Un responsable de l'Onu, qui qualifie la situation de "très grave", évoque le chiffre de vingt morte
quotidiennement dans le seul camp de Tingi-Tingi, bilan déjà formulé il y a plusieurs semaines
par "Médecins sans frontières". Memisa souligne que "des dizaines d'enfants à bout de force
meurent chaque jour, surtout à cause de la malaria et de la diarrhée".
QUELLE REACTION AMERICAINE?
Malgré ce constat et malgré les appela de Mm. Bonino, l'idée d'une force internationale
d'intervention n'est pas véritablement relancée. Rencontrant le Secrétaire général des Nations
unies Kofi Annan a New York, le ministre belge des Affaires étrangères s'est vu signifier que le
projet "avait été mis au frigo. Erik Derycke n'a pas caché son désappointement et a illustré la
gravité de la conjoncture par une dénonciation de la nouvelle campagne d'enrôlement des
autorités zairoises: "On a touché le fond quand on recrute des enfants de quinze ans", a-t-il
déploré. De son entretien avec la secrétaire d'Etat américain Madeleine Albright, il a en
revanche retiré le sentiment d'une volonté plus franche des Etats-Unis de s'impliquer pour trouver
une solution a la crise.
En tout cas, une issue négociée entre Zairois semble de moins en moins a l'ordre du jour.
Laurent Kabila multiplie les communiqués victorieux. Au sud, les rebelles seraient "à 40 km de
Moba"; a l'ouest, ils se seraient emparés de Katshunga, a 45 km de Shabunda, et ne seraient
plus qu'a une vingtaine de kilomètres de Lubutu; au nord, enfin, la prise d'Isiro ne serait plus
qu'une "question d'heures". La recrudescence des combats dans cette dernière région est
confirmée par le retour, révélé par l'Unicef, d'environ 2.000 réfugiés soudanais dans leur pays.
Fort de ces succès présumés, le chef rebelle enjoint Kinshasa de négocier, avant le 21 février,
sous peine de voir lancée une "offensive généralisée". Depuis le Maroc, le président Mobutu a
fait savoir qu'on ne dialogue pas avec "un traître" ou avec des "marionnettes manipulées par le
Rwanda et l'Ouganda". A leur tour, les Etats Unis ont assuré que des troupes étrangères
soutenaient les rebelles sur le terrain. Mais leur nationalité n'a pas été citée.