Tina Lagostena Bassi.
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Charles Enderlin, chroniqueur averti du Proche-Orient
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Parti pour Israël en 1968, à 22 ans, pour vivre dans un kibboutz, il y est devenu journaliste. Parmi les plus anciens correspondants en poste à Jérusalem, cette figure de France 2 tente de résister aux turbulences de la couverture du conflit israélo-palestinien.
Il est comme à la télé, sauf qu'il parle avec les mains. Même regard de vieil enfant sage perlé d'humour, même silhouette ramassée, même voix rugueuse et lente. Quand elle le voyait au journal de 20 heures, sa mère ne faisait jamais de réflexions sur le contenu de ses papiers - "seulement sur ma cravate, quand elle la trouvait mal assortie", s'amuse-t-il.
Faire du journalisme, passer à la télévision, au départ, ce n'était pas son goût. C'est "par hasard" que le correspondant de France 2 à Jérusalem, l'un des plus anciens journalistes en poste en Israël, aujourd'hui considéré comme l'un des meilleurs connaisseurs du Proche-Orient, a choisi ce métier. C'est en toute connaissance de cause, risques et périls compris, qu'il a décidé de continuer à l'exercer.
Sans Mai 68 et Theodor Herzl (1870-1904), fondateur du sionisme, qui fut l'un de ses auteurs "de chevet", peut-être Charles Enderlin serait-il devenu un médecin de province, exerçant tranquillement dans un cabinet de Metz, la ville où il a grandi, ou de Nancy, où il a commencé des études de médecine. N'ayant que brièvement connu son père (ses parents ont divorcé quelques années après leur mariage), le jeune homme est élevé, au côté de sa sœur, par sa mère et ses grand-parents maternels, des juifs autrichiens qui se sont installés en France en 1938, après l'Anschluss.
Le dernier ouvrage du correspondant de France 2, Paix ou guerres, les secrets des négociations israélo-arabes 1917-1995 (Fayard, 2004), est dédié à sa mère, aujourd'hui disparue. Et chaque passage en France s'agrémente d'une escale à Metz, où il a gardé de la famille. "Je me sens de plus en plus Français", souligne le journaliste, rencontré à Angers, fin novembre, à l'occasion du dix-neuvième Festival du scoop, dont il est l'un des présidents d'honneur. La France ? "J'ai été formé par le lycée républicain - et laïque bien sûr. Quand j'étais lycéen, le rabbin, le curé et le pasteur venaient donner des cours de religion. Des cours facultatifs. J'y allais de temps en temps", ajoute-t-il en riant.
S'il a pris la nationalité israélienne, au début des années 1970, ce n'est pas par choix religieux. C'est pour éviter les "retours de bâton un peu hard" de l'après-68 que l'éphémère étudiant de Nancy, membre du comité de grève de la faculté de médecine, décide, à l'automne de cette même année, d'aller en Israël. Pas pour y jouer au reporter, mais pour vivre en kibboutz. Quand il débarque à Tel-Aviv, en décembre 1968, Charles Enderlin a 22 ans. Il a en tête les écrits de Theodor Herzl, aujourd'hui honni par l'orthodoxie religieuse. Le journaliste de France 2 connaît par cœur des passages de L'Etat des Juifs. Ceux, notamment, où Theodor Herzl recommande de "cantonner" les chefs religieux "dans leurs temples, de même que nous cantonnerons l'armée de métier dans les casernes". Ce rêve a fait long feu. "Chacun est aussi libre dans sa foi ou son incroyance que dans sa nationalité, ajoutait Theodor Herzl. S'il se trouve parmi nous des fidèles appartenant à d'autres religions ou à d'autres nationalités, nous leur garantirons une protection honorable et l'égalité des droits." Quand il parle de Herzl, Charles Enderlin dit simplement : "Je viens de là."
Ces derniers temps, il s'est plongé dans la lecture des Réflexions sur le terrorisme d'Albert Camus (Nicolas Philippe, 2002). "Ce qu'il a dit sur le terrorisme, à l'époque de la guerre d'Algérie, peut s'appliquer au conflit Israël-Palestine, affirme-t-il. Il explique très bien, par exemple, comment, dès la minute où l'opprimé prend le fusil contre l'occupant, il franchit la ligne de l'interdit moral. Et il décrit très bien aussi le mariage épouvantable du terrorisme et de la répression."
PRESSIONS, INSULTES, MENACES
Mais, à vrai dire, Charles Enderlin, comme la plupart de ses confrères et consœurs en poste en Israël, n'a guère le temps de lire. Le conflit Israël-Palestine est l'un des "plus couverts" au monde, remarque le journaliste, qui est vice-président de l'Association des correspondants de la presse étrangère à Jérusalem. Dix morts en Israël ne pèsent-ils pas plus lourd, à l'aune des grands médias, que trois millions de personnes massacrées au Congo-RDC ? Le conflit Israël-Palestine, "exemplaire" à plus d'un titre à l'échelle de la planète, est aussi celui "qui fait fantasmer le plus", note-t-il. Pour le meilleur parfois, mais surtout pour le pire.
Pressions, insultes, menaces de mort : à l'automne 2000, après la diffusion des images du petit Mohamed Al Dura, mourant dans les bras de son père, lors d'une fusillade à Gaza entre l'armée israélienne et les combattants palestiniens, Charles Enderlin, qui a commenté ces images prises par l'un de ses cameramen palestiniens, devient la cible d'une campagne de dénigrement d'une violence inédite. Sur Internet, des sites juifs francophones l'accusent d'avoir mis en scène la mort du petit Mohamed. Une accusation que le gouvernement israélien se garde bien de relayer.
Quatre ans plus tard, le 18 novembre, la direction de France 2, solidaire de son journaliste, annonce qu'elle porte plainte contre X... pour "diffamation publique". Un acte salutaire minimal : dans un contexte proche-oriental marqué par la montée des violences et des extrémismes, ce type d'accusation peut être interprété comme un appel au meurtre. Charles Enderlin hausse les épaules : "On se fait une peau d'éléphant", assure-t-il.
Quant au débat sur l'antisémitisme en France, il "refuse par principe" d'y entrer. "A partir du moment où un correspondant de presse commence à travailler en tenant compte des réactions éventuelles que son information va susciter, il est fini", martèle-t-il. A ses yeux, l'antisémitisme en France est "un problème français, qui relève de la police et de la justice françaises. Pas de la presse". Entré "en journalisme" par la petite porte - en l'occurrence, celle de la radio israélienne, où il a été embauché en 1971 -, cet homme qui est devenu, bon gré, mal gré, un vieux routier du journalisme et de la politique s'est forgé sa morale. "Si ma rédaction en chef décidait que tel ou tel sujet doit être tourné différemment du fait de telle ou telle réaction possible, j'aurais alors un problème fondamental. Cela ne m'est jamais arrivé." A bons détracteurs, salut...
Il est comme à la télé, sauf qu'il parle avec les mains. Même regard de vieil enfant sage perlé d'humour, même silhouette ramassée, même voix rugueuse et lente. Quand elle le voyait au journal de 20 heures, sa mère ne faisait jamais de réflexions sur le contenu de ses papiers - "seulement sur ma cravate, quand elle la trouvait mal assortie", s'amuse-t-il.
Faire du journalisme, passer à la télévision, au départ, ce n'était pas son goût. C'est "par hasard" que le correspondant de France 2 à Jérusalem, l'un des plus anciens journalistes en poste en Israël, aujourd'hui considéré comme l'un des meilleurs connaisseurs du Proche-Orient, a choisi ce métier. C'est en toute connaissance de cause, risques et périls compris, qu'il a décidé de continuer à l'exercer.
Sans Mai 68 et Theodor Herzl (1870-1904), fondateur du sionisme, qui fut l'un de ses auteurs "de chevet", peut-être Charles Enderlin serait-il devenu un médecin de province, exerçant tranquillement dans un cabinet de Metz, la ville où il a grandi, ou de Nancy, où il a commencé des études de médecine. N'ayant que brièvement connu son père (ses parents ont divorcé quelques années après leur mariage), le jeune homme est élevé, au côté de sa sœur, par sa mère et ses grand-parents maternels, des juifs autrichiens qui se sont installés en France en 1938, après l'Anschluss.
Le dernier ouvrage du correspondant de France 2, Paix ou guerres, les secrets des négociations israélo-arabes 1917-1995 (Fayard, 2004), est dédié à sa mère, aujourd'hui disparue. Et chaque passage en France s'agrémente d'une escale à Metz, où il a gardé de la famille. "Je me sens de plus en plus Français", souligne le journaliste, rencontré à Angers, fin novembre, à l'occasion du dix-neuvième Festival du scoop, dont il est l'un des présidents d'honneur. La France ? "J'ai été formé par le lycée républicain - et laïque bien sûr. Quand j'étais lycéen, le rabbin, le curé et le pasteur venaient donner des cours de religion. Des cours facultatifs. J'y allais de temps en temps", ajoute-t-il en riant.
S'il a pris la nationalité israélienne, au début des années 1970, ce n'est pas par choix religieux. C'est pour éviter les "retours de bâton un peu hard" de l'après-68 que l'éphémère étudiant de Nancy, membre du comité de grève de la faculté de médecine, décide, à l'automne de cette même année, d'aller en Israël. Pas pour y jouer au reporter, mais pour vivre en kibboutz. Quand il débarque à Tel-Aviv, en décembre 1968, Charles Enderlin a 22 ans. Il a en tête les écrits de Theodor Herzl, aujourd'hui honni par l'orthodoxie religieuse. Le journaliste de France 2 connaît par cœur des passages de L'Etat des Juifs. Ceux, notamment, où Theodor Herzl recommande de "cantonner" les chefs religieux "dans leurs temples, de même que nous cantonnerons l'armée de métier dans les casernes". Ce rêve a fait long feu. "Chacun est aussi libre dans sa foi ou son incroyance que dans sa nationalité, ajoutait Theodor Herzl. S'il se trouve parmi nous des fidèles appartenant à d'autres religions ou à d'autres nationalités, nous leur garantirons une protection honorable et l'égalité des droits." Quand il parle de Herzl, Charles Enderlin dit simplement : "Je viens de là."
Ces derniers temps, il s'est plongé dans la lecture des Réflexions sur le terrorisme d'Albert Camus (Nicolas Philippe, 2002). "Ce qu'il a dit sur le terrorisme, à l'époque de la guerre d'Algérie, peut s'appliquer au conflit Israël-Palestine, affirme-t-il. Il explique très bien, par exemple, comment, dès la minute où l'opprimé prend le fusil contre l'occupant, il franchit la ligne de l'interdit moral. Et il décrit très bien aussi le mariage épouvantable du terrorisme et de la répression."
PRESSIONS, INSULTES, MENACES
Mais, à vrai dire, Charles Enderlin, comme la plupart de ses confrères et consœurs en poste en Israël, n'a guère le temps de lire. Le conflit Israël-Palestine est l'un des "plus couverts" au monde, remarque le journaliste, qui est vice-président de l'Association des correspondants de la presse étrangère à Jérusalem. Dix morts en Israël ne pèsent-ils pas plus lourd, à l'aune des grands médias, que trois millions de personnes massacrées au Congo-RDC ? Le conflit Israël-Palestine, "exemplaire" à plus d'un titre à l'échelle de la planète, est aussi celui "qui fait fantasmer le plus", note-t-il. Pour le meilleur parfois, mais surtout pour le pire.
Pressions, insultes, menaces de mort : à l'automne 2000, après la diffusion des images du petit Mohamed Al Dura, mourant dans les bras de son père, lors d'une fusillade à Gaza entre l'armée israélienne et les combattants palestiniens, Charles Enderlin, qui a commenté ces images prises par l'un de ses cameramen palestiniens, devient la cible d'une campagne de dénigrement d'une violence inédite. Sur Internet, des sites juifs francophones l'accusent d'avoir mis en scène la mort du petit Mohamed. Une accusation que le gouvernement israélien se garde bien de relayer.
Quatre ans plus tard, le 18 novembre, la direction de France 2, solidaire de son journaliste, annonce qu'elle porte plainte contre X... pour "diffamation publique". Un acte salutaire minimal : dans un contexte proche-oriental marqué par la montée des violences et des extrémismes, ce type d'accusation peut être interprété comme un appel au meurtre. Charles Enderlin hausse les épaules : "On se fait une peau d'éléphant", assure-t-il.
Quant au débat sur l'antisémitisme en France, il "refuse par principe" d'y entrer. "A partir du moment où un correspondant de presse commence à travailler en tenant compte des réactions éventuelles que son information va susciter, il est fini", martèle-t-il. A ses yeux, l'antisémitisme en France est "un problème français, qui relève de la police et de la justice françaises. Pas de la presse". Entré "en journalisme" par la petite porte - en l'occurrence, celle de la radio israélienne, où il a été embauché en 1971 -, cet homme qui est devenu, bon gré, mal gré, un vieux routier du journalisme et de la politique s'est forgé sa morale. "Si ma rédaction en chef décidait que tel ou tel sujet doit être tourné différemment du fait de telle ou telle réaction possible, j'aurais alors un problème fondamental. Cela ne m'est jamais arrivé." A bons détracteurs, salut...











