La FIDH et le Comité Vietnam des Droits de l'Homme demandent la libération immédiate de Nguyen Dan Que


Quê Me

La Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH) et le Comité Vietnam pour la Défense des Droits de l’Homme demandent la libération immédiate du défenseur des droits de l’Homme Nguyen Dan Que

Paris. Me Sidiki Kaba, Président de la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme (FIDH) et M. Vo Van Ai, Vice-Président de la FIDH et Président du Comité Vietnam pour la Défense des Droits de l’Homme, ont envoyé aujourd’hui une Lettre ouverte aux dirigeants vietnamiens exprimant leur grave préoccupation concernant l’arrestation du dissident et défenseur des droits de l’Homme Nguyen Dan Que à Ho Chi Minh Ville (Saigon), le 17 mars dernier.

« Considérant que selon les normes internationales, le Dr Nguyen Dan Que est un prisonnier de conscience, nous vous demandons de le libérer immédiatement et inconditionnellement » ont-il déclaré dans leur Lettre ouverte au Président Tran Duc Luong, au Premier Ministre Phan Van Khai, au Secrétaire général du PCV Nong Duc Manh et au Président de l’Assemblée Nationale Nguyen Van An.

Les deux organisations signalent que le Dr Nguyen Dan Que, 61 ans, a été arrêté devant son domicile à 20 heures, le 17 mars, alors que prétendûment, il se rendait dans un cybercafé afin d’y envoyer des informations à l’étranger. Il serait actuellement détenu au bureau du Département central de l'Intérieur (Rue Nguyen Van Cu, district 1, Ho Chi Minh Ville). A minuit, la Sécurité a perquisitionné sa maison et confisqué son téléphone portable, son ordinateur et plusieurs documents.

La porte-parole du Ministère vietnamien des Affaires étrangère, Mme Phan Thuy Thanh, a déclaré hier qu’il avait été arrêté « en flagrant délit de violation de la loi » et qu’il serait jugé. La FIDH et le Comité Vietnam pour la Défense des Droits de l’Homme ont mis en cause la nature « passe-partout » et inexplicite de ce chef d’accusation et se sont dit inquiets de ce que le Dr Que pourrait être lourdement condamné s’il était poursuivi pour avoir envoyé des messages électronique à l’étranger. Le « "délit", taxé "d'espionnage" sous les lois de "sécurité nationale" a été récemment très durement sanctionné ». Ils ont rappelé aux autorités vietnamiennes que « les incriminations, concernant la notion fourre-tout de "sécurité nationale" et visant à réprimer l'exercice légitime des droits fondamentaux » ont été fermement condamnées par le Comité des Droits de l'Homme de l'ONU, en juillet 2002. Les experts internationaux ont estimé que ces lois étaient « incompatibles avec le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ratifié par le Vietnam en 1982 ».

MM. Kaba et Ai ont rappelé que le Dr Nguyen Dan Que avait déjà passé plus de 18 ans en prison pour avoir défendu les réformes politiques. Condamné à 20 ans d’emprisonnement en 1991, il a été libéré lors d’une amnistie gouvernementale en 1998 sous la condition qu’il s’exilât aux Etats-Unis. Cependant, il a refusé de partir après sa libération. Depuis lors, le Dr que se trouve assigné à résidence « sous l'étroite surveillance de la Sécurité et [subit] régulièrement les harcèlements policiers ». Le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a reconnu que le Dr Nguyen Dan Que était victime de détention arbitraire.

La FIDH et le Comité Vietnam pour la Défense des Droits de l’Homme ont souligné que l’arrestation du Dr Que était particulièrement préoccupante dans la mesure où elle « intervient dans un contexte de répression grandissante contre toutes les opinions divergentes au Vietnam, comme l'ont démontré, entre autre, les arrestations, à Ho Chi Minh Ville, de MM. Pham Que Duong (72 ans), ancien colonel et ancien rédacteur en chef de la Revue d’Histoire Militaire de l'Armée du Peuple (29 décembre 2002), et Tran Khue, chercheur à l’Institut des Sciences Sociales (30 décembre 2002) ».

La FIDH est l’une des plus ancienne et des plus prestigieuse ONG de défense des droits de l’Homme. Fondée en 1922, elle compte 115 ligues dans le monde. Le Comité Vietnam pour la Défense des Droits de l’Homme est l’affiliée vietnamienne de la FIDH.

Texte intégral de la Lettre ouverte au Gouvernement de la République Socialiste du Vietnam

Arrestation du Dr Nguyen Dan Que

A l’attention de:

S.E. Tran Duc Luong, Président de la République Socialiste du Vietnam S.E. Phan Van Khai, Premier Ministre de la République Socialiste du Vietnam S.E. Nong Duc Manh, Secrétaire général du Parti Communiste du Vietnam S.E. Nguyen Van An, Président de l'Assemblée Nationale



Paris, le 21 mars 2003

Vos Excellences,

Nous avons appris, avec une grande inquiétude, l'arrestation du Dr Nguyen Dan Que, 61 ans, défenseur des droits de l'Homme internationalement reconnu.

D'après nos informations, le Dr Nguyen Dan Que a été appréhendé vers 20 heures, le lundi 17 mars 2003, devant son domicile, à Ho Chi Minh Ville, "en flagrant délit de violation de la loi", selon les termes passe-partout de la porte-parole du Ministère des Affaires étrangères, Mme Phan Thuy Thanh. Il serait actuellement détenu au bureau du Département central de l'Intérieur (Rue Nguyen Van Cu, district 1, Ho Chi Minh Ville).

Pendant sa détention, la police a perquisitionné son domicile, à minuit, afin de saisir son ordinateur, son téléphone portable et de nombreux documents.

Selon certaines sources, le Dr Nguyen Dan Que a été appréhendé alors qu'apparemment, il s'apprêtait à se rendre dans un cybercafé pour envoyer des informations à l'étranger. Ce "délit", taxé "d'espionnage" sous les lois de "sécurité nationale" a été récemment très durement sanctionné. Les incriminations, concernant la notion fourre-tout de "sécurité nationale" et visant à réprimer l'exercice légitime des droits fondamentaux, ont été jugées, en juillet 2002, par le Comité des Droits de l'Homme de l'ONU incompatibles avec le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ratifié par le Vietnam en 1982.

Le Dr Nguyen Dan Que a déjà passé plus de 18 ans en prison en raison de ses positions pro-démocratiques. Condamné à 20 ans d'emprisonnement en 1991, il a été amnistié en septembre 1998 à condition qu'il s'exilât aux Etats-Unis, mais ayant finalement refusé de quitter le Vietnam, le Dr Nguyen Dan Que était depuis sous l'étroite surveillance de la Sécurité et subissait régulièrement les harcèlements policiers. Le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a estimé que Nguyen Dan Que était victime de détention arbitraire.

La FIDH et le Comité Vietnam pour la Défense des Droits de l'Homme sont d'autant plus inquiets que cette arrestation intervient dans un contexte de répression grandissante contre toutes les opinions divergentes au Vietnam, comme l'ont démontré, entre autre, les arrestations, à Ho Chi Minh Ville, de MM. Pham Que Duong (71 ans), ancien colonel et ancien rédacteur en chef de la Revue d’Histoire Militaire de l'Armée du Peuple (29 décembre 2002), et Tran Khue, chercheur à l’Institut des Sciences Sociales (30 décembre 2002).

Considérant que selon les normes internationales, le Dr Nguyen Dan Que est un prisonnier de conscience, nous vous demandons de le libérer immédiatement et inconditionnellement.

Nous vous prions d'agréer, Vos Excellences, l'expression de notre haute considération.

Sidiki KABA Président de la FIDH

Vo Van Ai Président du Comité Vietnam pour la Défense des Droits de l'Homme Vice-Président de la FIDH