THIERRY MEYSSAN : DE LA LUTTE CONTRE LA CALOTTE A LA POLITIQUE MONDIALE

Nicolas Weill
Le Monde

A 44 ans, le président du Réseau Voltaire affiche un itinéraire aux contours sinueux.

Mince, le regard sombre, Thierry Meyssan ne correspond guère à l'image qu'on se fait du plumitif besogneux découvrant chaque jour un nouveau complot depuis son officine. L'homme, né en 1957, est secrétaire national du Parti radical de gauche. Si aujourd'hui son nom se confond surtout avec celui du Réseau Voltaire qu'il préside, son itinéraire présente des contours plus sinueux. Thierry Meyssan a fréquenté, du temps où il était proche du Renouveau charismatique, le séminaire d'Orléans avant de devenir un pourfendeur inlassable de l'Opus Dei, partisan opiniâtre de la laïcité. Marié à l'époque de ses études de théologie, il n'aurait toutefois jamais envisagé de devenir prêtre.
Les premiers engagements de Thierry Meyssan sont plutôt d'ordres "sociétaux". Via une association aujourd'hui en sommeil, Le projet Ornicar, il milite pour les droits des homosexuels. A force d'arpenter les couloirs du Parlement de Strasbourg, M. Meyssan rencontre Yves Frémion, alors député européen (Vert). Avec lui et quelques autres, il lance le Réseau Voltaire en 1994. L'extrême droite constitue, à cette époque, la cible privilégiée. Mais le Réseau Voltaire n'hésite pas à s'en prendre à des mythes nationaux plus consensuels. Ainsi M. Meyssan et ses amis parviennent-ils, en 1996, à diffuser la lettre de soutien de l'abbé Pierre à Roger Garaudy, alors que ce dernier propose d'ouvrir le débat sur l'histoire de la Shoah aux auteurs négationnistes.
Thierry Meyssan affiche son appartenance à la franc-maçonnerie dont il est un membre remuant. Il ne cache pas être l'une des sources de l'ouvrage sulfureux Les Frères invisibles de Ghislaine Ottenheimer et Renaud Lecadre (Le Monde du 15 mai 2001). La réunion organisée le 22 janvier 2000 dans les locaux du Grand Orient, rue Cadet à Paris, avec des nationalistes corses dans le but de discuter, à l'en croire, de "l'indépendance" de l'île (Le Monde du 18 mars 2000) ouvre un conflit direct avec l'actuel grand maître Alain Bauer. Un temps suspendu de l'obédience, parce qu'il accusait M. Bauer d'être à l'origine de la rencontre, Thierry Meyssan y sera finalement rétabli, non sans avoir présenté ses excuses - est-il précisé dans Grand O (Denoël), l'ouvrage du grand maître.
Avec L'Effroyable Imposture (Carnot), la méthode de Thierry Meyssan se précise : asséner. Cette fois dans le but, assure-t-il, de "défendre la liberté et la démocratie en Amérique." "Nous aimons l'Amérique de Tocqueville et non celle du Patriot Act", ajoute-t-il. Et de citer Jean Moulin - "un radical" comme lui - lui aussi "un terroriste". Sa pratique du radicalisme renvoie plutôt au Partito radical de Marco Panella qu'à Edouard Herriot ou Pierre Mendès France.

EN CURIEUSE COMPAGNIE

Bien que les Verts soient partie prenante du Réseau Voltaire, la dernière initiative laisse un Jean-Luc Bennahmias, directeur de campagne de Noël Mamère, des plus sceptiques. La stratégie reste apparemment contrôlée, mais désormais la scène se veut mondiale ! Contre ceux qui lui reprochent une vision conspirationniste du monde, Thierry Meyssan invoque la contre-expertise citoyenne ou le journalisme d'investigation. "Certains groupes d'individus peuvent coordonner leur action. Cela explique le cours de leur carrière, mais pas l'histoire", précise-t-il.
Il n'empêche qu'avec sa mise en question de la version généralement admise du 11 septembre 2001, cet homme de gauche se retrouve aujourd'hui en bien curieuse compagnie. Celle d'Emmanuel Ratier, disciple de l'agitateur antisémite Henry Coston (1910-2001, Le Monde du 2 août 2001), qui dans sa lettre diffusée sur Internet (Faits et documents n° 23, daté du 20 octobre 2001) mettait également en doute qu'un avion se fût écrasé sur le Pentagone (doutes rappelés à l'occasion du conseil scientifique du Front national le 1er décembre 2001). De même a-t-il profité des conseils et de l'expertise de personnalités inattendues comme celle de Pierre-Henri Bunel, cet officier condamné à cinq ans de détention dont trois avec sursis pour avoir transmis, en 1998, les plans des frappes de l'OTAN à un colonel serbe, en pleine guerre du Kosovo. Certes les deux hommes ne partagent pas les mêmes convictions. Ils ont seulement le même éditeur.