Washington observe avec satisfaction les récentes évolutions au Moyen-Orient

Corine Lesnes
Le Monde

Même si elle n'est pas exprimée de manière officielle, une certaine autosatisfaction est perceptible à Washington quant à l'évolution de la situation au Proche-Orient. Dans la foulée des élections du 30 janvier en Irak et du dégel israélo-palestinien, la région bouge.

Il y a eu les municipales en Arabie saoudite, le 10 février, la poussée populaire au Liban et, samedi 26 février, l'annonce du multipartisme en Egypte.

Interrogé dimanche par la chaîne de télévision Fox News, le sénateur républicain de l'Arizona John McCain a attribué ces évolutions aux choix de l'administration Bush. "Notre succès en Afghanistan et en Irak a eu un impact bénéfique sur la politique au Moyen-Orient, y compris au Liban, a-t-il dit. Nous pourrions bien être sur le point de voir un changement fondamental vers plus de liberté et de démocratie au Proche-Orient."

Dans le New York Times, le chroniqueur néoconservateur David Brooks se montre encore plus enthousiaste. Faisant la liste des progrès réalisés sur le chemin de la démocratie après des années d'immobilité, il cite la formation du cabinet du président palestinien Mahmoud Abbas ("les vieux copains d'Arafat ont fini par être écartés") ou les tractations pour le poste de premier ministre en Irak. Pour lui, l'Amérique a su utiliser son don d'"imaginer des mondes nouveaux". Elle a bien fait de viser haut. Maintenant le monde arabe est tenté par l'exemple. Depuis les élections en Irak, la question résonne, du Caire jusqu'à Beyrouth, affirme-t-il : "Pourquoi pas ici ?"

La Maison Blanche et le département d'Etat, qui ont mis la promotion des réformes dans le monde arabe au centre de leur politique antiterroriste (120 millions de dollars ont été affectés au Grand Moyen-Orient dans le budget 2006), se sont gardés de commenter dans des termes aussi positifs les événements du week-end, d'autant qu'à l'optimisme prudent suscité par la décision du président égyptien a succédé le brutal recul de la trêve israélo-palestinienne.

Washington n'a pas réagi à l'attentat de Tel-Aviv, le premier ministre israélien révélant lui-même que Condoleezza Rice lui avait fait part de ses condoléances par téléphone. La secrétaire d'Etat est attendue, lundi, à Londres pour participer à la conférence organisée mardi par le premier ministre britannique, Tony Blair, afin d'aider l'Autorité palestinienne à reformer ses structures et ses services de sécurité avant le retrait des troupes israéliennes de Gaza, prévu pour l'été.

L'annonce la plus spectaculaire du week-end est venue du Caire. Samedi, dans une intervention à l'université de Menoufiya, retransmise en direct à la télévision, le président Hosni Moubarak, 76 ans, au pouvoir depuis 24 ans, a proposé une révision constitutionnelle qui autoriserait des élections présidentielles au scrutin direct. Le département d'Etat a réagi prudemment à cette proposition, la qualifiant de "pas dans la direction d'un système politique plus ouvert".

"BASCULEMENT"

Les Américains n'ont pas revendiqué la paternité de cette évolution - dont la portée reste à mesurer - mais il est clair que l'Egypte avait été citée au plus haut niveau, par George Bush, dans une intervention aussi calibrée que le discours-programme sur l'état de l'Union. C'était le 2 février. M. Bush avait affirmé que l'Egypte, cette "fière et grande nation qui avait montré le chemin de la paix", ne craindrait pas de "montrer maintenant le chemin de la démocratie au Moyen-Orient".

En janvier, le régime avait fait arrêter l'opposant Ayman Nour. Selon des sources officieuses, Mme Rice avait annulé depuis un moment une visite au Caire prévue dans la foulée de la conférence de Londres en signe de mécontentement.

Dans sa chronique dominicale du New York Times, le journaliste Thomas Friedman qualifie la période actuelle de moment de "basculement", où un changement de perception peut créer une nouvelle réalité. De "nouvelles histoires" sont en train de s'écrire au Proche-Orient, estime-t-il. Il y a un mois, le Liban n'était que ce pays où une petite minorité chrétienne essayait de résister à l'occupation syrienne. Tout cela "grâce à 8 millions d'Irakiens" qui ont bravé la peur, écrit-il.

Quelques voix moins positives se sont fait entendre, justement au sujet de l'Irak. Plusieurs sénateurs qui s'y sont rendus la semaine dernière ont trouvé qu'ils pouvaient encore moins sortir de la zone verte qu'à leur visite précédente. Avec les trois GI tués ce week-end, le bilan américain approche les 1 500 morts. Mais comme l'écrit le commentateur David Brooks, le président Bush a réussi à changer les priorités, et "dans le monde entier".