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"Vova" le Terrible, par Nina L. Khrouchtcheva
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Point de vue. La présidence de Vladimir Poutine apporte la preuve que le stalinisme ne finira jamais en Russie. Sortie du passé, la dictature russe continue dans l'avenir sans presque faire de pause, en changeant simplement de nom : Ivan le Terrible, Pierre le Grand, Koba le Terrible (Staline). Quatorze ans après la chute de l'Union soviétique, le peuple russe a découvert qu'il vit mieux sous les dictateurs.
D'où l'empressement avec lequel nous en sommes venus à aimer la main ferme de "Vova" Poutine. Nous soutenons la mise en prison des membres de l'oligarchie "malhonnête", sa façon de serrer la vis à la presse "irresponsable" et de promouvoir une dictature de l'ordre aux dépens de la loi transparente.
Nous sommes impatients de chanter sa louange - une chanson à la mode dit : "J'en veux un comme Poutine" - et nous élevons des statues de chocolat à ce... cet autocrate moderne, si agréable et si doux.
Beaucoup de Russes croient cette répression nécessaire, étant donné le programme du président : ramener le Kremlin au centre de la politique et de l'économie; réduire l'influence de l'oligarchie; assurer le "pouvoir vertical" du président, nécessaire au renforcement de la souveraineté et de la sécurité; protéger l'immense production d'énergie de l'Etat russe; redonner à la Russie son prestige international.
Alors que certains des succès de Poutine sont discutables, 72 % du public lui font cependant confiance. Peuple relativement neuf devant la démocratie, les Russes croient toujours aux "tsars", et non aux paysans.
Nous détestons les dirigeants qui nous ressemblent et agissent comme nous : Khrouchtchev avec ses poings énergiques et sa chemise ukrainienne, Gorbatchev avec sa tache de naissance sur sa calvitie, Eltsine avec son ivrognerie de moujik.
A l'inverse, Staline s'est fabriqué prudemment une image officielle qui dissimulait au peuple qu'il était courtaud et marqué de petite vérole. M. Poutine lui aussi se fabrique son énigme : malgré de nombreuses apparitions publiques, nous nous demandons toujours ce qui se cache sous son "âme": un nouveau démocrate ou un ancien espion ?
L'historien Richard Pipes a régulièrement averti du défi que représente la démocratisation de la Russie. Le peuple a besoin, et même veut une protection contre lui-même. Par conséquent, il implore que l'Etat ait la main ferme. La montée actuelle du stalinisme (dans les sondages, Koba arrive en seconde position derrière Vova le Calme) n'est pas entièrement la faute de M. Poutine.
Quand, en 1991, Boris Eltsine est monté sur un char, la Russie, avec son histoire d'oppression, ne savait pas que la démocratie exige des contributions individuelles, que ce soit ou non Eltsine qui montre la voie. Nous n'avons pas encore réussi à saisir qu'avec l'idée de démocratie et de marché libre il ne faut s'en prendre qu'à soi si les choses tournent mal.
Après la liberté de la perestroïka et l'anarchie du postsocialisme, il est apparu que, sans contrôle venu d'en haut, nous n'aimions pas nos pauvres personnes malhonnêtes. La nouvelle autocratie a découvert qu'elle n'avait pas besoin d'un mausolée pour se protéger du peuple : la peur de la liberté fait de nous d'excellents volontaires, nous voulons un chef capable de nous fournir le sentiment d'une vie bien en ordre.
Qu'importe que Staline ait dirigé grâce à une forme différente de peur, chacun avait peur pour sa vie, disons-nous aujourd'hui. Cette peur était moins menaçante que de devoir vivre avec des décisions que nous prenons seuls. A la question russe typique - qui doit-on blâmer ? -, il y a maintenant une réponse : Khrouchtchev, Gorbatchev, Eltsine. A une autre question typique - que faire ? -, la réponse est prête également : revenir à Staline, à l'Etat fort. A l'époque, nous pouvions être tués ou emprisonnés, mais que nos victoires et nos défilés étaient magnifiques !
Une fois, feu Viatcheslav Molotov - ministre des affaires étrangères de Staline - se lamentait : "Avec Staline, nous suivions tous la direction qu'indiquait sa main ferme; quand la main s'est affaiblie, chacun s'est mis à chanter sa propre chanson." Il accusait les "réformateurs" d'avoir "laissé sortir une bête qui cause un mal terrible à notre société. Elle s'appelle démocratie, humanisme, mais ce n'est qu'une influence bourgeoise".
Aujourd'hui, il ne fait pas de doute que la politique de M. Poutine est la version moderne du gouvernement fort. Toujours très obéissants, les citoyens russes emboîtent le pas au Kremlin : ces dernières années, on a publié plus d'une centaine de livres faisant l'éloge de Staline. Dans l'un d'eux, Elena Proudnikova, journaliste à Saint-Pétersbourg, affirme : "Le pays, privé d'idéaux élevés, a pourri jusqu'à la racine. Après la dénonciation de Staline - en 1956 -, nous avons continué à vivre de plus en plus inutiles et de plus en plus crasseux."
Dimitri Yazov, maréchal de l'URSS, ex-ministre de la défense et un des responsables du coup d'Etat contre "l'influence bourgeoise" de Gorbatchev en août 1991, est devenu un héros dix ans après avoir été l'auteur d'un crime politique. Et aujourd'hui, on présente Yazov comme une victime : tous ces Khrouchtchev, ces Gorbatchev et ces Eltsine ont manipulé l'opinion publique en voulant d'inutiles libertés. Grâce à la direction ferme et imposante de Vladimir Poutine dans ce nouveau siècle, le peuple a retrouvé la raison.
Traduit de l'anglais par Jean Guiloineau
Nina L. Khrouchtcheva est l'arrière-petite-fille de Nikita Khrouchtchev. Elle enseigne le droit international à la New School University de New York.
D'où l'empressement avec lequel nous en sommes venus à aimer la main ferme de "Vova" Poutine. Nous soutenons la mise en prison des membres de l'oligarchie "malhonnête", sa façon de serrer la vis à la presse "irresponsable" et de promouvoir une dictature de l'ordre aux dépens de la loi transparente.
Nous sommes impatients de chanter sa louange - une chanson à la mode dit : "J'en veux un comme Poutine" - et nous élevons des statues de chocolat à ce... cet autocrate moderne, si agréable et si doux.
Beaucoup de Russes croient cette répression nécessaire, étant donné le programme du président : ramener le Kremlin au centre de la politique et de l'économie; réduire l'influence de l'oligarchie; assurer le "pouvoir vertical" du président, nécessaire au renforcement de la souveraineté et de la sécurité; protéger l'immense production d'énergie de l'Etat russe; redonner à la Russie son prestige international.
Alors que certains des succès de Poutine sont discutables, 72 % du public lui font cependant confiance. Peuple relativement neuf devant la démocratie, les Russes croient toujours aux "tsars", et non aux paysans.
Nous détestons les dirigeants qui nous ressemblent et agissent comme nous : Khrouchtchev avec ses poings énergiques et sa chemise ukrainienne, Gorbatchev avec sa tache de naissance sur sa calvitie, Eltsine avec son ivrognerie de moujik.
A l'inverse, Staline s'est fabriqué prudemment une image officielle qui dissimulait au peuple qu'il était courtaud et marqué de petite vérole. M. Poutine lui aussi se fabrique son énigme : malgré de nombreuses apparitions publiques, nous nous demandons toujours ce qui se cache sous son "âme": un nouveau démocrate ou un ancien espion ?
L'historien Richard Pipes a régulièrement averti du défi que représente la démocratisation de la Russie. Le peuple a besoin, et même veut une protection contre lui-même. Par conséquent, il implore que l'Etat ait la main ferme. La montée actuelle du stalinisme (dans les sondages, Koba arrive en seconde position derrière Vova le Calme) n'est pas entièrement la faute de M. Poutine.
Quand, en 1991, Boris Eltsine est monté sur un char, la Russie, avec son histoire d'oppression, ne savait pas que la démocratie exige des contributions individuelles, que ce soit ou non Eltsine qui montre la voie. Nous n'avons pas encore réussi à saisir qu'avec l'idée de démocratie et de marché libre il ne faut s'en prendre qu'à soi si les choses tournent mal.
Après la liberté de la perestroïka et l'anarchie du postsocialisme, il est apparu que, sans contrôle venu d'en haut, nous n'aimions pas nos pauvres personnes malhonnêtes. La nouvelle autocratie a découvert qu'elle n'avait pas besoin d'un mausolée pour se protéger du peuple : la peur de la liberté fait de nous d'excellents volontaires, nous voulons un chef capable de nous fournir le sentiment d'une vie bien en ordre.
Qu'importe que Staline ait dirigé grâce à une forme différente de peur, chacun avait peur pour sa vie, disons-nous aujourd'hui. Cette peur était moins menaçante que de devoir vivre avec des décisions que nous prenons seuls. A la question russe typique - qui doit-on blâmer ? -, il y a maintenant une réponse : Khrouchtchev, Gorbatchev, Eltsine. A une autre question typique - que faire ? -, la réponse est prête également : revenir à Staline, à l'Etat fort. A l'époque, nous pouvions être tués ou emprisonnés, mais que nos victoires et nos défilés étaient magnifiques !
Une fois, feu Viatcheslav Molotov - ministre des affaires étrangères de Staline - se lamentait : "Avec Staline, nous suivions tous la direction qu'indiquait sa main ferme; quand la main s'est affaiblie, chacun s'est mis à chanter sa propre chanson." Il accusait les "réformateurs" d'avoir "laissé sortir une bête qui cause un mal terrible à notre société. Elle s'appelle démocratie, humanisme, mais ce n'est qu'une influence bourgeoise".
Aujourd'hui, il ne fait pas de doute que la politique de M. Poutine est la version moderne du gouvernement fort. Toujours très obéissants, les citoyens russes emboîtent le pas au Kremlin : ces dernières années, on a publié plus d'une centaine de livres faisant l'éloge de Staline. Dans l'un d'eux, Elena Proudnikova, journaliste à Saint-Pétersbourg, affirme : "Le pays, privé d'idéaux élevés, a pourri jusqu'à la racine. Après la dénonciation de Staline - en 1956 -, nous avons continué à vivre de plus en plus inutiles et de plus en plus crasseux."
Dimitri Yazov, maréchal de l'URSS, ex-ministre de la défense et un des responsables du coup d'Etat contre "l'influence bourgeoise" de Gorbatchev en août 1991, est devenu un héros dix ans après avoir été l'auteur d'un crime politique. Et aujourd'hui, on présente Yazov comme une victime : tous ces Khrouchtchev, ces Gorbatchev et ces Eltsine ont manipulé l'opinion publique en voulant d'inutiles libertés. Grâce à la direction ferme et imposante de Vladimir Poutine dans ce nouveau siècle, le peuple a retrouvé la raison.
Traduit de l'anglais par Jean Guiloineau
Nina L. Khrouchtcheva est l'arrière-petite-fille de Nikita Khrouchtchev. Elle enseigne le droit international à la New School University de New York.
Inscriptions et contributions 2013
| Giuseppe R. Roma | 590 € |
| Salvatore P. Capistrello | 200 € |
| Giancarlo B. Torino | 30 € |
| Marco B. Merano | 20 € |
| Davide B. Prato | 50 € |
| Giuseppe P. Grottammare | 50 € |
| Maurizio T. Roma | 1.000 € |
| Rosa A. Firenze | 590 € |
| Giuliano G. Sondrio | 590 € |
| Sergio Pasquale R. Cremona | 500 € |
| Total | 326.746 € |
Inscriptions et contributions (online) 2013
Communiqués de presse
22/03/2004
Russie.
RUSSIE: NOUVELLE ATTAQUE DU KREMLIN CONTRE DES MILITANTS DES DROITS DE L’HOMME ET DE ... LA DEMOCRATIE ! L'EUROPE N’A RIEN A DIRE ?
04/03/2004
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RUSSIE: 9 ANS DE PRISON POUR CESSION DE 0,5 GRAMMES DE METHADONE ! QUESTION A LA COMMISSION
Revue de presse
Documenti
16/03/2004
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Russie/Interrogatoire de l'éditeur Alexandre Podrabinek: question à la Commission et réponse du Commissaire Patten
26/02/2004
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Recommandation du Parlement européen à l'intention du Conseil sur les relations entre l'UE et la Russie
19/06/2003
QUESTIONS (EP) Russie.
Questions parlementaires posée par Maurizio Turco (NI) à la Commission










