Voici la version officielle de la lettre que le Président de la République italienne a envoyé à Marco Pannella


Rome, 21 Juin 2011


Cher Marco,

Je désire répondre aux nombreuses questions et sollicitations que tu as soumises à mon attention lors de notre récent entretien au Quirinal et dans les lettres et la documentation que tu m’as envoyées ces derniers jours.

Je crois que l’Italie te doit une juste reconnaissance pour la détermination avec laquelle tu as entrepris tant de batailles pour solliciter une pleine affirmation et protection des libertés civiles et des droits des citoyens.

Certains thèmes qui ont au fur et à mesure sensibilisé et impliqué l’opinion publique de notre pays au cours des dernières décades, comme le divorce, la réglementation de l’avortement, la reconnaissance de l’objection de conscience, le pluralisme de l’information, la protection de l’environnement, la nécessité - invoquée avec une indiscutable clairvoyance - de combattre la faim dans le monde et d’éliminer la peine de mort dans tous les pays, sont devenus patrimoine commun d’une large partie de la société italienne.

La valorisation même du recours au référendum comme élément de démocratie directe et la grande attention que tu as toujours attachée aux règles régissant la participation électorale des citoyens sont le signe d’une préoccupation constante pour la nécessité d’une consciente et active participation de l’opinion publique et des citoyens dans la vie politique de leur pays et pour la volonté de contrecarrer et combattre les phénomènes de détachement et de désintérêt envers la vie publique.

Ces résultats et le fait en même temps d’avoir surmonté les barrières idéologiques paralysantes ont été obtenus avec l’importante contribution de mouvements, comme ceux que tu as personnellement animés, visant à faire de la confrontation libre de tout caractère préjudiciel de coalition une voie essentielle pour l’enrichissement de la vie démocratique.

Tes plus récentes batailles pour que soient fortement affrontées les questions du surpeuplement des prisons, des conditions des détenus et d’une justice administrée avec scrupuleuse attention à toutes les valeurs en jeu, et avec sérénité et sobriété de comportements, me trouvent particulièrement sensible. Je peux t’assurer que je continuerai - comme je l’ai maintes fois fait au cours de mon mandat - à rappeler l’attention de tous les sujets institutionnels responsables - et j’en ressens plus que jamais l’urgence sur ces questions - en les sollicitant à adopter des mesures administratives, organisationnelles et législatives. Sous-estimations et fatalismes ne sont pas admissibles devant des situations dramatiquement incompatibles avec le respect de la dignité des personnes et la nécessité de fournir un «service de justice» efficient garantissant les droits fondamentaux des citoyens: un service qui doit être exercé par des magistrats indépendants et impartiaux avec la rigueur et l’équilibre que j’ai constamment invoqué.

Dans une société transformée sous tant d’aspects par rapport aux années où j’ai commencé l’activité politique, il y a plus que jamais besoin de témoignages de passion civile et d’amour pour les sorts communs afin que puisse être pleinement reconnu à la politique non seulement le rôle de confrontation et de médiation entre les intérêts, mais aussi celui de compréhension et de composition des tensions idéales. Je crois que ton action continuera à être un précieux stimulant en suscitant, comme déjà dans le passé, des discussions et des prises de conscience qui révèlent avec le temps leur fécondité et clairvoyance.

En t’envoyant mes meilleurs vœux, je te salue avec affection et je te prie – non seulement au nom de notre ancienne amitié mais aussi de l’intérêt général – de désister de formes extrêmes de protestation dont je sais le sens d’urgence, mais qui peuvent aujourd’hui mettre gravement en danger ta santé et ton intégrité physiques.