Venue du Secrétaire général du PCV Nong Duc Manh à Paris : Le Comité Vietnam pour la Défense des Droits de l’Homme demande au Président de la République Jacques Chirac de presser le Vietnam de respecter les droits de l’Homme


Quê Me

Paris. A l’occasion du voyage en France du Secrétaire général du Parti Communiste du Vietnam Nong Duc Manh (6-9 juin 2005), M. Vo Van Ai, Président du Comité Vietnam pour la Défense des Droits de l’Homme a envoyé au Président de la République Française Jacques Chirac une Lettre Ouverte pour lui demander de faire pression sur son hôte pour améliorer la situation des droits de l’Homme, libérer tous les prisonniers politiques et religieux, rétablir le statut légal de l’Eglise Bouddhique Unifiée du Vietnam et lancer un véritable processus de démocratisation.

M. Nong Duc Manh vient à Paris sur l’invitation de la France. Il doit déjeuner avec le Président de la République Jacques Chirac, et rencontrer les Présidents de l’Assemblée Nationale, M. Jean-Louis Debré, et du Sénat, M. Christian Poncelet.

Ci-dessous suit le texte intégral de la Lettre Ouverte :

Lettre Ouverte au Président de la République Française à l’occasion de la venue en France de M. Nong Duc Manh, Secrétaire Général du Parti Communiste du Vietnam (6-9 juin 2005)

Monsieur le Président de la République,

Vous allez recevoir le Secrétaire général du Parti Communiste du Vietnam Nong Duc Manh, en visite en France du 6 au 9 juin 2005.

Nous sommes tous choqués que la France, patrie des droits de l’Homme, invite et reçoivent en grande pompe et au plus haut niveau de l’Etat (Président de la République, Présidents de l’Assemblée Nationale et du Sénat, Ministres), le représentant non de l’Etat ou du gouvernement vietnamien mais d’un Parti Communiste minoritaire dans son pays, le Vietnam, et détenteur brutal d’un pouvoir totalitaire.

M. Nong Duc Manh est en effet le chef d’un Parti comptant 2 millions de membres pour une population de plus de 80 millions de personnes, un Parti qui revendique haut et fort son « droit à défendre la minorité » qu’il représente. Or, le pouvoir du Parti Communiste du Vietnam n’a jamais été légitimé par des élections libres et sincères, et plutôt que de consulter le peuple vietnamien, ce Parti use de tous les moyens pour étouffer toute divergence d’opinion : Camps de rééducation pour les prisonniers politiques ou religieux, « détention administrative » (sans procès) pour simple soupçon d’atteinte à une « sécurité nationale » très largement interprétée (décret 31/CP de 1997), quadrillage de la population par les « policiers de secteurs » (police politique), répression de la « cyberdissidence » qualifiée d’« espionnage » (pouvant être puni de la peine de mort, article 80 du Code pénal), interdiction « d’abuser des libertés démocratiques » pour nuire aux intérêts de l’Etat-Parti (article 258 du Code pénal), etc..

Le Parti Communiste de M. Nong Duc Manh est une faction vietnamienne qui, il y a 30 ans, à la fin de la guerre du Vietnam, a accaparé le pouvoir par la force et au mépris de ses engagements. Après les représailles massives, interdites par les Accords de Paris de 1973 (dont la France était signataire), qui ont jeté des millions de personnes, journalistes, artistes, syndicalistes, intellectuels, etc., dans les camps de rééducation et mené à l’éxécution d’au moins 65.000 d’entre eux dans la décennie qui a suivi la Chute de Saigon en 1975, c’est ce Parti qui cherche aujourd’hui à étouffer par les pires violations des droits de l’Homme les dernières bribes de la société civile vietnamienne, les dernières religions « non-reconnues », au premier rang desquelles l’Eglise Bouddhique Unifiée du Vietnam (EBUV, Eglise historique, indépendante, représentant 80% de la population, interdite depuis 1981) : Le Patriarche de l’EBUV Thich Huyen Quang (87 ans) et son second, le Très Vénérable Thich Quang Do (76 ans), sont détenus sans procès depuis plus de 25 ans, dans leurs pagodes respectives.

Ce sont aujourd’hui les plus importants vétérans de ce Parti, comme le général Vo Nguyen Giap, qui dénoncent le caractère dictatorial et criminel de ce Parti Communiste et de ses services secrets militaires appelés « Département Général n°2 » ou DG2 qui, véritable Etat dans l’Etat, recourent à tous les moyens (destabilisation, assassinat, torture...) pour protéger « l’orthodoxie » non démocratique.

Décrit par Reporters Sans Frontières comme « prédateur de la liberté de presse », M. Nong Duc Manh est l’homme qui, en 2001, face aux paysans manifestant pacifiquement et silencieusement, devant l’Assemblée Nationale, contre les abus de pouvoir, les confiscations des terres et la corruption des cadres, trouvait la démocratie vietnamienne « excessive » : « Le fait que des gens s’assemblent avec des pancartes est anormal. Les autres pays n'autoriseraient pas cela ». Depuis le mois de mars 2005, un décret a été adopté pour interdire toute manifestation devant les bâtiments publics (décret 38/2005/ND-CP).

Non content de financer, avec tant d’autres membres de la communauté internationale (Etats-membres et Union Européenne) qui participent au programme décennal de réforme légal du Vietnam, de telles lois liberticides, la France accueille donc en grande pompe M. Nong Duc Manh, dictateur parmi les dictateurs. Nous le déplorons avec l’ensemble des Vietnamiens de la diaspora et ne pouvons que rappeler que l’honneur de la France nécessite que vous, Monsieur le Président de la République, vous placiez du côté du peuple opprimé du Vietnam et non de celui de l’oppresseur.

Nous demandons donc que vous vous prononciez fermement et publiquement, lors de vos entretiens avec votre hôte, en faveur du respect réel des droits de l’Homme et d’un véritable processus de démocratisation au Vietnam, exigeant des autorités vietnamiennes :

- qu’elles abrogent l’ensemble des lois liberticides, comme le décret 31/CP sur la détention administrative, le décret 38/2005/ND-CP sur l’interdiction de manifester, etc., et adoptent des lois conformes aux Pacte international relatif aux droits civils et politiques que le Vietnam à signé et ratifié en 1982, comme l’avait demandé le Comité des Droits de l’Homme des Nations Unies en 2002 ;

- qu’elles libèrent toutes les personnes emprisonnées ou assignées à résidence pour avoir exercé pacifiquement leur droit aux libertés fondamentales, au premier chef, le Patriarche de l’Eglise Bouddhique du Vietnam Thich Huyen Quang, son adjoint, le Très Vénérable Thich Quang Do, tous les dignitaires de l’EBUV arrêtés au mois d’octobre 2003, les cyberdissidents Pham Hong Son, Nguyen Khac Toan, Nguyen Vu Binh, ainsi que le Révérend Nguyen Hong Quang ;

- qu’elles mettent un terme définitif aux persécutions contre les forces de la société civile vietnamienne qui ne cherchent que la prospérité du pays, comme les religions non reconnues que sont l’Eglise Bouddhique Unifiée du Vietnam, les Eglise Cao Dai, Hoa Hao, Protestantes, etc., et rétablissent leur statut légal ;

- qu’elles autorisent enfin la création de journaux et d’associations véritablement indépendantes.
(...)

Vo Van Ai
Président
Comité Vietnam
pour la Défense des Droits de l’Homme