USA: possibles représailles si l'UE lève l'embargo sur les armes à la Chine


AFP

La perspective d'un armement de la Chine grâce aux Européens inquiète les responsables américains, et le Congrès laisse clairement entendre qu'il est prêt à infliger des représailles commerciales si elle venait à se concrétiser. "Je pense qu'il y aurait des interdictions à l'exportation en Europe de très nombreux matériels et technologies, cela pourrait beaucoup changer certaines stratégies d'entreprises multinationales", a averti le président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, Richard Lugar.

Ce qui inquiète les Américains, "ce n'est pas seulement la concurrence de la Chine, c'est qu'elle renforce son armement, en essayant d'intimider Taïwan, et puis nous savons que la République de Chine populaire fait de la prolifération d'armes, comme les Nord-Coréens", a expliqué son collègue George Allen, à l'issue d'un entretien mardi avec le président George W. Bush qui leur rendait compte de son voyage en Europe. M. Allen a en outre évoqué la possibilité de remettre en cause des exercices militaires communs au sein de l'Otan. La Chambre des représentants a déjà adopté il y a un mois, à la quasi-unanimité (411 voix contre 3), une résolution enjoignant les Européens de ne pas lever l'embargo sur les armes. Un texte équivalent a été déposé il y a deux semaines par une dizaine d'élus influents du Sénat des deux bords, et "il a de bonnes chances d'être adopté", selon un porte-parole du sénateur Gordon Smith interrogé vendredi. L'embargo sur les ventes d'armes à la Chine avait été instauré après la sanglante répression du mouvement pour la démocratie du printemps 1989, qui avait fait des centaines, voire des milliers de morts. Lors de leur sommet de Bruxelles du 17 décembre, les dirigeants de l'UE ont réaffirmé leur "volonté politique" de lever cet embargo et envisagé que cette décision puisse être prise avant la fin juin. Mais le président Bush a profité de sa tournée fin février pour exprimer son inquiétude face à une telle mesure, chargeant implicitement les parlementaires de trouver le moyen de dissuader les Européens. Ces derniers "savent que le Congrès est préoccupé", avait-il souligné à Bruxelles, confiant que les 25 essaieraient "de développer un plan pour apaiser cette préoccupation". Pour le démocrate Joseph Biden, il est maintenant "temps que les Européens abattent leurs cartes". "S'ils mettent en place des règles vérifiables sur ce qui peut être exporté (...) et s'ils sont clairs sur ce qui est en jeu, théoriquement", le Congrès pourrait l'accepter, a-t-il laissé entendre. Mais sur la base de ce que les Européens disent pour le moment, "ça ne passe pas", a-t-il ajouté.

Selon un porte-parole du sénateur Gordon Smith, à l'origine du projet de résolution sur l'UE et la Chine, les parlementaires américains multiplient déjà depuis plusieurs semaines les contacts avec les élus européens, principalement français et allemands, pour les dissuader de lever l'embargo. Car ce dossier est finalement lourd de conséquences potentielles sur les relations transatlantiques, plus que sur les relations sino-américaines. "C'est surtout une question transatlantique", résume un porte-parole de M. Biden, qui ne s'attend pas à ce que le Sénat prenne des mesures concrètes dissuasives avant que l'Union européenne franchisse le pas de la levée de l'embargo.