Une orange radicale à la tête du gouvernement ukrainien

Claire Bigg
Libération

Timochenko a été nommée hier. Le Président poursuit sa visite à Moscou.

Moscou intérim. Alors que le nouveau président ukrainien Victor Iouchtchenko effectuait lundi une visite à Moscou visant à détendre des relations très crispées avec le Kremlin, un communiqué annonçait à Kiev la nomination au poste de Premier ministre de Ioulia Timochenko, la plus radicale des leaders de la «révolution orange». Cette nomination doit encore être approuvée par le Parlement.

Adjointe de Victor Iouchtchenko lorsque ce dernier occupait le poste de Premier ministre entre 2000 et 2001, la très charismatique Ioulia Timochenko jouit d'une grande popularité dans son pays mais est peu aimée en Russie. Née dans une ville industrielle de l'est de l'Ukraine, cette femme de 44 ans, qui aime porter une longue tresse blonde nouée autour de la tête à la manière des paysannes ukrainiennes et affectionne les tenues de grands couturiers, a d'abord étudié l'économie et la cybernétique avant de devenir dirigeante d'entreprise puis de se lancer dans la politique. Elle dirige aujourd'hui le Bloc Ioulia Timochenko, une coalition de centre droit qui contrôle 19 des 450 sièges du Parlement.

Enrichie. Surnommée la princesse du gaz, Ioulia Timochenko, qui a dirigé la compagnie privée Systèmes énergétiques unis d'Ukraine de 1995 à 1997, a plus tard été accusée par le pouvoir de s'être enrichie grâce à des opérations douteuses. Poursuivie en 2001 pour falsification de documents et contrebande, elle abandonne son poste au gouvernement avant d'être brièvement incarcérée puis relâchée. Elle a toujours affirmé que ces accusations étaient liées aux succès qu'elle avait obtenus pour rendre le monde de l'énergie plus transparent.

L'arrivée de Ioulia Timochenko à la tête du gouvernement ukrainien est survenue alors que Victor Iouchtchenko était à Moscou pour tenter de renouer des liens avec son homologue russe Vladimir Poutine, qui avait lors de la présidentielle ouvertement soutenu l'ex-Premier ministre prorusse Victor Ianoukovitch. «Comme des millions d'Ukrainiens, je sais que la Russie est un grand pays, le voisin éternel de l'Ukraine avec lequel il s'agit de toujours vivre dans la paix et l'entente», a déclaré le nouveau président ukrainien à Kiev peu avant son départ pour Moscou. «Nous sentons tous que nos relations pourraient être meilleures, différentes. C'est le principal but de ma visite», a ajouté le Président, qui a réservé sa première visite à l'étranger à la Russie.

Sphère d'influence. Vladimir Poutine avait vivement critiqué les manifestations de novembre, quand des centaines de milliers d'Ukrainiens s'étaient élevés contre la fraude électorale et obtenu l'annulation du second tour de la présidentielle. Le chef de l'Etat russe avait à contrecoeur fini par accepter que l'élection soit rejouée. Mais en exprimant son désir de voir l'Ukraine s'amarrer à l'Europe, Victor Iouchtchenko a encore froissé Moscou qui considère toujours l'ex-république soviétique comme sa sphère d'influence réservée. «Notre place est dans l'Union européenne», a lancé dimanche l'Ukrainien lors de son investiture, peu après avoir confié au secrétaire d'Etat américain Colin Powell qu'il était heureux d'«avoir vu le jour où le président ukrainien n'est élu ni à Moscou ni à Washington, mais en Ukraine».

Vladimir Poutine n'a félicité le nouveau chef d'Etat que jeudi, presque un mois après sa victoire électorale. De même, il ne s'est fait représenter à Kiev pour la cérémonie d'investiture que par un personnage mineur, le président de la Chambre haute du Parlement, Sergueï Mironov, alors que beaucoup espéraient y voir un poids lourd de la politique russe.

Les analystes russes pensent toutefois que Iouchtchenko s'efforcera de ménager la Russie, qui reste son principal partenaire économique et fournisseur de brut.