Un épisode parlementaire nouveau et sans précédent


Un épisode parlementaire nouveau et sans précédent

SOMMAIRE: En date du 24 mai, la motion sur la situation dans l'ex-Yougoslavie - dont le premier signataire est Marco Pannella - a déjà été signée par 351 députés italiens (sur 630, soit 56%), ce qui représente un moment parlementaire nouveau. Les parlementaires les plus prestigieux ont signé un texte qui critique durement la politique étrangère italienne telle qu'elle a été menée jusqu'à présent. Parmi les signataires, les présidents ou vice-présidents de tous les groupes politiques et, en outre: Emilio Colombo, Mario Segni, Roberto Formigoni, démocrates-chrétiens; Stefano Rodotà, vice-Président de la Chambre, Willer Bordon, Fabio Mussi (Parti Démocratique de la Gauche); Silvano Labriola, vice-Président de la Chambre,, Aldo Aniasi, Claudio Signorile, socialistes ; Marco Formentini, Umberto Bossi, Roberto Maroni, (Lega Nord); Vincenzo Tarantino (Movimento Sociale Italiano); Mauro Dutto, Oscar Mammì Républicains; Renato Altissimo, Alfredo Biondi, vice-Président de la Chambre, Valerio Zanone, libéraux; Dino Mad
audo, Antonio Cariglia (sociaux-démocrates), Francesco Rutelli, Gianni Mattioli, Fulco Pratesi (Groupe des Verts), Diego Novelli, Leoluca Orlando (Mouvement "La Rete"), Helga Thaler Ausserhofer, Luciano Caveri , Giancarlo Acciaro, Mario Rigo (Groupe parlementaire mixte); l'ensemble des représentants de la "Liste Pannella".
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Au moment où nous écrivons, la dernière initiative prise par le Parti radical est la motion parlementaire que nous publions dans cette page. Elle dénonce les responsabilités graves encourues par l'Europe et l'Italie dans l'agression de la Bosnie Herzégovine; elle réclame un ensemble de sanctions draconiennes contre le régime criminel serbe. Elle a déjà été signée par la majorité des membres de la Chambre des députés italienne. L'initiative revêt un caractère transnational et elle est en ce moment relancée dans de nombreux parlements: plus de 40 députés de la Chambre roumaine ont déposé le même texte et le Ministère de l'Information de Macédoine a fait traduire et distribuer la même motion aux parlementaires de la République. Des initiatives semblables sont en cours en République de Russie, en Ukraine et en Estonie ainsi que dans d'autres pays européens.
(LE PARTI NOUVEAU - N. 7 - MAI 1992)


La Chambre,
- Condamne la politique belliciste et raciste menée par le régime de Belgrade qui, hier en Croatie et aujourd'hui en Bosnie Herzegovine, massacre des populations, contraint à l'exil plus d'un million de personnes, opprime deux millions d'Albanais du Kossovo, détruit systématiquement des villes et des monuments qui appartiennent à la civilisation de l'humanité, sème la haine raciale tout en l'érigeant en morale politique d'Etat;
Considère que la nouvelle entité appelée République fédérale de Yougoslavie ne doit être reconnue ni au niveau international, ni au niveau communautaire ou italien; elle demande à ce que, sans délai ni réserve, toute assimilation avec les représentants de l'ex-République yougoslave soit déniée et elle refuse le principe de continuité entre ces deux entités; elle demande à ce que soit immédiatement démantelée toute représentation auprès de l'ex-République yougoslave et que ne soient pas reconnus tous ses prétendus représentants, ni en tant que tels ni comme représentants de la nouvelle entité, ni reconnus, ni reconnaissables dans ses actes;
- Engage le gouvernement italien à exclure dans les traités de paix à venir toute reconnaissance de la situation de "redistribution ethnique", de fait poursuivie et imposée au moyen de la guerre, de massacres et de terreur qui ont provoqué jusqu'à présent la fuite de plus d'un million de réfugiés; elle engage aussi le gouvernement à assurer aux réfugiés le droit à un retour immédiat dans leurs terres d'origine, dans le cadre des pays d'appartenance reconnus par la Communauté internationale, la Communauté européenne et l'Italie; elle demande que soit également exclue toute reconnaissance de la République fédérale de Yougoslavie tant que celle-ci n'aura pas reconnu, par voie de Constitution et par des lois, à tous les citoyens de Serbie et de Monténégro, à commencer par ceux de nationalités albanaise, hongroise et de Sandjak, les mêmes droits que ceux déjà reconnus aux citoyens et aux minorités des Républiques de Croatie, de Slovénie et de Macédoine;
- Dénonce la politique de la communauté internationale, en premier lieu celle de la Communauté européenne, comme responsable de la tragédie actuelle, comme complice des agresseurs racistes et militaristes qui mettent à feu et à sang toute l'ex-Yougoslavie; cette politique a été menée en violation par dessus tout- de toute espèce de droit international et, en ce qui concerne l'Italie, au mépris des délibérations et des orientations prises par le Parlement; elle accuse cette politique de répéter les erreurs tragiques, cyniques et aveugles des années Trente et Quarante face aux violences nazies et staliniennes;
- Engage le gouvernement à mettre immédiatement en oeuvre toutes les actions possibles et nécessaires pour l'adoption de mesures énergiques et de sanctions immédiates contre l'agresseur, pour arrêter la guerre, et cela dans le cadre des Nations unies, de la Communauté européenne et de la CSCE;
- Engage en particulier le gouvernement à demander au Conseil de sécurité des Nations unies de décréter l'embargo total à l'égard des Républiques de Serbie et du Monténégro, l'interdiction de l'espace aérien et maritime de l'ex-Yougoslavie à tout avion ou navire militaire, tant que l'armée n'aura pas quitté les territoires de la Bosnie Herzégovine et de la Croatie; elle engage le gouvernement à demander la libération immédiate de tous les prisonniers;
- Engage le gouvernement à envoyer immédiatement de l'aide aux réfugiés de Bosnie Herzégovine et de Croatie;
Engage le gouvernement à mettre en oeuvre immédiatement le contenu de cette présente motion et lui demande d'assurer en outre, par tous les moyens légalement possibles, la défense des droits civils, politiques et humains des ressortissants ex-yougoslaves; elle demande enfin une réponse adéquate pour battre les agresseurs, les isoler et les condamner pour leurs crimes de guerre et de droit commun.