TCHETCHENIE: LE RECOURS AU CONCEPT DE "FILIERE TCHETCHENE" EN DEHORS DE TOUTE IMPLICATION PROUVEE DE TCHETCHENES NE CONSTITUE-T-IL PAS UNE INCITATION A LA HAINE RACIALE ?


Bruxelles, le 16 janvier 2004. D'une manière toujours plus insistante, des magistrats de pays membres de l'Union utilisent des vocables tendant à faire accréditer la thèse selon laquelle des Tchétchènes seraient impliqués dans des réseaux terroristes agissant sur le territoire de l'Union. Ainsi, en particulier, le juge Bruguière a conçu le concept de "filières tchétchènes" auquel il a recours pour définir toutes les affaires ayant de près ou de loin des connexions possibles avec des réseaux terroristes internationaux, sans que le recours au qualicatif “tchétchène” ne soit fondé. L'adjectif "tchétchène" ne sert en fait qu'à préciser un lieu - la plupart du temps hypothétique - où des apprentis terroristes ET citoyens européens auraient pu vouloir se rendre ou à préciser un endroit - la plupart du temps hypothétique également - où une aide humanitaire aurait pu être acheminée.

Question d'Olivier Dupuis, député européen, radical, à la Commission:

"Que pense la Commission du recours à la dénomination "filière tchétchène" faite par des magistrats de pays membres de l'Union - et en particulier par le magistrat français Bruguière, pour désigner une affaire criminelle dans laquelle la seule implication des Tchétchènes résulterait dans le fait que des citoyens de l'Union - et non des Tchétchènes - inculpés dans ces affaires, aient invoqué les Tchétchènes comme de possibles destinataires d'aides financières, ou la Tchétchénie comme possible lieu où ils pourraient mettre en oeuvre leur projet de guerre sainte ? La Commission n'estime-t-elle pas que les magistrats agissant de la sorte contribuent, volens nolens, à la diffusion de fausses nouvelles, à la mise en cause de l'image et de la réputation d'un peuple tout entier et qu'ils pourraient, par conséquent, se rendre notamment responsables du développement chez les citoyens de l'Union de sentiments racistes, intolérants voire violents à l'égard des ressortissants tchétchènes réfugiés sur le territoire de l'Union ? La Commission pourrait-elle demander à l'Observatoire Européen sur le Racisme et la Xénophobie de Vienne de faire une recherche approfondie sur la diffusion de pratiques telles que celles mentionnées ici, tant à l'égard du peuple tchétchène qu'à l'égard d'autres peuples, et sur les implications politiques, juridiques et judiciaires que de telles pratiques pourraient comporter ?"

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