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Tchétchénie: lettre ouverte d’Olivier Dupuis à Margherita Boniver, vice-Ministre italien des Affaires Etrangères
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Bruxelles, le 26 janvier 2004
Madame la Ministre,
la vérité c’est que je me suis un peu (beaucoup) lassé du comportement de la classe politique européenne (mais aussi des mondes des affaires et des mass médias) en ce qui concerne la tragédie tchétchène.
De temps à autre je constate un petit sursaut d’intégrité ou de bon sens, comme vendredi dernier par exemple, quand j’ai entendu le Ministre des Affaires Etrangères français, de Villepin, définir ce qui se passe en Tchétchénie comme “une guerre ouverte”. Car il ne fait aucun doute que si la tragédie tchétchène est aussi désespérée c’est précisément parce que sa réalité est niée et qu’elle l’est à un tel point qu’on peut même arriver à se réjouir du seul fait que quelqu’un en reconnaisse l’existence. Malheureusement même cela arrive de moins souvent et, en tout état de cause, ne semble pas induire l’Union européenne ou ses Etats membres à faire suivre à de telles paroles des comportements conséquents.
En ce qui concerne l’Italie j’ai un moment espéré que le Président du Conseil saisisse l’occasion de la grève de la faim d’Adriano Sofri pour “rectifier” la position qu’il avait prise précédemment (l’ “épisode” des légendes). Cela n’a malheureusement pas eu lieu ou, à tout le moins, cela n’a pas eu lieu dans la mesure où cela aurait été nécessaire.
Par ailleurs, j’ai bien à l’esprit ce que vous aviez déclaré à cette occasion, lorsque vous avez déclaré durant l’émission télévisée de Giuliano Ferrara sur La 7 et, en particulier, l’insistance avec laquelle vous avez voulu souligner que le comportement du Président du Conseil n’excluait pas la possibilité et, aussi, la nécessité d’affronter l’aspect “humanitaire” de la question tchétchène.
Je sais que vous vous êtes intéressée au projet de coopération entre la Province de Bolzano et le Ministre tchétchène de la Santé, le docteur Oumar Khanbiev, que vous avez eu l’occasion de rencontrer lors de l’émission de Ferrara. Malheureusement, force est de constater une fois encore que la multiplication des obstacles et des retards bureaucratiques ont fait que cette initiative, pourtant décidée déjà en juillet dernier, ne s’est pas encore concrétisée. Ce qui a obligé la plupart de ces enfants qui, non sans péril et au prix de dépenses non négligeables, s’étaient transférés à Bakou, en Azerbaijan pour pouvoir rejoindre Bolzano, à retourner en Tchétchénie, avec leurs blessures non soignées.
Sur le front des « réfugiés » la situation est, comme vous le savez bien, désastreuse. En Ingouchie les camps sont fermés les uns après les autres et les réfugiés sont contraints de rentrer en Tchétchénie, loin des yeux et des aides des ONG internationales. En Géorgie et en Azerbajian l’Europe est pratiquement absente, alors qu’il est évident que la présence de l’Union dans ces pays ne poserait pas les problèmes qu’elle peut poser ailleurs.
Sur la question de l’accueil et du droit d’accès aux pays européens, les personnalités du Gouvernement Maskhadov ont fait l’objet, au cours de ces dernières années, d’une succession de mesquineries et d’abandons misérables qui, franchement, ne font pas honneur à l’Europe. Le Ministre de la Culture, Akhmed Zakaiev, a été arrêté et incarcéré au Danemark, puis arrêté en Angleterre sur la base d’une demande d’extradition de la Russie que des Cours de Copenhague et de Londres, ont considérées par la suite comme montées de toute pièce. Le Ministre des Affaires Etrangères, Ilyas Akhmadov, est bloqué aux Etats Unis depuis plus d’un an et demi simplement parce que la Russie a émis un mandat d’arrêt contre lui ! Et aujourd’hui j’apprends que les autorités suédoises auxquelles, fatigué de l’inaction américaine, M. Akhmadov avait demandé l’asile en octobre dernier, ne se prononceront pas avant le mois de juillet prochain. Cette énumération d’actes ou d’omissions de type soviétique pourrait être beaucoup plus longue mais je ne veux pas vous ennuyer. La vraie question c’est que ces personnalités sont celles qui proposent et travaillent (quand on leur en laisse la possibilité) pour trouver une solution politique et pacifique à la tragédie russo-tchétchène. Il est par conséquent non seulement inadmissible mais aussi incompréhensible qu’on ne leur garantisse pas la possibilité de résider et de voyager sur le territoire de l’Union. C’est d’autant plus inacceptable que l’Union pourrait prendre, sur la base des Traités (Art. 14 par. 3 du Traité CE), une initiative commune en ce sens.
C’est pour ces raisons et pour quelques autres qui sont explicitées dans le document joint, que j’ai commencé une grève de la faim le 18 janvier dernier. Je serais évidemment très heureux de pouvoir vous rencontrer pour comprendre avec vous si et si oui, de quelle manière, il serait possible de contribuer à résoudre les questions plus directement humanitaires et redonner par la même occasion espérance aux Tchétchènes et dignité à l’Europe. En raison de votre longue expérience politique, vous savez par ailleurs parfaitement que la plupart des catastrophes humanitaires résultent de désastres politiques et que, par conséquent, l’ingérence humanitaire acquière, sans comporter le moindre acte hostile, une grande signification politique.
Vous remerciant déjà, et dans l’attente d’une réponse de votre part, recevez mes meilleures salutations.
Avec estime et affection,
Olivier Dupuis
(député européen, radical)
Madame la Ministre,
la vérité c’est que je me suis un peu (beaucoup) lassé du comportement de la classe politique européenne (mais aussi des mondes des affaires et des mass médias) en ce qui concerne la tragédie tchétchène.
De temps à autre je constate un petit sursaut d’intégrité ou de bon sens, comme vendredi dernier par exemple, quand j’ai entendu le Ministre des Affaires Etrangères français, de Villepin, définir ce qui se passe en Tchétchénie comme “une guerre ouverte”. Car il ne fait aucun doute que si la tragédie tchétchène est aussi désespérée c’est précisément parce que sa réalité est niée et qu’elle l’est à un tel point qu’on peut même arriver à se réjouir du seul fait que quelqu’un en reconnaisse l’existence. Malheureusement même cela arrive de moins souvent et, en tout état de cause, ne semble pas induire l’Union européenne ou ses Etats membres à faire suivre à de telles paroles des comportements conséquents.
En ce qui concerne l’Italie j’ai un moment espéré que le Président du Conseil saisisse l’occasion de la grève de la faim d’Adriano Sofri pour “rectifier” la position qu’il avait prise précédemment (l’ “épisode” des légendes). Cela n’a malheureusement pas eu lieu ou, à tout le moins, cela n’a pas eu lieu dans la mesure où cela aurait été nécessaire.
Par ailleurs, j’ai bien à l’esprit ce que vous aviez déclaré à cette occasion, lorsque vous avez déclaré durant l’émission télévisée de Giuliano Ferrara sur La 7 et, en particulier, l’insistance avec laquelle vous avez voulu souligner que le comportement du Président du Conseil n’excluait pas la possibilité et, aussi, la nécessité d’affronter l’aspect “humanitaire” de la question tchétchène.
Je sais que vous vous êtes intéressée au projet de coopération entre la Province de Bolzano et le Ministre tchétchène de la Santé, le docteur Oumar Khanbiev, que vous avez eu l’occasion de rencontrer lors de l’émission de Ferrara. Malheureusement, force est de constater une fois encore que la multiplication des obstacles et des retards bureaucratiques ont fait que cette initiative, pourtant décidée déjà en juillet dernier, ne s’est pas encore concrétisée. Ce qui a obligé la plupart de ces enfants qui, non sans péril et au prix de dépenses non négligeables, s’étaient transférés à Bakou, en Azerbaijan pour pouvoir rejoindre Bolzano, à retourner en Tchétchénie, avec leurs blessures non soignées.
Sur le front des « réfugiés » la situation est, comme vous le savez bien, désastreuse. En Ingouchie les camps sont fermés les uns après les autres et les réfugiés sont contraints de rentrer en Tchétchénie, loin des yeux et des aides des ONG internationales. En Géorgie et en Azerbajian l’Europe est pratiquement absente, alors qu’il est évident que la présence de l’Union dans ces pays ne poserait pas les problèmes qu’elle peut poser ailleurs.
Sur la question de l’accueil et du droit d’accès aux pays européens, les personnalités du Gouvernement Maskhadov ont fait l’objet, au cours de ces dernières années, d’une succession de mesquineries et d’abandons misérables qui, franchement, ne font pas honneur à l’Europe. Le Ministre de la Culture, Akhmed Zakaiev, a été arrêté et incarcéré au Danemark, puis arrêté en Angleterre sur la base d’une demande d’extradition de la Russie que des Cours de Copenhague et de Londres, ont considérées par la suite comme montées de toute pièce. Le Ministre des Affaires Etrangères, Ilyas Akhmadov, est bloqué aux Etats Unis depuis plus d’un an et demi simplement parce que la Russie a émis un mandat d’arrêt contre lui ! Et aujourd’hui j’apprends que les autorités suédoises auxquelles, fatigué de l’inaction américaine, M. Akhmadov avait demandé l’asile en octobre dernier, ne se prononceront pas avant le mois de juillet prochain. Cette énumération d’actes ou d’omissions de type soviétique pourrait être beaucoup plus longue mais je ne veux pas vous ennuyer. La vraie question c’est que ces personnalités sont celles qui proposent et travaillent (quand on leur en laisse la possibilité) pour trouver une solution politique et pacifique à la tragédie russo-tchétchène. Il est par conséquent non seulement inadmissible mais aussi incompréhensible qu’on ne leur garantisse pas la possibilité de résider et de voyager sur le territoire de l’Union. C’est d’autant plus inacceptable que l’Union pourrait prendre, sur la base des Traités (Art. 14 par. 3 du Traité CE), une initiative commune en ce sens.
C’est pour ces raisons et pour quelques autres qui sont explicitées dans le document joint, que j’ai commencé une grève de la faim le 18 janvier dernier. Je serais évidemment très heureux de pouvoir vous rencontrer pour comprendre avec vous si et si oui, de quelle manière, il serait possible de contribuer à résoudre les questions plus directement humanitaires et redonner par la même occasion espérance aux Tchétchènes et dignité à l’Europe. En raison de votre longue expérience politique, vous savez par ailleurs parfaitement que la plupart des catastrophes humanitaires résultent de désastres politiques et que, par conséquent, l’ingérence humanitaire acquière, sans comporter le moindre acte hostile, une grande signification politique.
Vous remerciant déjà, et dans l’attente d’une réponse de votre part, recevez mes meilleures salutations.
Avec estime et affection,
Olivier Dupuis
(député européen, radical)
Inscriptions et contributions 2013
| Giuseppe R. Roma | 590 € |
| Salvatore P. Capistrello | 200 € |
| Giancarlo B. Torino | 30 € |
| Marco B. Merano | 20 € |
| Davide B. Prato | 50 € |
| Giuseppe P. Grottammare | 50 € |
| Maurizio T. Roma | 1.000 € |
| Rosa A. Firenze | 590 € |
| Giuliano G. Sondrio | 590 € |
| Sergio Pasquale R. Cremona | 500 € |
| Total | 326.746 € |
Inscriptions et contributions (online) 2013
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