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Tchétchénie: face à la presse d'Etat, un duo indépendant
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Seuls deux journaux dénoncent les exactions des forces russes.
Nazran, Grozny envoyée spéciale. Timour Aliev, 32 ans, est tellement habitué aux descentes de la police et du FSB (les services secrets russes, héritiers du KGB) au siège de son journal, qu'il en sourit presque. «Une fois, ils ont essayé de me convaincre : "Après avoir lu vos articles, les jeunes prennent les armes et partent se cacher dans les forêts pour faire la guerre", m'ont-ils dit. Je leur ai répondu : "Ne commettez plus toutes ces atrocités, et je n'en parlerai plus dans mon journal".»
Directeur de la Société tchétchène, l'un des deux seuls journaux tchétchènes indépendants qui osent encore dénoncer les exactions des forces russes et tchétchènes prorusses, Timour Aliev reconnaît qu'il vit dangereusement. «Je le sais», répète-t-il pudiquement, campant dans son bureau vide de Nazran (en Ingouchie, la république voisine de la Tchétchénie, où les télécommunications sont plus faciles qu'en Tchétchénie). «Mais que faire d'autre ? Je fais mon métier de journaliste.» Sa femme, Satsita Issaïeva, 36 ans, dirige l'autre journal tchétchène indépendant, la Voix de la République tchétchène, avec le même entêtement.
Blagues. Imprimés chacun sur quatre grandes pages de vilain papier, les deux journaux paraissent un peu irrégulièrement, généralement deux fois par mois. Ils sont vendus trois roubles l'exemplaire (0,08 euro) aux distributeurs qui les revendent généralement pour cinq roubles en kiosque (0,13 euro). Les tirages sont modestes, 5 000 exemplaires chacun. Mais ces quatre grandes pages jouent un rôle essentiel en Tchétchénie, où tous les autres médias - télévision, radio et presse écrite - ne font que relayer les mensonges d'Etat sur la «normalisation» en cours. «On trouve en Tchétchénie quelque vingt titres d'Etat qui reprennent tous cette propagande, explique Timour Aliev. A mon goût, ça fait assez de reportages "positifs". Nous nous concentrons sur tout ce que ces journaux ne racontent pas : les violations des droits de l'homme, les détournements d'argent, toutes les belles promesses non tenues...»
Les deux titres cultivent deux styles très différents. «Timour fait un journal selon les standards du journalisme anglo-saxon, explique Satsita, la rédactrice en chef de la Voix de la République tchétchène.
Moi, je suis encore plutôt le modèle provincial soviétique, nos articles sont plus lyriques... Notre lecteur aime ça, c'est à cela qu'il est habitué.» Dans la Voix de la République tchétchène, aux côtés d'articles très graves sur les disparitions de civils ou la multiplication des cas de tuberculose non soignés, on trouve ainsi beaucoup de blagues et d'aphorismes.
Dans la Société tchétchène, les enquêtes et reportages sur les tortures infligées aux femmes par les forces russes, sur la vie des enfants des rues à Grozny ou sur les complicités supposées de Chamil Bassaïev, le plus célèbre terroriste tchétchène, avec les services secrets russes, ne prêtent guère à rire. Ce sont ces critiques incessantes qui valent à Timour Aliev les visites régulières et les rappels à l'ordre des autorités. Son journal a déjà reçu un avertissement officiel, il avait été réduit à la quasi-clandestinité avant les dernières pseudo-élections présidentielles d'août 2004, et il continue son travail sous la menace constante d'une fermeture.
Satsita Issaïeva s'avoue plus prudente que son époux et s'abstient, elle, de publier tout ce qu'elle aimerait dans la Voix de la République : «Si encore je savais que mes articles pouvaient mener au renvoi de Ramzan Kadyrov (le nouvel homme fort de la Tchétchénie, dont les milices sèment la terreur dans la région, ndlr), je pourrais prendre le risque d'écrire que c'est un voleur et un assassin. Mais à quoi bon, si je sais pertinemment que mes articles n'y changeront rien ?»
Zakazoukha. Satsita avoue aussi que son journal recourt à la pratique très répandue dans toute la presse russe de la zakazoukha : des articles payés qui se glissent dans le journal sans que rien ne les distingue visuellement des vrais articles d'information. «Environ 40 % de la surface du journal est vendue», reconnaît-elle. Elle réussit ainsi à entretenir cinq permanents, pour quelque 300 dollars par mois : «De bons salaires pour la Tchétchénie.»
Plus intransigeant, Timour Aliev n'a pas les moyens de salarier ses collaborateurs et se finance grâce à ses piges pour des journaux étrangers. Son journal survit quasiment sans aucune publicité : «Pour l'instant en Tchétchénie, tout le business est à demi-criminel. Il n'a pas besoin de publicité ! Un jour peut-être, si jamais il y a un vrai redressement économique, nous aurons de la publicité, se force-t-il un peu à croire. Nous devons garder espoir !»
Nazran, Grozny envoyée spéciale. Timour Aliev, 32 ans, est tellement habitué aux descentes de la police et du FSB (les services secrets russes, héritiers du KGB) au siège de son journal, qu'il en sourit presque. «Une fois, ils ont essayé de me convaincre : "Après avoir lu vos articles, les jeunes prennent les armes et partent se cacher dans les forêts pour faire la guerre", m'ont-ils dit. Je leur ai répondu : "Ne commettez plus toutes ces atrocités, et je n'en parlerai plus dans mon journal".»
Directeur de la Société tchétchène, l'un des deux seuls journaux tchétchènes indépendants qui osent encore dénoncer les exactions des forces russes et tchétchènes prorusses, Timour Aliev reconnaît qu'il vit dangereusement. «Je le sais», répète-t-il pudiquement, campant dans son bureau vide de Nazran (en Ingouchie, la république voisine de la Tchétchénie, où les télécommunications sont plus faciles qu'en Tchétchénie). «Mais que faire d'autre ? Je fais mon métier de journaliste.» Sa femme, Satsita Issaïeva, 36 ans, dirige l'autre journal tchétchène indépendant, la Voix de la République tchétchène, avec le même entêtement.
Blagues. Imprimés chacun sur quatre grandes pages de vilain papier, les deux journaux paraissent un peu irrégulièrement, généralement deux fois par mois. Ils sont vendus trois roubles l'exemplaire (0,08 euro) aux distributeurs qui les revendent généralement pour cinq roubles en kiosque (0,13 euro). Les tirages sont modestes, 5 000 exemplaires chacun. Mais ces quatre grandes pages jouent un rôle essentiel en Tchétchénie, où tous les autres médias - télévision, radio et presse écrite - ne font que relayer les mensonges d'Etat sur la «normalisation» en cours. «On trouve en Tchétchénie quelque vingt titres d'Etat qui reprennent tous cette propagande, explique Timour Aliev. A mon goût, ça fait assez de reportages "positifs". Nous nous concentrons sur tout ce que ces journaux ne racontent pas : les violations des droits de l'homme, les détournements d'argent, toutes les belles promesses non tenues...»
Les deux titres cultivent deux styles très différents. «Timour fait un journal selon les standards du journalisme anglo-saxon, explique Satsita, la rédactrice en chef de la Voix de la République tchétchène.
Moi, je suis encore plutôt le modèle provincial soviétique, nos articles sont plus lyriques... Notre lecteur aime ça, c'est à cela qu'il est habitué.» Dans la Voix de la République tchétchène, aux côtés d'articles très graves sur les disparitions de civils ou la multiplication des cas de tuberculose non soignés, on trouve ainsi beaucoup de blagues et d'aphorismes.
Dans la Société tchétchène, les enquêtes et reportages sur les tortures infligées aux femmes par les forces russes, sur la vie des enfants des rues à Grozny ou sur les complicités supposées de Chamil Bassaïev, le plus célèbre terroriste tchétchène, avec les services secrets russes, ne prêtent guère à rire. Ce sont ces critiques incessantes qui valent à Timour Aliev les visites régulières et les rappels à l'ordre des autorités. Son journal a déjà reçu un avertissement officiel, il avait été réduit à la quasi-clandestinité avant les dernières pseudo-élections présidentielles d'août 2004, et il continue son travail sous la menace constante d'une fermeture.
Satsita Issaïeva s'avoue plus prudente que son époux et s'abstient, elle, de publier tout ce qu'elle aimerait dans la Voix de la République : «Si encore je savais que mes articles pouvaient mener au renvoi de Ramzan Kadyrov (le nouvel homme fort de la Tchétchénie, dont les milices sèment la terreur dans la région, ndlr), je pourrais prendre le risque d'écrire que c'est un voleur et un assassin. Mais à quoi bon, si je sais pertinemment que mes articles n'y changeront rien ?»
Zakazoukha. Satsita avoue aussi que son journal recourt à la pratique très répandue dans toute la presse russe de la zakazoukha : des articles payés qui se glissent dans le journal sans que rien ne les distingue visuellement des vrais articles d'information. «Environ 40 % de la surface du journal est vendue», reconnaît-elle. Elle réussit ainsi à entretenir cinq permanents, pour quelque 300 dollars par mois : «De bons salaires pour la Tchétchénie.»
Plus intransigeant, Timour Aliev n'a pas les moyens de salarier ses collaborateurs et se finance grâce à ses piges pour des journaux étrangers. Son journal survit quasiment sans aucune publicité : «Pour l'instant en Tchétchénie, tout le business est à demi-criminel. Il n'a pas besoin de publicité ! Un jour peut-être, si jamais il y a un vrai redressement économique, nous aurons de la publicité, se force-t-il un peu à croire. Nous devons garder espoir !»
Gli iscritti e contribuenti 2012
| FRANCESCA T. MILANO | 200 euro |
| EUFEMIA T. MUGGIO' | 200 euro |
| AMBROGIO S. CASSINA DE' PECCHI | 200 euro |
| PIER PAOLO S. FROSINONE | 200 euro |
| DAVIDE R. MILANO | 200 euro |
| LORENA P. MONZA | 200 euro |
| DAVIDE L. MANTOVA | 200 euro |
| PAOLO G. ROMA | 200 euro |
| MARTA G. ROMA | 200 euro |
| ANNA MARIA D. ROMA | 200 euro |
| Total SUM | 397.572 euro |
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