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SIDA : LE PIRE RESTE À VENIR
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La question est rituelle : faut-il être optimiste ou pessimiste ? Jamais les pouvoirs publics et la société civile n'ont été plus engagés dans la lutte contre le sida, soulignent les optimistes. Jamais, malgré les plus de 20 millions de décès depuis 1981, les prévisions n'ont été plus sombres, rétorquent les pessimistes : 68 millions de décès prévus d'ici à 2020 dans les 45 pays les plus touchés "en l'absence d'actions de prévention et de traitement massivement élargies", selon l'Onusida.
Depuis le 10 janvier 2000, date à laquelle le Conseil de sécurité des Nations unies avait inscrit le sida à son ordre du jour, jusqu'à la conférence internationale de Barcelone, en juillet dernier, en passant par la décision de l'assemblée générale extraordinaire de l'ONU de juin 2001 de créer un fonds mondial contre cette maladie, la tuberculose et le paludisme, la mobilisation s'est effectivement accélérée. Les engagements annoncés vis-à-vis du fonds global plafonnent à peine au-dessus d'un cinquième des 10 milliards de dollars, considérés comme la somme minimale nécessaire par an. Les premiers financements ont cependant déjà été attribués, ce qui témoigne d'une célérité inhabituelle. A l'occasion de la conférence de Barcelone, le nouveau directeur exécutif du fonds global, Richard Feachem, a affirmé que les financements accordés vont permettre de doubler dans les cinq années à venir le nombre d'habitants des pays en développement recevant des médicaments antirétroviraux et de multiplier par six l'effectif des Africains bénéficiant de traitements contre le VIH.
Certes, mais, s'agissant d'une maladie qui fait 8 000 morts par jour, comment ne pas être scandalisé par la lenteur avec laquelle les pays les plus fortunés versent des sommes qui ne représentent qu'une part dérisoire de leurs richesses ? Dans un entretien au Monde (Le Monde du 10 juillet), Richard Feachem lui-même comparait les objectifs financiers annuels du fonds aux 1 200 milliards de dollars que les Etats-Unis consacrent annuellement à leurs dépenses publiques de santé. La contribution totale de Washington au fonds global est de 500 millions de dollars. Quatre pays seulement - la Suède, la Norvège, le Luxembourg et les Pays-Bas - consacrent au moins 0,7 % de leur produit national brut à l'aide publique au développement. La France avait annoncé il y a un an, par la voix de Lionel Jospin, une contribution sur trois ans de 131 millions de dollars au fonds global. Beaucoup attendaient un nouveau geste à l'occasion de la conférence sur le sida, mais seule l'Allemagne ne s'est pas contentée de discours et a porté à un total de 200 millions de dollars ses engagements.
Les carences des dirigeants des pays du tiers-monde ne peuvent servir de prétexte à un engagement parcimonieux. "Est-ce que quiconque mérite d'être condamné à une mort certaine parce qu'il ou elle ne peut avoir accès à des soins qui coûtent moins de 2 dollars par jour ?", a demandé Gro Harlem Brundtland, directrice générale de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), à la tribune de Barcelone. Dans son rapport de juillet 2002, l'Onusida a adopté un nouveau paradigme en estimant que "l'épidémie de VIH/sida est encore à un stade précoce de son développement". Nous sommes donc encore loin d'avoir vu le pire, et encore le verrons-nous avec la distance qui sépare l'observateur du Nord du malade qui agonise dans le Sud.
DES TRAITEMENTS LARGEMENT SIMPLIFIÉS
Différents arguments ont été avancés pour tenter de légitimer le fait que les traitements restent cantonnés aux pays développés. L'insuffisance des infrastructures sanitaires, par exemple. Nous avons même eu droit à des propos racistes sur la complexité des trithérapies. Andrew Natsios, directeur de l'organisme américain chargé de l'aide publique au développement (US Aid), expliquait il y a un an que les Africains n'avaient pas de notion de l'heure et ne sauraient de ce fait suivre un planning de prise de médicaments. Puisque le bon sens ne suffisait pas pour le contredire - on conçoit bien qu'une personne atteinte d'une maladie mortelle soit motivée par le respect du traitement qui peut la sauver, quelle que soit son origine -, des études ont été conduites, en particulier au Sénégal, par les Français de l'Agence nationale de recherches sur le sida. Résultat, l'observance y est au moins aussi bonne que celle des patients du Nord.
De plus, les traitements se sont largement simplifiés. Le laboratoire pharmaceutique public thaïlandais GPO commercialise même une trithérapie où les trois médicaments (3TC, d4T et névirapine) sont réunis dans un même comprimé, ce qui favorise grandement le bon respect du traitement. Ce qui n'est pas possible s'agissant de molécules appartenant à des laboratoires privés concurrents le devient avec un producteur public de médicaments génériques. Les médicaments génériques, justement. C'est sans doute à eux que l'on doit les changements les plus importants intervenus dans la lutte contre le sida. Des études menées par Médecins sans frontières montrent que, de septembre à octobre 2000, le prix d'une trithérapie d'un an avec des médicaments brevetés des multinationales a chuté vertigineusement, passant de plus de 10 000 dollars par patient à 930 dollars sous l'effet de la concurrence avec les génériques. Les offres de laboratoires privés indiens à 350 dollars par an en décembre de la même année ont amené les grands laboratoires à encore abaisser à 727 dollars le coût du traitement équivalent. La baisse spectaculaire des prix ne résulte pas de la seule bonne volonté de l'industrie pharmaceutique, mais bien de la pression économique des génériques, appuyée par celle, politique, de l'opinion internationale.
Dans les pays à bas revenu, 230 000 personnes sur les millions qui en auraient besoin bénéficient actuellement des trithérapies. Le fait que la moitié d'entre elles se trouvent au Brésil ne doit rien au hasard. Tout en respectant scrupuleusement le droit des brevets, le Brésil a en effet développé la production de génériques à l'échelle de masse. Cela à la fois pour couvrir en partie ses besoins, mais aussi pour disposer d'une arme dans la négociation avec les multinationales. Et cela a marché : même les laboratoires occidentaux les plus coriaces ont dû aligner leurs prix.
La grande leçon du Brésil est de ne pas s'être entièrement reposé sur une approche purement libérale, comme le fait l'Inde, un pays que beaucoup qualifient de bombe à retardement tant l'explosion épidémique risque d'être forte. Les producteurs indiens de génériques sont des entreprises privées et ce sont donc les seules règles du marché qui régissent l'évolution du prix des médicaments. En développant un programme public de prévention, de dépistage et d'accès au traitement par une production nationale de médicaments génériques, le Brésil donne à l'Etat un rôle régulateur. Cela s'appelle avoir une politique de santé publique. Au-delà des besoins de la lutte contre le sida, la leçon est à méditer pour tous ceux que concernent la politique du médicament et la régulation des dépenses de santé.
Depuis le 10 janvier 2000, date à laquelle le Conseil de sécurité des Nations unies avait inscrit le sida à son ordre du jour, jusqu'à la conférence internationale de Barcelone, en juillet dernier, en passant par la décision de l'assemblée générale extraordinaire de l'ONU de juin 2001 de créer un fonds mondial contre cette maladie, la tuberculose et le paludisme, la mobilisation s'est effectivement accélérée. Les engagements annoncés vis-à-vis du fonds global plafonnent à peine au-dessus d'un cinquième des 10 milliards de dollars, considérés comme la somme minimale nécessaire par an. Les premiers financements ont cependant déjà été attribués, ce qui témoigne d'une célérité inhabituelle. A l'occasion de la conférence de Barcelone, le nouveau directeur exécutif du fonds global, Richard Feachem, a affirmé que les financements accordés vont permettre de doubler dans les cinq années à venir le nombre d'habitants des pays en développement recevant des médicaments antirétroviraux et de multiplier par six l'effectif des Africains bénéficiant de traitements contre le VIH.
Certes, mais, s'agissant d'une maladie qui fait 8 000 morts par jour, comment ne pas être scandalisé par la lenteur avec laquelle les pays les plus fortunés versent des sommes qui ne représentent qu'une part dérisoire de leurs richesses ? Dans un entretien au Monde (Le Monde du 10 juillet), Richard Feachem lui-même comparait les objectifs financiers annuels du fonds aux 1 200 milliards de dollars que les Etats-Unis consacrent annuellement à leurs dépenses publiques de santé. La contribution totale de Washington au fonds global est de 500 millions de dollars. Quatre pays seulement - la Suède, la Norvège, le Luxembourg et les Pays-Bas - consacrent au moins 0,7 % de leur produit national brut à l'aide publique au développement. La France avait annoncé il y a un an, par la voix de Lionel Jospin, une contribution sur trois ans de 131 millions de dollars au fonds global. Beaucoup attendaient un nouveau geste à l'occasion de la conférence sur le sida, mais seule l'Allemagne ne s'est pas contentée de discours et a porté à un total de 200 millions de dollars ses engagements.
Les carences des dirigeants des pays du tiers-monde ne peuvent servir de prétexte à un engagement parcimonieux. "Est-ce que quiconque mérite d'être condamné à une mort certaine parce qu'il ou elle ne peut avoir accès à des soins qui coûtent moins de 2 dollars par jour ?", a demandé Gro Harlem Brundtland, directrice générale de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), à la tribune de Barcelone. Dans son rapport de juillet 2002, l'Onusida a adopté un nouveau paradigme en estimant que "l'épidémie de VIH/sida est encore à un stade précoce de son développement". Nous sommes donc encore loin d'avoir vu le pire, et encore le verrons-nous avec la distance qui sépare l'observateur du Nord du malade qui agonise dans le Sud.
DES TRAITEMENTS LARGEMENT SIMPLIFIÉS
Différents arguments ont été avancés pour tenter de légitimer le fait que les traitements restent cantonnés aux pays développés. L'insuffisance des infrastructures sanitaires, par exemple. Nous avons même eu droit à des propos racistes sur la complexité des trithérapies. Andrew Natsios, directeur de l'organisme américain chargé de l'aide publique au développement (US Aid), expliquait il y a un an que les Africains n'avaient pas de notion de l'heure et ne sauraient de ce fait suivre un planning de prise de médicaments. Puisque le bon sens ne suffisait pas pour le contredire - on conçoit bien qu'une personne atteinte d'une maladie mortelle soit motivée par le respect du traitement qui peut la sauver, quelle que soit son origine -, des études ont été conduites, en particulier au Sénégal, par les Français de l'Agence nationale de recherches sur le sida. Résultat, l'observance y est au moins aussi bonne que celle des patients du Nord.
De plus, les traitements se sont largement simplifiés. Le laboratoire pharmaceutique public thaïlandais GPO commercialise même une trithérapie où les trois médicaments (3TC, d4T et névirapine) sont réunis dans un même comprimé, ce qui favorise grandement le bon respect du traitement. Ce qui n'est pas possible s'agissant de molécules appartenant à des laboratoires privés concurrents le devient avec un producteur public de médicaments génériques. Les médicaments génériques, justement. C'est sans doute à eux que l'on doit les changements les plus importants intervenus dans la lutte contre le sida. Des études menées par Médecins sans frontières montrent que, de septembre à octobre 2000, le prix d'une trithérapie d'un an avec des médicaments brevetés des multinationales a chuté vertigineusement, passant de plus de 10 000 dollars par patient à 930 dollars sous l'effet de la concurrence avec les génériques. Les offres de laboratoires privés indiens à 350 dollars par an en décembre de la même année ont amené les grands laboratoires à encore abaisser à 727 dollars le coût du traitement équivalent. La baisse spectaculaire des prix ne résulte pas de la seule bonne volonté de l'industrie pharmaceutique, mais bien de la pression économique des génériques, appuyée par celle, politique, de l'opinion internationale.
Dans les pays à bas revenu, 230 000 personnes sur les millions qui en auraient besoin bénéficient actuellement des trithérapies. Le fait que la moitié d'entre elles se trouvent au Brésil ne doit rien au hasard. Tout en respectant scrupuleusement le droit des brevets, le Brésil a en effet développé la production de génériques à l'échelle de masse. Cela à la fois pour couvrir en partie ses besoins, mais aussi pour disposer d'une arme dans la négociation avec les multinationales. Et cela a marché : même les laboratoires occidentaux les plus coriaces ont dû aligner leurs prix.
La grande leçon du Brésil est de ne pas s'être entièrement reposé sur une approche purement libérale, comme le fait l'Inde, un pays que beaucoup qualifient de bombe à retardement tant l'explosion épidémique risque d'être forte. Les producteurs indiens de génériques sont des entreprises privées et ce sont donc les seules règles du marché qui régissent l'évolution du prix des médicaments. En développant un programme public de prévention, de dépistage et d'accès au traitement par une production nationale de médicaments génériques, le Brésil donne à l'Etat un rôle régulateur. Cela s'appelle avoir une politique de santé publique. Au-delà des besoins de la lutte contre le sida, la leçon est à méditer pour tous ceux que concernent la politique du médicament et la régulation des dépenses de santé.
Inscriptions et contributions 2013
| Giuseppe R. Roma | 590 € |
| Salvatore P. Capistrello | 200 € |
| Giancarlo B. Torino | 30 € |
| Marco B. Merano | 20 € |
| Davide B. Prato | 50 € |
| Giuseppe P. Grottammare | 50 € |
| Maurizio T. Roma | 1.000 € |
| Rosa A. Firenze | 590 € |
| Giuliano G. Sondrio | 590 € |
| Sergio Pasquale R. Cremona | 500 € |
| Total SUM | 326.746 € |













