Saddam doit partir, de gré ou de force ! par Pascal Bruckner, André Glucksmann et Romain Goupil


En l991, nous appelions les démocraties à stopper par tous les moyens – militaires si nécessaires – les boucheries et purifications ethniques inaugurées alors par Slobodan Milosevic en Croatie. Nous fûmes allégrement contredits, à l'époque, par les états-majors, les experts et les gouvernements, sans compter la plupart des leaders politiques.

Au bout de huit ans, après 200 000 morts, c'est bien une intervention de l'OTAN qui permit de rapatrier un million de Kosovars. Déjà, à l'époque, les pacifistes nous expliquaient que l'expédition "américaine" contre la Serbie mettrait le monde à feu et à sang. Aujourd'hui, Milosevic s'explique devant un tribunal pour crimes contre l'humanité.

Saddam Hussein n'est pas moins mais plus cruel que Milosevic et bien plus dangereux. En diabolisant George W. Bush, "nouveau Satan", "nouvel Hitler" et "nouveau Ben Laden", les manifestants pour la paix du 15 février ont oublié dans leurs protestations le maître de Bagdad, ce grand admirateur de Staline, qui écrase, torture, étouffe son peuple depuis trente ans.

Il joue avec le feu au cœur d'une poudrière mondiale, le Moyen-Orient. Il défie la communauté internationale et persiste à ne pas désarmer franchement et radicalement. Il est temps pour lui de quitter la scène. Il faut que le Conseil de sécurité de l'ONU l'y oblige, pacifiquement si possible, militairement s'il n'obtempère pas.

D'atermoiements en tergiversations, plus on attend, plus il en coûte aux populations irakiennes, plus l'ONU se déconsidère.

Comment ne pas garder en mémoire le génocide des Tutsis au Rwanda (1994) accompli au vu et au su d'une communauté internationale passive. Comment ne pas penser aujourd'hui au martyre du peuple tchétchène alors que l'alliance "morale" franco-allemande érige la Russie en chantre de la paix !

Saddam Hussein n'est sans doute pas le seul dictateur, mais lui, au moins, nous avons la possibilité de le mettre hors d'état de nuire en soutenant la pression des forces anglo-américaines aux frontières de l'Irak.

Il serait dommageable de réduire la crise actuelle à un affrontement franco-américain, alors que les points de vue des deux pays auraient pu être complémentaires.

Il serait calamiteux que Paris, par gloriole et entêtement, aille au veto, au risque de casser la solidarité occidentale et d'ébranler un peu plus l'Europe (laquelle, rappelons-le, ne se réduit pas au seul axe Paris-Berlin).

Que Saddam parte, de gré ou de force ! Les Irakiens, Kurdes, chiites mais aussi bien sunnites respireront plus librement et les peuples de la région en seront soulagés.

Après Milosevic, les Balkans ne sont pas le paradis, mais il y règne davantage de paix et moins de dictature. L'après-Saddam ne sera pas rose, mais moins noir que trente années de tyrannie, d'exécutions sommaires et de guerre.

Pascal Bruckner est écrivain.
André Glucksmann est philosophe et essayiste.
Romain Goupil est cinéaste.