Saad Eddin Ibrahim - Notes biographiques


Saad Eddin Ibrahim est bien connu tant de par ses activités militantes qu’en tant que professeur de sociologie à l’Université Américaine du Caire. Il possède la double nationalité égyptienne et américaine.

Durant plus de dix ans le Professeur Saad Eddin Ibrahim a dirigé, au Caire, un Institut de recherche et d’action sociale qui controle les élections, réalise des projets d’éducation au vote, et critique, de temps à autre, le gouvernement égyptien.

Il possède un doctorat en sociologie de l’Université de Washington. Il a enseigné dans cette université ainsi qu’à l’Université du Caire et dans un certain nombre d’autres universités des Etats-Unis. Il a publié de nombreux ouvrages dont une trentaine de livres en anglais et en arabe. Le Docteur Ibrahim a été conseiller du gouvernement égyptien, président de l’Union cairote des Professions Sociales, et membre du conseil d’administration et chef des Affaires Arabes du Centre Al-Ahram d’Etudes Politiques et Stratégiques. Il est bien connu pour son travail tant de chercheur que de défenseur de la démocratie et des droits de l’homme. En sus de son appartenance à des organisations telles que le Club de Rome et le Conseil Consultatif pour un Développement Ecologiquement Soutenable de la Banque Mondiale, le Docteur Ibrahim a été l’un des principaux avocats des réformes démocratiques en Egypte, en particulier en ce qui concerne les droits des minorités. Il a été Secrétaire Général de l’Organisation Arabe des Droits de l’Homme (Le Caire). En tant que secrétaire général de la Commission Egyptienne Indépendante de contrôle électoral, il a supervisé le contrôle du processus électoral en Egypte. Un rapport documentant des cas de violations et de fraudes électorales accomplies par le gouvernement lors des élections parlementaires de 1995 a été réalisé par la Commission. Durant un exposé, le 13 Septembre 2000, à l’Université Américaine du Caire, le Docteur Ibrahim a déclaré à plusieurs reprises qu’il croyait que sa critique de ces élections était à l’origine des accusations portées contre lui.

En 1988, Ibrahim a fondé le Centre Ibn Khaldun d’Etudes pour le Dévelopement (ICDS), un institut de recherche et d’action sociale basé au Caire, impliqué dans les questions de démocratisation et de développement politique et social.

L’ICDS est une organisation de recherche indépendante dont les objectifs principaux visent le progrès des sciences sociales appliquées dans les pays arabes et le monde en développement, avec une attention particulière à l’Egypte. D’éminents chercheurs, d’anciens ministres et des diplomates ainsi que des personnalités du monde des arts et des affaires d’Egypte font partie de son conseil d’administration et de son personnel enseignant.

Le Centre a mené de nombreuses études et conférences de haut niveau sur les réformes démocratiques et sur le renforcement de la société civile. L’accent a été placé également sur l’égalité des droits pour les femmes et sur l’analyse, la mise à nu et l’atténuation du conflit entre les Coptes et les Musulmans en Egypte. En outre, l’ICDS a formé des étudiants égyptiens aux méthodes de recherche en sciences sociales et leur a donné l’opportunité de participer à des recherches sur le terrain.

Selon le Middle East Times, le Centre Ibn Khaldun a été “une épine dans le flan du régime égyptien” depuis que la menace radicale islamiste a régressé au milieu des années 1990, et que cette organisation ainsi que des organisations similaires ont commencé à se concentrer davantage sur l’absence de réformes démocratiques de la part du gouvernement que sur la violence extrémiste islamiste.

Durant l’été 2000, il a cependant été arrêté ainsi que 27 de ses collègues, et ensuite jugé par une Cour de Sûreté de l’Etat sur base de différentes inculpations prétendument liées à leur travail. L’ensemble des 28 inculpés ont été déclarés coupables d’un certain nombre de ces actes d’accusation et une partie d’entre eux ont été incarcérés. Le Docteur Ibrahim, qui a 63 ans, a été condamné à sept ans de prison.

Le 6 février 2002, Ibrahim et ses collègues ont été libérés par une Cour d’Appel, connue sous le nom de Cour de Cassation. Cette Cour a décidé qu’un nouveau procès était nécessaire car les inculpés avaient été condamnés par des juges qui n’avaient pas évalué correctement l’accusation et les arguments de la défense avant de prononcer leur jugement. Le nouveau procès a commencé le 27 avril devant une Cour de Sureté de l’Etat. Le 29 juillet 2002 la Cour a condamné Ibrahim à sept ans de travaux forcés. (Quatre autres inculpés ont également été condamnés à des peines d’emprisonnement: Magda al-Bey, 3 ans; Mohammed Hassanain, 3 ans; Nadia Abdel Nour, 2 ans; Marwa Zaki, 2 ans (par contumace)).


Curriculum Vitae de Saad Eddin Ibrahim

Actuellement

Professeur de Sociologie Politique à l’Université Américaine du Caire
Secrétaire Général de la Commission Indépendante Egyptienne de contrôle électoral (ICER)
Président de l’Union cairote des Professions Sociales
Administrateur du “Arab Thought Forum” (Amman, Jordanie)
Membre du Club de Rome (Paris)
Président du Bureau du Centre d’Etudes de Développement Ibn Khaldoum
Fondateur de l’Initiative pour la Paix et la Coopération au Moyen-Orient
Membre du Conseil Consultatif pour le Développement Ecologique Soutenable de la Banque Mondiale (Washington DC)
Membre du Conseil du Groupe International pour les Droits des Minorités (Londres)
Membre du Forum International du Moyen-Orient (Terra media)
Membre du Conseil sur la Gouvernance de “Transparency International”
Membre du Conseil d’Administration du Bureau International pour les Droits des Enfants
Président du Conseil de l’Association égyptienne “Enlightenment”
Membre de l’Institut International d’Etudes Stratégiques (IISS, Royaume-Uni)
Editeur Associé d’”International Sociology” (la revue de l’Association Internationale de Sociologie)
Président de l’Association Egyptienne des Sociologues

Précédemment:

- Professeur à l’Université du Caire, à l’Université Américaine de Beyrouth, à l’Université de l’Indiana, à l’Université De Pauw, à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), à l’Université de Washington
- Directeur du Centre d’Etudes sur l’Unité Arabe au Caire
- Fondateur et Secrétaire-Général de l’Organisation Arabe pour les Droits de l’Homme (Le Caire)
- Fondateur et Secrétaire-Général du Conseil Arabe pour l’Enfance et le Développement
- Président du jury du Prix Agha Khan de l’Architecture Islamique (Genève)
- Président de la Maison d’Edition Al-Sabbah
- Membre du Conseil et chef des Affaires Arabes du Centre Al-Ahram d’Etudes Politiques et Stratégiques

Prix

- L’Ordre Jordanien de l’Indépendance (1990)
- Prix du Mérite de Bahrain pour la recherche en sciences de l’éducation (1988)
- Prix du Koweit en Sciences Sociales et Economiques (1985)

Auteur des livres suivants:

Sociologie du Conflit arabo-israélien
Kissinger et le conflit du Moyen-Orient
Les élections présidentielles américaines et le Moyen-Orient
L’arabisme en Egypte
Population et urbanisation au Maroc
Etablir des contacts: les intellectuels et les décideurs dans le monde arabe
Le nouvel ordre social arabe
L’Egypte dans le quart d’un siècle
Bédouins d’Arabie Saoudite
Société et Etat dans le monde arabe
Défense de Sadate dans le monde arabe
La grande sédition arabe dans le Golfe (Sedition)
Famille, genre et population au Moyen-Orient
Egypte, Islam et Démocracie

Education

B.A. honors, Université du Caire (1960)
Doctorat à l’Université de Washington (1968)
Né à Mansura, Egypte (le 3 Décembre 1938)

Le Procès

Saad Eddin Ibrahim et ses co-inculpés ont été accusés de quatre chefs d’inculpations principaux: (1) conspiration en vue de corrompre des fonctionnaires publics afin de miner l’accomplissement de leurs devoirs (articles 40 et 48 du Code Pénal); (2) avoir reçu des donations sans permission préalable des autorités compétentes (articles 1 et 2 de l’Ordre Militaire No. 4, 1992); (3) avoir de façon délibérée disséminer de fausses informations à l’étranger dommageables aux intérêts de l’Egypte (article 80 du Code Pénal); (4) avoir fraudé l’Union Européenne (article 336 du Code Pénal).

La procédure sur base de laquelle le Professeur Ibrahim et les autres inculpés furent arrêtés et détenus en 2000, durant plusieurs semaines sans inculpations, constituait une violation de leurs droits de ne pas être détenus arbitrairement.

Il reste le directeur et le président du conseil d’administration du Centre. Certains de ses co-inculpés sont des employés permanents du Centre ou travaillent sur des projets spécifiques pour le Centre. D’autres ont travaillé à l’Association de Soutien aux Femmes Electrices (Hay’at Da’am al-Nakhibat, ou Association Hoda), une organisation affiliée dont le Professeur Ibrahim est le trésorier.

Une partie du travail mené par le Centre Ibn Khaldun et l’Association Hoda à l’époque où les inculpés ont été arrêtés concernait la préparation des élections parlementaires égyptiennes de l’an 2000. En particulier, ces organisations étaient engagées dans des projets d’éducation au vote, qui étaient partiellement financés par l’Union Européenne. Précédemment, Saad Eddin Ibrahim avait été Secrétaire-Général de la Commission indépendante de contrôle électoral, qui avait surveillé les élections de 1990 et 1995 en Egypte. Cette Commission avait été très critique sur les irrégularités survenues durant les précédentes élections. Avant son arrestation, le Professeur Ibrahim avait indiqué son intention de contrôler les élections de 2000.

Les inculpés ont fait appel à la décision de la Cour Suprême de Sûreté de l’Etat, utilisant la procédure de cassation prévue par la Loi No. 57 de 1959. Celle-ci permet à la Cour de Cassation de déterminer si un verdict est basé sur une violation, sur une mauvaise application ou sur une mauvaise interprétation de la loi, ou si il y a eu des irrégularités procédurales qui auraient une influence sur le verdict. Le 6 février 2002, la Cour de Cassation a cassé la décision de la Cour Suprême de Sûreté de l’Etat, estimant qu’elle n’avait pas évalué correctement l’accusation et les arguments de la défense. La Cour a ordonné ultérieurement que les inculpés soient relachés, avant qu’un nouveau procès n’ait lieu devant une autre Cour Suprême de Sûreté de l’Etat.

L’annonce en mars de la date du nouveau procès a suscité une certaine surprise dans la mesure où les délais de la procédure pénale devant la Cour Suprême de Sureté de l’Etat sont généralement longs. Le 27 avril, la Cour a commencé à examiner les preuves de l’accusation. La Cour rendra son jugement écrit dans un délai de trente jours après avoir rendu son verdict. La défense des inculpés a déjà annoncé qu’elle interjeterait appel devant la Cour de Cassation. Il est probable qu’il faudra plusieurs mois avant que cet appel ne soit entendu. Au terme de cette procédure la Cour de Cassation rendra un verdict final.

Violations des Droits de l’Homme

Les Comités d’Avocats croient que les charges portées contre Saad Eddin Ibrahim et ses collègues sont politiquement motivées, et constitutent une persécution d’Etat et une obstruction aux activités des organisations et des défenseurs indépendants des Droits de l’Homme en Egypte. Plus encore, les violations des droits des inculpés ont continué et se sont aggravées durant la période précédant le procès ainsi que durant le procès lui-même. En particulier, les inculpés n’ont pas eu de délais et de moyens suffisants pour préparer leur défense, et l’accès à des documents cruciaux leur a été nié. Des questions importantes soulevées par la défense au cours du procès n’ont pas reçu de réponse de la Cour, et les juges ont rendu leur verdict extrêmement rapidement, en dépis du fait que la défense avait déposé à leur attention des documents supplémentaires le même jour. En plus des problèmes inhérents au système des Cours de Sureté de l’Etat en Egypte, tous ces éléments démontrent que les inculpés n’ont pas bénéficié d’un procès équitable, tel que prévu par l’article 14 de la Convention Internationale des Droits Civils et Politiques.

Dans l’attente de leur appel, Ibrahim et ses co-inculpés devraient être libérés de prison immédiatement. Les charges contre Saad Eddin Ibrahim et les autres inculpés devraient être immédiatement retirées, et un terme devrait être mis à une telle persécution des défenseurs des Droits de l’Homme. Si les défenseurs des Droits de l’Homme doivent être en mesure d’accomplir le rôle important qui est le leur dans la société, tel qu’il est reconnu par la Déclaration des Nations unies de 1988 sur les Défenseurs des Droits de l’Homme, ils ne doivent pas vivre sous la menace d’une inculpation pour leurs activités légitimes. Le procès du Professeur Ibrahim et des ses collègues a eu l’effet d’une douche froide sur le mouvement égyptien des Droits de l’Homme qui ne pourra que s’aggraver avec la prolongation de son incarcération.

Les activités du Centre ont été placées sous surveillance depuis un certain temps, et en janvier 2000 les autorités ont ordonné la fermeture de son journal, Société Civile.

Durant la nuit du 30 juin 2000, les services de la sûreté ont également fermé l’ICDS et confisqué les ordinateurs et les documents ainsi que les matériaux de recherche et les livres comptables. Depuis lors, l’entrée du Centre a été interdite aux membres de son conseil d’administration et aux membres du corps enseignant. Le procureur de l’Etat a eu accès au matériel confisqué en vue de la préparation du procès contre le Dr. Ibrahim et son staff, alors que ce matériel n’est pas accessible à la défense. L’ordinateur personnel, les documents et le coffre-fort familial du Prof. Ibrahim ont également été confisqués par le procureur.