Rhétorique africaine


Le Monde

ON NE PEUT que se réjouir de voir l'Afrique invitée au sommet du G8 au Canada. Ce rendez-vous des riches s'est ouvert aux pauvres, le message est à saluer. Mais le résultat est maigre et le "nouveau partenariat" que veulent conclure les pays les plus puissants avec les Etats africains, s'il est plein de bonnes intentions, provoque un profond scepticisme. L'objectif est louable. Proposé au G8 par quatre chefs d'Etat africains, le Sud-Africain Thabo Mbeki, le Nigérian Olusegun Obasanjo, l'Algérien Abdelaziz Bouteflika et le Sénégalais Abdoulaye Wade, le Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (Nepad), né en 2001 à leur initiative (et à celle de l'Egypte) puis encouragé par l'Organisation de l'unité africaine (OUA), vise à responsabiliser l'Afrique et à remplacer une logique d'assistance par une logique de partenariat. Chacun apporte sa pierre. Côté africain, les pays signataires s'engagent d'abord à une bonne gouvernance : soutien à la démocratie, à la paix, à la lutte contre la corruption. Innovation importante : un mécanisme de contrôle par les pairs de ces critères est prévu. Ils promettent aussi, dans le domaine économique, d'engager des réformes et de développer les coopérations régionales.

Côté pays développés, l'engagement est double concernant et l'aide et le commerce. Aide : le G8 a déclaré à l'issu de son sommet de Kananaskis qu'il ferait tout son possible pour que "la moitié ou plus" de la nouvelle aide au développement promise lors de la réunion de l'ONU à Monterrey, au Mexique, soit 12 milliards de dollars d'ici à 2006, prenne la direction du continent noir. Ils ont également annoncé vouloir consacrer 1 milliard de dollars supplémentaire au désendettement des plus pauvres. Parallèlement, ils ont répété qu'il fallait ouvrir leurs propres marchés aux produits du Sud comme ils s'y sont engagés à plusieurs reprises. Ils ont insisté sur l'organisation régionale des marchés, le débouché naturel des produits africains étant l'Afrique, et ont dit, enfin, vouloir encourager les capitaux privés du Nord à s'investir en Afrique.

Le Nepad est fondé, équilibré et ambitieux : il vise une croissance de 7 % l'an durant les quinze prochaines années, la réduction de moitié de l'extrême pauvreté, la scolarisation de tous les enfants dans le primaire d'ici à 2015. M. Chirac parle d'un " partenariat de type nouveau, qui ne sera ni complaisant ni rhétorique. Il sera généreux, précis et exigeant".

C'est ce dont on peut précisément douter. Exigeant ? Côté africain, le mécanisme de contrôle est facultatif et aucun système de sanction n'est prévu. Dès lors qu'apporte-t-il de plus que les belles promesses de démocratie si souvent prononcées par les gouvernements africains ?

Même constat pour les pays riches. Le moyen le meilleur et sans doute le seul vrai moyen d'aider l'Afrique est d'acheter ses produits agricoles. Or George Bush a augmenté de 80 % les subventions dans ce secteur et Jacques Chirac bloque toute réforme de la PAC. Tout le reste, M. Chirac, est rhétorique.