Rapport sur la situation des droits de l’Homme au Laos - Mars 2000




Mldh (Mouvement Lao pour les Droits de l’Homme)

SOMMAIRE

•Introduction
•Droits Civils et Politiques: Indépendance du Pouvoir Judiciaire,
•Détention et Torture
•Libertés religieuses au Laos
•Histoire de Femmes
•Conclusion

INTRODUCTION

La République Démocratique Populaire du Laos est un état totalitaire, gouverné par un parti unique appelé le Parti Populaire Révolutionnaire Lao. Malgré l’adoption de Constitution de 1991, malgré les Conventions Internationales que le Laos a ratifiées, les dispositions légales prévues dans la Constitution ou les Conventions ratifiées par le gouvernement du Laos ne sont pas respectées.

Si des articles de la Constitution de la République Démocratique Populaire Lao du 15 août 1991 mentionnent:

- Article 29: “les citoyens lao jouissent du droit à l’inviolabilité de leur personne et de leur domicile”

- Article 30: “les citoyens lao sont libres de pratiquer une religion ou de n’en pratiquer aucune”

- Article 31: “les citoyens lao jouissent des libertés d’statement orale et écrite, de réunion, d’association et de manifestation”.

Si le Laos a ratifié des Conventions Internationales telles que:

- la Convention Internationale pour l’Elimination de Toutes les Formes de Discrimination Contre les Femmes (CEDAW);

- la Convention Internationale pour l’Elimination de Toutes le Formes de Discrimination Raciale (CERD);

- la Convention sur les Droits des Enfants (CRC);


En ce début de l’an 2000, en pratique, le Laos demeure aujourd’hui un pays où

- le droit à la vie privée est restreint,

- le droit d’expression et de manifestation est interdit,

- toute réclamation des droits de la dignité humaine est réprimée,

- la discrimination contre les femmes persiste,

- des arrestations arbitraires et des disparitions forcées sont fréquentes,

- les bouddhistes sont étroitement encadrés, les chrétiens harcelés et arrêtés,

- la prostitution infantile et la traite des enfants vers la Thaïlande appartiennent

à des réseaux des membres des familles du gouvernement et du Polit-bureau (tandis que ce même gouvernement perçoit des aides des pays occidentaux pour lancer des campagnes contre la prostitution des mineurs),

- les minorités ethniques sont intimidées, harassées, déplacées ou massacrées,

(voir notre rapport de juin1998)

- le système judiciaire est sujet aux décisions du Parti de l’Etat,

- les camps d’internement et de torture existent toujours. Si quelques anciens

camps sont fermés, de nouveaux camps ont été ouverts avec des régimes carcéraux toujours dégradants et inhumains (voir notre rapport de mars 1998).


I – DROITS CIVILS ET POLITIQUES – INDEPENDANCE DU POUVOIR JUDICIAIRE – DETENTION ET TORTURE

Le Ministère de l’Intérieur est l’instrument du pouvoir principal du contrôle de l’Etat à parti unique.

La police nationale, ainsi que la police secrète encadre et contrôle la société laotienne, les étrangers vivants au Laos, de même que les diplomates en poste au Laos. Tandis que dans les grandes villes la surveillance se sert plus de la police et de la police secrète, les petites localités sont gérées directement par les milices.

En invoquant la raison de sécurité de l’Etat, le ministère de l’intérieur est habilité à ordonner l’incarcération des personnes sans qu’elles passent en jugement.

II faut une autorisation du Ministère de l’Intérieur pour héberger ou inviter un étranger chez soi. Les mariages entre les citoyens lao et étrangers doivent avoir l’accord du Ministère de l’Intérieur. Sans cet accord, le mariage traditionnel sera annulé et les mariés arrêtés.


En dépit de l’article 31 de la Constitution lao du 15 août 1991, la liberté d’expression et la liberté de manifestation restent totalement interdites.


Le 26 octobre 1999, un début de manifestation composée en majorité d’étudiants, d’enseignants et de quelques membres du personnel hospitalier a été suivei de l’arrestation de centaines de personnes dont les leaders Thongpaseuth Keuakhoune, Khamphouvieng Sisaat, Sengaroune Phengphanh, Bouavanh Chanmanivong et Kèochay. La manifestation demandait la fin du totalitarisme et une vraie démocratie.

Fin février 2000, nous avons été informés que Thongpaseuth Keuakhoune et Khamphouvieng Sisaat se trouvent dans la prison de Samkhé, Vientiane où ils sont interrogés et torturés deux fois par semaine. Quant aux autres personnes, nous ne savons toujours pas où elles sont détenues.


Début février 2000, une société japonaise de travaux publics travaillant au Laos, découvre cinq corps en creusant au village de Hongseng, Vientiane. La population de Vientiane attribue ce charnier à des centaines d’étudiants arrêtés et disparus après le 26 octobre 1999.


Début mars 2000, liée à la manifestation des étudiants du 26 octobre 1999, nous apprenons l’arrestation de Khamphet Vongsay, 53 ans, habitant le village de Phonesitay, ville de Phonehong, province de Vientiane. Nous ignorons où il a été amené.

Le 30 mars 2000, une bombe explose dans un restaurant en plein centre de la capitale Vientiane. Ginny Stein et David Lelan, respectivement correspondant et cameraman de ABC (Australian Broadcasting Corporation) qui se trouvaient à proximité du restaurant ont pu filmer les dégâts causés par l’explosion. Tous les deux ont été enmenés par la police, interrogés pendant plus de quatre heures, puis relâchés après confiscation de leur matériel. Le caméra leur a été rendue quatre jours plus tard, mais sans les bandes vidéos contenant les images de l’attentat ayant fait plus de dix blessés dont plusieurs Occidentaux.

En avril 1999, deux Américains d’origine laotienne, Li Houa et Michael Vang, ont disparu à Houay Say, Nord du Laos, après avoir été vu battus, arrêtés et enmenés par les autorités locales.

En 1991, trois hauts fonctionnaires du gouvernement ont été arrêtés après avoir publié une lettre ouverte demandant publiquement un système multi-parti. Ils ont été condamnés à 14 ans de prison et envoyés dans un camp de travaux forcés au nord du Lao où l’un d’entre eux, Thongsouk Saysangkhi, est mort en février 1998 (voir notre rapport de mars 1998 sur les camps de détentions).

Sous le contrôle d’un parti unique, la population n’a, évidemment, pas le droit de choisir son gouvernement ou de créer librement des partis et des associations. Toutes les associations existantes au Laos sont créées par le Parti Populaire Révolutionnaire Lao.


Le système judiciaire est sujet aux volontés et aux décisions du parti unique de l’Etat.

La fonction juridictionnelle n’assure aucune garantie d’indépendance et d’impartialité.

Le verdict se fonde sur des aveux arrachés à l’accusé suite à des tortures.

La garantie d’un procès équitable tel que prévoit la Constitution Lao du 15 août 1991 ou les codes internationaux ratifiés par le Laos, est inexistante.


Dans les prisons et les camps d’internement, les prisonniers de droits commun, les mineurs et les prisonniers politiques sont mélangés.

Le régime carcéral se distingue par des conditions non acceptables de promiscuité, d’absence totale de soins, d’insuffisance alimentaire, de travaux forcés, de torture physique et psychologique.


En ce qui concerne les objecteurs de conscience, les dissidents, les prisonniers politiques, les chrétiens, il y a une volonté absolue du gouvernement de les punir dans des conditions extrêmes, inhumaines et dégradantes, jusqu’à l’anéantissement physique et psychologique de la personne.

Quelques anciens camps d’internement ont été fermés. De nouvelles prisons au régime encore plus dur et plus cruel ont été construites pour contenir des milliers de prisonniers, tel que la prison à côté de Phonehong, province de Vientiane, dans laquelle des prisonniers sont tués et enterrés dans la cour de la prison.


II – LIBERTES RELIGIEUSES AU LAOS

Artice 30: ‘ les citoyens lao sont libres de pratiquer une religion ou de n’en pratiquer aucune’’


Le Bouddhisme au Laos

Le Bouddhisme, introduit officiellement au Laos depuis 1350, a façonné, imprégné la mentalité, la civilisation, la littérature, l’art et la culture du Laos.

Les bonzes, représentants de la religion bouddhiste, se dédiaient à la population en leur apprenant à lire, à écrire et à suivre les commandements du Bouddha. Le respect de l’autre, la reconnaissance, l’entraide, le désir d’être bon et d’atteindre le Nirvana guidaient les actes des Laotiens qui pratiquaient les enseignements du Bouddha dans leur vie de tous les moments.

Considérant la religion comme une drogue, la dictature communiste a voulu anéantir le bouddhisme dès son arrivée en 1975.

Les bonzes ont commencé à être arrêtés. Ceux qui avaient trop d’influence ou d’autorité étant forcés de quitter les ordres. Plusieurs bonzes durent s’exiler. Des cours politiques et des agents politiques s’installaient dans les pagodes, les photos de Lénine et de Ho Chi Minh aussi.

Le gouvernement a essayé de tuer le Bouddhisme au Laos pendant plus de 15 ans, mais les Laotiens s’obstinent toujours à aller à la pagode.

Ne pouvant pas faire disparaître la pratique du bouddhisme, le gouvernement a changé de stratagème en introduisant des agents dans les pagodes.

Dans chaque pagode, le Ministère de l’Intérieur a placé des faux bonzes qui surveillent la pagode et font des rapports au Ministère de l’Intérieur, quotidiennement pour les pagodes importantes, deux fois par semaine pour des pagodes plus petites.

L’enseignement du bouddhisme n’est plus ce qu’il était.

Avant, chaque cérémonie religieuse à la pagode était suivie d’une séance très attendue et appréciée par les pratiquants: le moment où le bonze raconte une histoire vécue du Bouddha, servant de leçon de conduite ou de moment de réflexions sur la vie. Cette pratique a disparu.

Maintenant, après les cérémonies religieuses, les bonzes s’empressent de demander aux pratiquants de donner de l’argent et de rentrer.

Le vrai enseignement du bouddhisme n’existe plus au Laos. L’entraide, la pudeur, le respect de l’être humain ne sont plus enseignés. La peur du péché peut être conforté, selon les nouveaux bonzes, par des dons financiers aux pagodes, des pagodes qui dépendent du Ministère de l’Intérieur.

Qui peut dire comment sera le Laotien de demain, dénué de tolérance, du respect des hommes et du désir d’être bon ?


Le Christianisme au Laos

Au Laos, les personnes de foi chrétienne sont surtout les minorités ethniques, ces populations n’étant pas bouddhistes à l’origine.


En 1999, plusieurs personnes ont été arrêtées au Laos pour avoir pratiqué le christianisme.

- 11 dans la province d’Attapeu, au sud du Laos,

- 6 dans la province de Houaphanh, au nord du Laos,

- 3 à Louang Prabang,

- 4 dans la province de Oudomsay, au nord du Laos,

- 7 à Xiengkhouang, au nord du Laos,

- 15 à Savannakhet.

Tous ont été accusés de “croire en la religion de Jésus” ou de vouloir “convertir les autres par voie de propagande et de dépliants venant de l’étranger”.

A Savannakhet, Patouth, arrêté en 1994, a été relâché en 1996. Durant son emprisonnement, il était placé dans un cachot souterrain, avec ses jambes entravées dans un carcan en bois, avec le choix d’être libre s’il reniait sa religion. En mars 1999, il fut de nouveau arrêté. Il n’est toujours pas libéré et nous ignorons où il a été amené.

En 1998, 44 personne ont été arrêtées à Vientiane, lors d’une réunion religieuse de “Evangelical Church of Christ” (notre rapport de juin 1998), parmi lesquels des étrangers dont trois Américains, un Thaïlandais et un Français. Après 2 semaines de détention et le paiement d’une importante amende, les étrangers ont été expulsés du Laos. Au mois de juin 1999, onze personnes ont été libérées. En ce mois de mars 2000, le reste est encore en prison.



III - HISTOIRES DE FEMMES


A travers l’histoire de plusieurs femmes, le résultat d’une collecte de témoignages, c’est un échantillon non exhaustif des violations des droits de l’Homme au Laos que nous dénonçons.

1 - Témoignage de Khamla * – 38 ans, dont 15 ans dans un camp d’internement

En 1975, le père de Khamla a été arrêté et envoyé dans un camp d’internement au nord du Laos.

En 1976, Khamla, ses frères, ses sœurs et leur mère ont décidé d’aller vivre auprès du père.

«J’avais 13 ans quand nous sommes arrivés au camp d’internement. Le jour où nous sommes arrivés au camp du nord du Laos pour être auprès de notre père, j’ai dit à ma mère que toutes ces montagnes autour de nous m’oppressaient et m’étouffaient et j’avais du mal à respirer.

Mon père était prisonnier et faisait, parmi des milliers d’autres, des travaux forcés. La famille des détenus devait aussi faire des travaux, mais pouvait aller de temps en temps au village. Les enfants des détenus n’avaient pas le droit à l’école. Nous étions considérés comme des “sous – citoyens”.

Les filles des détenus sont forcées à se marier avec des Vietnamiens ou des invalides de guerre. Pour éviter cela, quand j’ai eu 16 ans, mes parents ont demandé à ce que j’épouse un détenu du même camp, un veuf de 18 ans mon aîné. Sa femme et ses enfants sont morts noyés dans le Mékong en essayant de s’enfuir en Thaïlande. Je l’ai donc épousé et j’ai mis au monde deux enfants au camp.

Il y a tant de choses à raconter, tant de choses à faire connaître que je ne sais pas par quoi commencer.

Des images me viennent avec ces trois mots : l’eau, le feu, le froid.”

- L’eau

Tous les camps sont construits au bord d’une rivière.

On se sert de l’eau pour le potager, pour la vie de chaque jour.

Une ou deux fois par mois, on voit des prisonniers de lourdes peines qui sont autorisés à sortir de leur cachot souterrain, enchaînés, reliés ensemble au cou par une traverse en fer pour aller se tremper dans la rivière, entourés par des soldats armés.

C’est au bord de la rivière qu’on tue les prisonniers. C’est plus facile pour laver le sang.

- Le feu

La lumière est interdite après 21h00. Tout bruit ou lumière après 21h00 est suspect de tentative de complot, d’évasion ou de rébellion.

Une nuit, mon bébé était gravement malade et j’ai dû allumer une torche bien après l’heure permise. Les soldats sont apparus en moins de 3 minutes. Le lendemain, j’étais punie, humiliée devant tout le camp, traité de “réactionnaire” et on m’a privé de la moitié de ma maigre ration de sel et de riz pendant un an. Je me demande toujours comment mon bébé a pu survivre de cet enfer.

- Le froid

Au nord du Laos, la température descend jusqu’à zéro degré en hiver et l’eau peut geler.

Nos cabanes en bambous sont traversées par tous les vents. Pour que nos enfants puissent survivre, mon mari a récupéré des sacs de riz vides qui sont en jute. Il en a fait des gilets matelassés avec de la paille. Pour cela, il a été puni et mis en cachot souterrain pendant plusieurs mois. »

2 - Témoignage de Shoua Lia * – 18 ans, dernière survivante d’un massacre de 28 personnes.

Shoua Lia appartient à la minorité ethnique des Hmongs. Sa famille habitait la province de Xiengkhouang, un petit village à côté de Muong Cha. En 1991, son village a été brûlé par les soldats du gouvernement lao et son père tué. Sa mère, ainsi que d’autres femmes du villages qui ont perdu leur mari, ont décidé de s’enfuir en Thaïlande, avec leurs enfants. Ils étaient en tout 28, uniquement des femmes et des enfants. Le voyage devait prendre 2 semaines avant d’atteindre le Mékong.

«J’avais 8 ans et me souviens que nous marchions et marchions en ayant faim et peur. Un jour, nous traversions un village et à la sortie du village, des soldats nous forcèrent à les suivre jusqu’à la forêt. Arrivés à la forêt, ils alignèrent les femmes, les attachèrent une par une à des troncs de bambous. Après, les soldats se mirent en cercle autour de nous et sortirent des grands fusils et des petits fusils. Il était à peu près midi ou au début de l’après-midi. Mes frères, mes sœurs et moi qui n’étions pas attachés, se mirent autour de notre mère. Les autres enfants firent pareils autour de leur mère. Tout le monde criait et pleurait. J’entendis ma mère dire que si nous sommes blessés, d’essayer de ne pas respirer et de faire le mort. Je me rappelle entendre ma petite sœur de 13 mois pleurer. Tout à coup j’entendis des coups de fusils venir de partout. Et puis, je n’entendis plus rien. Quand je me réveillai, j’avais les corps de ma mère, de mes frères et mes sœurs, ainsi que du bébé sur moi. Il y avait un grand silence et personne ne bougeait. J’étais blessée à la tête et à la jambe. A la fin de la journée, les soldats sont revenus, ont retourné et donné des coups de pieds à chaque personne, puis sont repartis. Je ne comprenais pas que tout le monde était mort. Je parlais à ma mère et restais auprès d’elle jusqu’au jour où les corps commençaient à sentir mauvais.

Puis, avec mes blessures et ma faim, j’ai encore marché pendant beaucoup de jours, toute seule. Un jour, j’atteignis une grande rivière et fus recueillie par une famille laotienne.

Chaque matin, devant la glace, la cicatrice que j’ai au visage me rappelle cet événement. Chaque matin, je revois la scène du massacre où j’ai perdu toute ma famille.»

3 - Témoignage de Bounsy * – 14 ans, prostituée dans une boîte de nuit appartenant à un membre du gouvernement.

«J’habite Vientiane. Mes parents sont tous les deux fonctionnaires, mais n’ont pas perçu leur salaire depuis longtemps. Je vais encore à l’école aux jours et aux heures où il y a un enseignant. Le soir, je travaille dans un discothèque. On m’a appris à reconnaître les Laotiens qui viennent de l’étranger. Ils ont beaucoup d’argent et ne comptent pas leurs dépenses.

On m’a appris à ne plus avoir honte, à m’asseoir sur les genoux des clients, à les suivre ou à les attendre dans les toilette du discothèque, à les amener à l’hôtel.

Quand un étranger est seul et ne connaît personne au Laos, on me demande systématiquement de l‘amener à l’hôtel. Une fois à l’hôtel, on appelle la police pour qu’elle vienne arrêter l’étranger et le condamner pour “débauche impérialiste”. L’étranger ne pourra sortir de prison qu’en payant une somme importante en dollars ou en baths (monnaie thaïlandaise). Il y a quelques mois, on a demandé à une autre fille de faire la même chose avec un ressortissant américain d’origine asiatique qui était en mission au Laos. L’Américain a été arrêté, a payé une forte somme et a été expulsé.»

4 – Témoignage de Daravone * – 22 ans, étudiante, un des leaders de la manifestation du 26 octobre 1999 à Vientiane, vivant en clandestinité dans un pays voisin.

«Je suis étudiante à Vientiane. D’abord, on grandit en pensant qu’il ne peut y avoir que ce seul modèle de société. Après on se rend compte que, dans le monde, d’autres alternatives existent.

Les étudiants ne veulent plus du régime totalitaire, ni de la corruption et de la misère du peuple.

Il n’y a pas de justice dans notre pays. Vous avez beau être très bons élèves. Au moment des examens, au moment où il faut décrocher des bourses pour continuer les études à l’étranger, c’est toujours les enfants des membres du Polit-bureau qui sont reçus.

La situation économique est catastrophique. Les gens du gouvernement et du Parti Populaire révolutionnaire sont puissants et très riches. La population est très pauvre. Nous n’avons pas le droit de nous exprimer et de revendiquer. Par la télévision thaïlandaise, nous voyons les débats d’idées et les droits des personnes à manifester ou à faire grèves.

A la fin de 1998, nous avons préparé une protestation contre la politique du pays. Le gouvernement nous a menacé et intimidé. Un de nos leaders a été tué dans un semblant d’accident de vélomoteur.

Le 26 octobre dernier, à Vientiane, nous étions plusieurs centaines à vouloir manifester notre mécontentement vis à vis de la situation économique, sociale et politique du gouvernement. La police secrète a arrêté les manifestants avant que la manifestation ait pu vraiment commencer.

Il n’y a pas d’avenir pour le Laos tant qu’il y aura ce régime totalitaire. Nous voulons une vraie démocratie , de vraies élections. Nous voulons pouvoir choisir nos élus, choisir notre gouvernement. »

5 – Témoignage de Naly * – 40 ans, médecin assistant, un des leaders de la manifestation du 26 octobre 1999 à Vientiane, vivant en clandestinité dans un pays voisin.

«J’ai collaboré avec les étudiants parce que je suis persuadée qu’il faut montrer au gouvernement et au monde extérieur que sans changement de régime, le Laos restera toujours dépendant du Vietnam et ne sera jamais démocratique.

La population n’a pas le droit de s’exprimer mais le régime ne peut pas l’empêcher de voir et de réfléchir.

J’ai travaillé dans des hôpitaux de plusieurs villes de la province de Vientiane. Rien n’est fait pour aider et soigner la population. J’ai vu des experts vietnamiens laisser mourir et faire mourir toutes les personnes qu’ils suspectaient être des dissidents ou des opposants.

Nous savions que manifester au Laos était très risqué et dangereux, mais nous étions déterminés à le faire. La manifestation du 26 octobre 1999 ne sera pas la dernière. D’autres suivront, seront plus importantes et auront la participation de tous les corps sociaux.

Quand je me suis enfuie vers ce pays voisin, la police est allée arrêter mon père de 72 ans et ma fille de 11ans, en menaçant de les garder longtemps si je ne retourne pas au Laos. Je ne me suis pas rendue. J’ai su qu’ils ont été relâchés quelques mois plus tard, mais mon père continue à être surveillé de près.»

6 – Témoignage de Noy* – 15 ans, prostituée dans une maison close de Nongkhai, Thaïlande.

«Je suis née à Paksane, à 100 km de Vientiane. Mes parents ont voulu m’envoyer à l’école à Vientiane, pensant que c’était mieux pour mon avenir. A Vientiane, j’ai rencontré la femme d’un haut dignitaire du gouvernement qui m’a proposé de m’envoyer en Thaïlande pour étudier la couture. Elle m’a amenée elle-même à Nongkhaï et m’a donnée à cette maison close où je suis devenue prostituée. Mes parents pensent que je suis en Thaïlande pour étudier la couture.

Je suis enfermée, surveillée et n’arrive pas à m’enfuir. Je suis fatiguée; je me sens finie, sale, méprisée. Il m’arrive à rêver d’être libre, normale, d’aller à l’école et de revoir mes parents.»



Par mesure de sécurité évidente et à leur demande, tous les noms ont été changés.

* Khamla est en Europe depuis 3 ans et milite pour les Droits de l’Homme.

* Shoua Lia a finalement traversé le Mékong. Ella a été pris en charge par la communauté Hmong des Etats Unis où elle est étudiante et milite pour les Droits de l’Homme.

* Bounsy travaille toujours au même endroit.

* Daravone et Naly vivent en clandestinité dans un pays voisin du Laos, essaient d’obtenir un statut de réfugié et par égard au pays qui les abrite, ne veulent pas encore dire tout ce qu’elles ont sur le cœur.

* Noy n’est plus à Nongkhaï. Notre contact a voulu la retrouver et l’aider. Elle a très probablement été vendue à une maison close de Bangkok. Nous continuons à la rechercher.

IV – CONCLUSION

“Le gouvernement du Laos n’a jamais reconnu les arrestations ou les disparitions des étudiants, des enseignants et des centaines de personnes après la manifestation du 26 octobre 1999.

Le Ministère des Affaires Etrangères Lao affirme qu’il n’y a jamais eu aucune manifestation à Vientiane et mentionne des “faits totalement fabriqués”.

Le Ministère de l’Intérieur dit que des personnes ont bien été arrêtées à cette période, mais qu’il s’agissait d’ivrognes .

Le gouvernement du Laos a toujours nié les massacres des minorités ethniques, en particuliers les Hmongs.

Le porte parole du Ministère des Affaires Etrangères du Laos, Mr Don Somvorachit, a déclaré qu’il n’y a jamais eu d’arrestation pour raisons religieuses.

Jusqu’à ce jour, aucune organisation internationale telle qu’Amnesty International ou la Fédération Internationale des Droits de l’Homme n’a été autorisée à enquêter dans les camps de détention, dans les prisons ou dans les villages des minorités ethniques persécutées.

En 1998, le gouvernement laotien a créé un service des “Droits de l’Homme”, sous la tutelle du Ministère des Affaires Etrangères. Ce service des “Droits de l’Homme” sert à recevoir les doléances des pays occidentaux ou des organismes internationaux, à répondre que “les enquêtes sont en cours” et ensuite à rejeter tous les faits.

Le Mouvement Lao pour les Droits de l’Homme condamne les violations perpétrées en permanence au Laos.

Le Mouvement Lao pour les Droits de l’Homme appelle aux Nations Unies, aux gouvernements occidentaux et à tous les Etats membres de l’ASEAN à demander au gouvernement du Laos de:

- libérer sans conditions tous les détenus politiques et les arrestations de toutes les personnes liées à la manifestation du 26 octobre 1999, de garantir leur intégrité physique et morale,

- se conformer aux normes reconnues internationalement en matière de droits de l’homme et de garantir le droit à un procès équitable,

- instaurer la primauté du droit,

- respecter les Conventions Internationales contre la torture, les traitements cruels, inhumains et dégradants,

- cesser immédiatement et sans condition les massacres des minorités,

- libérer sans condition toutes personnes détenues pour leur croyance, abolir l’ingérence de l’Etat dans les pagodes, abolir l’obligation pour les religieux d’adhérer aux organisations politiques de l’Etat,

- respecter la liberté de religion,

- respecter le droit d’expression, de manifestation et d’association,

- mettre en place un régime démocratique par des élections libres sous un contrôle international,

- autoriser des organismes internationaux tels que la Fédération Internationale des Droits de l’Homme ou Amnesty International à aller enquêter au Laos,

- respecter la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme que le Laos a ratifiée.


M.l.d.h.

MOUVEMENT LAO POUR LES DROITS DE L’HOMME

M l d h – 9, rue Bazard, 77200 Torcy - France

Téléphone et fax : 01 60 06 57 06 – e-mail : MLDH@Chello.fr