"Procès d'un insoumis", Présentation de Jean Fabre

Jean Fabre
"PROCES D'UN INSOUMIS", Jean Fabre, Le Sycomore, Paris 1980

SOMMAIRE: Jean Fabre, président du Parti radical, ancien secrétaire du Pr (élu en novembre 1978), est arrêté en France le 18 octobre 1979 pour insoumission, dans le cadre de la campagne internationale de désobéissance civile contre les dépenses militaires et pour la reconversion des structures militaires en instruments pour la lutte contre l'extermination par la faim. Ce livre recueille les témoignages et les documents du procès qui s'est déroulé contre Jean Fabre le 27 novembre 1979 devant le Tribunal militaire de Paris. Condamné à six mois, dont une remise de peine de 5 mois, il est remis en liberté au lendemain du procès, ayant déjà purgé 40 jours dans la prison de Fresnes. Une peine aussi légère représente la reconnaissance de la haute valeur du témoignage rendu par le président du Parti radical.
Dans la présentation du livre, JEAN FABRE écrit que le Tribunal militaire de Paris a été investi d'une énorme responsabilité: pas uniquement celle de juger un citoyen, un insoumis, mais celle de donner un signal sur les problèmes dramatiques posés au cours des débats. Les juges peuvent donc devenir "conscience sociale", ils peuvent indiquer au législateur et à la société qu'il est temps que les choses changent.
(PROCES D'UN INSOUMIS, Jean Fabre, Le Sycomore, Paris 1980)


PRESENTATION

Je vous invite avec ces pages, comme on invite un ami chez soi pour passer un moment ensemble et réfléchir. Nous avons l'essentiel en commun: la vie et la mort qui donnent leur pleine dimension à nos amours, à notre quotidien, à ce que l'on crée ou à ce que l'on détruit et à ce qui fait que chaque minute, chaque geste compte et ne doit pas tomber dans la grisaille. Ainsi, si vous le voulez bien, passons ces quelques pages ensemble, loin des étiquettes et des classifications, loin des appartenances à quelque parti que ce soit, loin des idées reçues et des fatalités, en êtres humains.
Ce livre relate mon procès pour insoumission qui s'est déroulé en France le 27 novembre 1979, devant le tribunal permanent des forces armées de Paris. Subissant par ma naissance la nationalité française et devant rejoindre un corps d'armée, j'ai décidé en compagnie de onze insoumis (français, italiens, allemands et suisses) de lancer une campagne d'insoumission internationale. Très vite, ces douze sont devenus cent et plus; tous furent jugés et condamnés dans leur pays respectif et ce n'est que le 18 octobre 1979 que j'ai réussi à obtenir de l'Etat français qu'il applique ses lois en m'arrêtant. N'avais-je pas dit, sur FR-3 Alsace, que je considérais l'insoumission comme «légale en France» étant donné que depuis cinq ans, au vu et au su de tout le monde, je menais mon combat public, entre autre contre l'armée? Tant il est vrai que l'essentiel de ces pages n'est pas le récit de mon aventure personnelle mais le combat collectif dont ce procès constitue une étape. Vous ne lirez ni l'histoire d'un héros, ni celle d'un cas isolé: combien d'insoumis avant et après moi ont été jugés et condamnés, souvent dans l'indifférence générale! Insoumis, certes je le suis. Mais d'une insoumission qui dépasse très largement le problème de l'armée: ce livre est un livre sur la justice et la liberté.
Militant politique en France dans plusieurs mouvements de gauche, ingénieur de formation, j'ai à un certain moment jugé nécessaire de travailler à plein temps dans des organismes internationaux sur les problèmes de la nutrition, du désarmement et des droits fondamentaux. Par ce biais, je fus conduit à découvrir le Partito Radicale où, c'est unique, il est possible d'adhérer sans contraintes ayant trait à la nationalité ou au pays de résidence.
Ce procès en France fut aussi l'affaire du Partito Radicale, dont le caractère transnational tranche avec les habitudes des partis traditionnels de gauche. Ce parti, en Italie et ailleurs, estimant que sur des points essentiels la gauche ne véhicule plus l'idéal socialiste de gauche, cherche par des moyens nouveaux d'intervention sur des questions fondamentales (faim, désarmement, droit à l'information, juridictions d'exception, etc.) à réaliser des consensus, à redonner aux gens la "chose" politique capturée par les appareils bureaucratiques. Par ses actions à objectif spécifique, ce parti travaille de façon décentralisée pour donner corps à une alternative de gauche. N'étant pas un PartiEglise, il constitue au jour le jour à travers des combats précis les éléments de cette alternative dont l'élaboration concrète est l'affaire de tous et ne peut en aucun cas être prédéterminée par qui que ce soit. Mon procès en France n'est donc qu'un élément dans le cadre de cette perspective radicale.
Ce livre n'est pas le récit d'un événement d'un jour mais une réflexion dont l'actualité reste brûlante, mieux, un engagement, une convergence. Un projet. Il y avait du monde, le 27 novembre 1979, au tribunal militaire de Paris. Beaucoup de monde. Dedans, dehors, et des centaines de lettres venues des cinq continents qui disaient qu'avant la mort il y a la vie, et que cette vie nous appartient. Nous sommes en train de la faire, cette vie, comme on fait l'amour, comme une création dont le résultat dépend de l'apport de chacun de nous.
Il n'y a pas de fatalité dans l'histoire, mais uniquement le fruit de ce que nous entreprenons, et dans l'évolution qui se produit nul ne peut récuser sa part de responsabilité. Parfois notre apport individuel et même collectif peut sembler dérisoire. Alors ce n'est pas l'effort fourni qui est de peu de poids: c'est ce qui n'a pas été fait qui pèse lourd dans un des plateaux de la balance. A chaque moment et par rapport à tant de situations, nous avons le choix: vivre en soumis, ou prendre notre vie en main. Chacun de ces choix se paie d'une manière ou d'une autre. Je ne veux pas entretenir en moi ni en qui que ce soit l'illusion de la facilité des changements, encore moins débiter une série de: «il n'y a qu'à...». Mais il y a tout de même une chose que je sais: face à ce qui est absurde, injuste et violent dans notre société, il est certain que si nous n'intervenons pas, il n'y a pas à espérer d'évolution dans un sens positif, humain. Je sais aussi qu'il est difficile de fermer les yeux sur ce qui nous entoure. Qu'il est difficile de dire «je t'aime», de regarder un enfant dans les yeux, et de ne pas chercher à «faire» notre futur.
En France, depuis des années, certains, comme Michel Debré, mènent inlassablement campagne pour la natalité. La famille moyenne devrait avoir au moins trois enfants. Trois vies nouvelles que l'on projette dans un avenir incertain, futur dont on bâtit aujourd'hui les fondations. Quelle responsabilité ! A côté des espoirs qui nous animent, force est de constater qu'à bien des égards nous sommes mal partis. Quelle perspective offronsnous?
Je ne veux pas être pessimiste, mais si le regard que l'on jette sur notre monde est précisément un regard tendre, bien des choses blessent et font frémir.
Aujourd'hui, les «puissants» de ce monde ont choisi d'exterminer chaque année par la faim près de vingt millions d'enfants de moins de cinq ans et des dizaines de millions d'adultes, ils ont choisi de poursuivre une politique d'armement à outrance, de guerres, d'exploitation et de violence. Ainsi serontils arrivés a dépenser plus de 500 milliards de dollars en 1980 en armement pour défendre leur système de pouvoir et d'intérêts, et ontils fait le choix d'augmenter cette somme chaque année. Face à cet holocauste par la faim, face à cette injustice criante, où sont les résistants de naguère? Ceux qui se sont si fortement dressés contre les crimes de Stalin et de Goebbels ? Comment réussiraton à transmettre aux générations présentes et futures l'idée que la vie est sacrée et qu'elle mérite tous nos soins alors que le monde ne cesse d'être un superBuchenwald d'affamés? Estil juste de trouver cela supportable, de dire aux enfants que l'on peut vivre à côté des charniers sans réagir et espérer qu'ils pourront respecter la vie et découvrir l'amour? Cet holocauste par la faim programme chaque année un nombre de morts beaucoup plus
important que celui des génocides historiques et des exterminations dans les camps ou par les armes. Au XX ème siècle, L'industrialisation de la mort bat tous les records dans un crescendo dont il faut briser la logique infernale.
Toute cette violence imprègne, sous des formes aussi insidieuses qu'efficaces, la totalité de notre existence. Au quotidien, les engins de mort ont mille visages. Le viol par la publicité qui s'exerce sur nous pour nous faire aimer et nous pousser à avoir besoin de choses qui hier encore nous étaient inconnues. La pollution de l'air, des fleuves et des mers où des espèces d'oiseaux et de poissons se réduisent et disparaissent. Les milliers de tonnes de nourriture, fruits, légumes, lait, beurre, détruites chaque année dans l'Europe du chômage et de la surconsommation. L'alcool et le marché noir de l'héroïne. Les villes qui se dépersonnalisent et qui finissent par toutes se ressembler, des faubourgs de Rome à ceux d'Oslo. La menace nucléaire permanente sous laquelle nous vivons. La torture, les «bavures» policières et la conception juridique qui leur donne un fondement. La perte graduelle de nos libertés, imperceptible pour le plus grand nombre. La multiplication des procédures judiciaires qui ne tiennent aucun compte des garanties accordées par la loi. L'accroissement de l'arsenal des lois répressives. Tout le tissu de souffrances, d'humiliations et de privations qui est le lot de tant de personnes aujourd'hui et qui constitue la toile de fond de la situation mondiale que nous vivons désormais.
Face à cette réalité antihumaine dont la complexité ne fait que croître de jour en jour et dont le cours devient toujours plus difficile à infléchir, lorsque je pense aux enfants, à toute cette tendresse née, ce potentiel créateur, je sais qu'il n'est pas possible de faire autrement que de nous engager de toutes nos forces dans un effort collectif et individuel pour construire un monde et refuser l'absurde. Cet engagement m'a conduit, comme d'autres avant moi, derrière les barreaux de la prison de Fresnes, et sur le banc des accusés du tribunal permanent des forces armées de Paris. Comme d'autres fous de la démocratie, de la justice, de la liberté, de l'écologie, du désarmement, comme d'autres amoureux de la vie, à Moscou, à Varsovie, à Rome, à Santiago du Chili ou ailleurs.
«Accusé, levezvous!»
«Présentez... armes!» Les talons claquent. Les hommessoldats se tiennent au gardeàvous, baïonnette entre les deux yeux. La cour se dresse, surplombant tout, président drapé dans sa toge rouge, juges militaires galonnés et bardés de décorations. Nous sommes en Europe. Un tribunal d'exception va juger.
Mais juger quoi?
Etrange sentiment que celui que l'on ressent quand on entre dans le prétoire, encadré par deux gendarmes. J'avais attendu, voulu, désiré ce jour pendant près de six ans durant lesquels j'avais fait l'objet de mandats d'arrêt jamais mis à exécution. Six ans durant lesquels j'avais continué mes activités ouvertement, publiquement, de Copenhague à Buenos Aires et toujours en France. Ce jourlà, donc, se confrontaient publiquement et sans manichéisme deux réalités. Celle d'un ordre factice dont il est difficile de s'accommoder, et qui résulte de la dynamique des rapports de force sociaux, culturels et économiques de ces dernières décennies, et celle de la recherche obstinée de personnes qui, contre vents et marées, continuent à se battre de façon intransigeante, radicale, pour tenter de permettre à ce que d'aucuns appellent une «utopie» de devenir partie intégrante de notre propre histoire. Ce jourlà, c'était de la joie que je ressentais. Rien à voir avec la griserie que procure un moment exceptionnel. mais plutôt une joie tranquille et consciente de ce qui va se jouer.
Le tribunal compte bien peu dans ces circonstances. Il ne peut compter que s'il se grandit: en oubliant les robes et les uniformes les gants blancs et les képis, la garde armée et la disposition des lieux conçus pour impressionner, en un mot en se faisant assemblée d'hommes et de femmes. Le tribunal peut infliger des peines, envoyer ou renvoyer en prison. Il n'est alors qu'un lieu obscur, et les personnes qui le composent n'auront jamais existé. Elles n'auront fait que s'effacer devant le rôle qu'elles jouent. Acteurs pour une mauvaise comédie, mais pas auteurs. Parfois le pouvoir de punir dépossède curieusement ceux qui en font usage. Il les réduit à une fonction. Le 27 novembre 1979, à 13 heures, les hommes qui composaient le tribunal permanent des forces armées de Paris étaient soudain investis d'un pouvoir extraordinaire: le tribunal devait juger non seulement de la conscience d'un citoyen mais de l'importance de tous des problèmes qu'il posait. Il pouvait de ce fait s'ériger en conscience sociale et, s'il estimait alors comme étant de son devoir de le faire, indiquer au législateur ou à la société qu'il était temps que quelque chose change.
L'essentiel n'est pas dans le rapport de personne à personne entre l'accusé et ses juges. Il ne s'agit pas tant, pour qui a voulu enfreindre une loi parce qu'il estimait que c'était la seule chose juste à faire, de convaincre ses juges, mais de ne pas oublier un seul instant que les lois, c'estàdire les règles qui régissent (ou devraient régir) les rapports entre les citoyens, ce sont les citoyens euxmêmes qui contribuent à les créer. Une loi ne vaut pas parce qu'elle existe, mais parce qu'elle est juste. Un ensemble de lois ne vaut pas parce qu'il a été voté à un moment donné de l'histoire d'une communauté humaine par un parlement, mais parce qu'il représente un type de civilisation qui a pour finalité l'être humain et son épanouissement dans toutes ses dimensions. Quand nous demandons aux citoyens, par juges interposés, d'appliquer la loi «dans toute sa rigueur», nous leur demandons d'aller jusqu'au bout de leur légalité. Quel autre moyen y atil pour que nous reconnaissions, ensemble, que certaines lois, certains choix opérés au nom d'un peuple et mis en pratique par luimême sont injustes, violents, anti-humains ou suicidaires?
Le déroulement du procès vaut alors dans la mesure où il est un patrimoine de réflexion, un élément d'appréciation et de jugement porté à la connaissance de tous. C'est la présence de vingt-cinq journalistes de la presse française, italienne et internationale qui donnait une partie de leur sens aux débats qui se sont déroulés ce jourlà dans l'enceinte d'un tribunal militaire où généralement ce qui se dit ne compte pas car le public est inexistant, absent, non informé. C'est la publication du débat d'audience qui lui confère un sens social, et par là politique. D'où cet ouvrage.
Il eût été possible d'y ajouter ce qu'auraient pu être les éléments du dossier d'une instruction qui fut quasi inexistante. Je n'ai voulu retenir que quelques faits, ceux qui ont un caractère d'intérêt général. Si pour mon procès les circonstances étaient exceptionnelles, les faits, la démarche l'étaient beaucoup moins. Ils sont des milliers ceux qui, en France, en Italie, en Hollande ou ailleurs sont jugés pour les mêmes raisons qui nous ont porté non seulement à refuser de nous mettre en contradiction totale avec notre lutte pour la vie, mais encore à travailler pardessus les frontières, dont on perçoit mal le sens en cette fin de vingtième siècle.
De fait, il y a des moments et des lieux où «l'utopie» d'une société plus juste, plus humaine, prend corps à travers la lutte de femmes et d'hommes qui parviennent à conquérir, pour eux-mêmes ou pour tous, des droits, des libertés, à arracher un morceau de justice. C'est ainsi que ceux qui ne se sont pas rendus, qui ne se sont pas résignés à supporter un présent taché de trop d'absurdités et d'injustices, parce qu'ils aiment un autre possible, contribuent à faire l'histoire face aux choix des puissants et à l'inertie de ceux qui subissent. Nonsoumis aux politiques de la mort, du pouvoir, du profit, de la loi du plus fort, ils luttent pour défendre la vie.
Insoumis, donc.
Et amoureux d'une perspective. Il s'agit de donner vie, corps, au vieux projet jamais réalisé de liberté égalité fraternité, sans avoir à regarder la couleur de la peau ou la région où l'on vit. Certes, nous n'avons de leçons à donner à personne. Mais l'écart doit cesser de grandir entre valeurs proclamées et valeurs vécues. Il est peutêtre moins important aujourd'hui de méditer sur les appels des intellectuels et des « grands» de ce monde que de prendre conscience de l'importance du jugement personnel et de l'action de chacun de nous, du fait que certaines choses ne se font que parce que nous laissons faire ou acceptons de collaborer, contre toute logique humaine.
Il ne s'agit pas tant de témoigner de la persistance d'une utopie que de faire ce qui est à faire pour porter à terme une histoire de luttes qui constitue un patrimoine commun pour des dizaines ou des centaines de millions de personnes. Non pas au nom d'une continuité historique abstraite, mais parce qu'il nous revient de garantir les conditions de notre existence, de prendre soin de notre environnement, d'assurer un avenir à visage humain, d'arracher l'absurde qui est dans le fonctionnement de notre société. Parce que nous sommes vivants.
Il devient alors urgent de sortir des sentiers battus dans lesquels nous a traînés la politique traditionnelle, celle des compromis qui font trop souvent des porteparole de l'espérance les fossoyeurs du changement, celle de la pêche aux voix qui assure les équilibres du pouvoir institutionnel, sans modifier les données de la vie sur les questions les plus urgentes et les plus fondamentales. Il nous faut réaliser des convergences, une unité sur des valeurs et des batailles précises à mener, telles que la lutte contre l'extermination par la faim, pour le désarmement, l'écologie, les libertés fondamentales, le droit à l'information, etc. et non pas l'unité trompeuse sur de vieux mythes qui cachent des injustices criantes et des intérêts totalement divergents entre gens d'un même peuple, ni sur des revendications purement corporatistes qui n'ouvrent aucune nouvelle perspective.
Procès d'un insoumis ? Oui: le débat qui s'est déroulé était le procès des politiques de mort. On aurait pu être tenté de réduire dans une publication écrite, qui malheureusement ne peut pas restituer toute l'ambiance et toutes les émotions que seule procure la présence physique, le nombre des témoignages pour en alléger la lecture. C'eût été dénaturer le sens du geste public que nous avons voulu manifester en se privant d'un élément essentiel. La reproduction des interventions que nous faisons ici est le reflet d'une convergence active.
En effet, si les témoignages valent infiniment par le contenu de ce que chacun des vingtquatre témoins a dit, ils valent encore plus, pris collectivement, par ce que représente l'ensemble de présences qui adoptent une démarche commune alors qu'elles proviennent d'horizons assez différents. Nous ne pouvions donc en retirer aucun, même si, à la lecture, cela donne lieu à quelques répétitions. Ces répétitions ont leur poids, de par la qualité des personnes qui s'expriment: car elles sont la marque d'une jonction qui existe et d'une dynamique.
Il n'y avait pas de témoins d'un jour, venus faire usage de la parole à l'occasion d'un événement particulier. Toutes et tous sont des amis, des compagnons de route depuis des années, des personnes avec qui j'ai entrepris des actions précises. Tel est aussi le cas de mes amis avocats, Gisèle Halimi, JeanJacques de Felice, Henri Leclerc et Mauro Mellini (Malheureusement, le texte de la plaidoirie de Mauro Mellini n'a pu être retrouvé) dont on remarquera, en lisant leurs belles plaidoiries, qu'ils n'étaient pas «extérieurs» au débat mais bien partie prenante, comme du reste en témoigne leur long passé de luttes sociales, politiques et humaines. Seuls, L'amiral Sanguinetti et Denis Langlois ont dû répondre à la question du juge qu'ils ne me connaissaient pas personnellement, encore qu'avec ce dernier, qui mène depuis tant d'années un combat que je partage, j'ai correspondu lorsqu'il s'est associé à plusieurs de nos initiatives. Cette cristallisation de solidarités, prolongement naturel dans un moment particulier de nos efforts communs quotidiens, est, en soi, un fait politique considérable car elle va bien audelà du «cas Jean Fabre». Telle est bien l'idéeforce que l'on retrouve dans les centaines de témoignages, écrits et oraux, que nous ne pouvons malheureusement pas tous publier, de nos amis des syndicats paysans et ouvriers du Brésil, de Colombie, du Honduras, du Venezuela, des USA, de France, de Belgique, des confédérations syndicales internationales, de parlementaires français et italiens, de militaires ou exmilitaires du plus haut rang, de juristes, de secrétaires de partis, de leaders de mouvements écologistes, de professeurs, de prêtres, pasteurs et évêques de tous lieux et continents, de responsables d'organisations qui travaillent pour la paix et le désarmement, en Europe, au Japon, aux USA, au Sri Lanka ou en Australie, de membres de la résistance, et aussi d'individus inconnus du public mais qui cherchent la cohérence dans leur vie et pour cela risquent leur liberté, parce que, de cette façon, il devient possible que nous tous risquions moins la destruction, la mort et l'écrasement.
Les pages qui suivent font donc partie du patrimoine des non-soumis, de ceux et celles qui ne désespèrent pas, ou ne veulent pas désespérer des possibilités de chacun d'entre nous. Nous pouvons et devons accroître l'histoire des conquêtes faites par des majorités de citoyens et réduire celle des choses subies, des soumissions aveugles et des passivités. Nous devons pouvoir revendiquer des changements qui soient le produit de notre volonté. Car nous comptons. Vous comptez. En tant que vie qui a un sens en soi, en tant que vie qui s'exprime, qui peut changer les conditions de notre existence à tous. Il est faux que dans une société de vivants tout est déjà joué. L'inéluctable ne concerne que la société des esprits et des morts.