Premières condamnations pour crimes contre l'humanité au Timor-Oriental

Avec AFP
Le Monde

Dix membres d'une milice pro-indonésienne ont été condamnés, mardi 11 décembre au Timor-Oriental, à des peines allant jusqu'à 33 ans de prison lors du premier procès pour crimes contre l'humanité organisé dans ce petit territoire ravagé par les violences en 1999.
Les accusés, appartenant à un groupe de miliciens connus sous le nom de "Tim Alpha", ont été condamnés pour les meurtres de deux religieuses, de trois prêtres et d'un journaliste indonésien entre avril et septembre 1999, dans la partie est du territoire. Ils étaient poursuivis pour meurtres, torture, persécution et déplacements forcés de populations.
Cinq d'entre eux ont été reconnus coupables d'avoir torturé un partisan de l'indépendance. Tous étaient impliqués dans une embuscade contre un convoi de réfugiés le 25 septembre 1999 au cours de laquelle les cinq religieux, ainsi que trois autres personnes, avaient été tués.
Le procès, qui avait commencé en juillet, s'est déroulé à Dili devant une cour spéciale, dirigée par le juge brésilien Marcello da Costa, assisté d'un juge Burundais, Sylver Ntukamazina et d'un juge est-timorais, Maria Natercia Gusmao Pereira.
Au terme du jugement, le "commandant" de la milice, Joni Marques, ainsi que deux autres miliciens ont été condamné à 33 ans et quatre mois de prison. Les autres peines s'échelonnent de 4 à 23 ans de prison.
Ces milices, entraînées et aidées par l'armée indonésienne, avaient multiplié les exactions pour terroriser la population et l'empêcher de voter pour l'indépendance, lors du référendum du 30 août 1999 organisé sous les auspices de l'ONU. Après le vote, les milices, comme la redoutable milice "Aitarak", avaient rasé une large partie des infrastructures, brûlé des villages entiers, et forcé plus d'un quart de la population à les suivre au Timor occidental (indonésien) voisin.
Le bilan de ces exactions varie entre 600 et 2 000 morts, selon les sources. Les violences avaient entraîné l'envoi en septembre d'une force de l'ONU sous commandement australien. Elles avaient, par ailleurs, conduit les Etats-Unis à suspendre leur coopération militaire avec l'armée indonésienne.
Le Timor, qui est une ex-colonie portugaise annexée en 1976 par l'Indonésie, avait alors été placé sous administration de l'ONU. En 2002, l'ex-chef rebelle est-timorais Xanana Gusmao devrait devenir le premier président du ce pays de 700 000 habitants, très pauvre, alors que l'ONU allégera graduellement les effectifs de sa mission, qui compte notamment quelque 8 000 casques bleus. La mission de maintien de la paix de l'ONU au Timor-Oriental est la deuxième plus importante dans le monde après celle menée en Sierra Leone.
M. Gusmao s'est prononcé pour une future amnistie des crimes commis il y a deux ans, contre l'avis de la plupart des responsables politiques est-timorais. Une très grande majorité d'Est-Timorais souhaitait aussi que des auteurs de crimes de sang soient effectivement jugés et reconnus coupables avant que puisse réellement s'amorcer un vrai processus de réconciliation.