"Pas de sortie du tunnel en vue" au Proche-Orient, déplore Moubarak


AFP

Le président égyptien Hosni Moubarak s'est déclaré pessimiste sur les chances d'une sortie de crise au Proche-Orient, estimant que le bout du tunnel n'était pas en vue, dans un entretien publié jeudi sur le site internet du magazine américain Time.
"On ne voit pas le bout du tunnel. Cela déclenche une énorme frustration dans toute la région et conduit à l'escalade dont nous sommes témoins aujourd'hui", estime M. Moubarak dans cet entretien dont les réponses ont été fournies par écrit précise Time.
"Les opérations militaires (au Liban) ne résoudront pas le problème d'Israël avec le Hezbollah. Un cessez-le-feu immédiat est l'absolue priorité", juge-t-il, en regrettant que la conférence de Rome se soit conclue par un échec. "Le Conseil de sécurité de l'Onu a un rôle à jouer et doit prendre ses responsabilités", ajoute-t-il.
Selon M. Moubarak, "la stagnation du processus de paix est au coeur" de la crise au Proche-Orient. "L'escalade actuelle au Liban et à Gaza constitue simplement le symptôme d'une situation instable chronique au Proche-Orient", estime-t-il. Il regrette qu'"aucun progrès" n'ait été réalisé par rapport aux objectifs de la Feuille de route, plan international de paix prévoyant la création d'un Etat palestinien au côté d'Israël.
Interrogé sur le rôle de Damas, M. Moubarak estime que "la Syrie est un important pays arabe dont la stabilité contribue à la stabilité de toute la région". "Essayer d'isoler la Syrie serait contre-productif", met-il en garde.
A propos de l'Iran, il estime que "le problème avec l'Iran se rapporte à son opposition affichée depuis longtemps au processus de paix". "Cette position a compliqué davantage une situation déjà compliquée dans la région", reconnaît-il. Il souhaite que Téhéran "utilise son influence sur les groupes fondamentalistes et radicaux de la région dans l'intérêt d'un Proche-Orient plus sûr et plus stable".
Le Hezbollah et le Hamas "doivent revoir leurs politiques et leurs tactiques", estime le président égyptien. Concernant le Hamas, M. Moubarak indique que ce mouvement palestinien devait "prouver qu'il existe un partenaire palestinien capable de négocier un accord de paix avec Israël". Le Hezbollah représente "une partie du peuple libanais" mais, ajoute M. Moubarak, "personne ne devrait être autorisé à établir un Etat dans l'Etat, ni au Liban, ni ailleurs".
Quant à la réponse d'Israël aux attaques du Hezbollah, "elle est pour le moins disproportionnée", juge le chef de l'Etat égyptien. Il s'agit d'une "punition collective" à l'encontre des Palestiniens et des Libanais, estime-t-il. "Les effusions de sang et les destructions causées par les Israéliens sont allées trop loin. La réponse disproportionnée des Israéliens a déclenché une rage croissante chez les Arabes, les musulmans et dans le monde entier", ajoute-t-il.
Le président Moubarak s'est montré également sévère avec la diplomatie américaine estimant que Washington avait fait "trop peu, trop tard". "La situation aurait pu être contenue au début. A l'inverse, on lui a permis de s'aggraver", regrette-t-il.