Pékin libère la dissidente ouïgoure Rebiya Kadeer


AFP

La dissidente ouïgoure Rebiya Kadeer a été libérée jeudi pour raisons médicales à la suite d'une longue campagne de soutien, et de l'annonce que Washington ne proposera pas cette année de motion critiquant la Chine devant la commission des droits de l'Homme de l'ONU. Sa libération intervient à trois jours d'une visite à Pékin de la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice, durant laquelle laquelle la question des droits de l'Homme devrait être abordée. Arrêtée en août 1999, Rebiya Kadeer avait été condamnée l'année suivante à huit ans de prison pour avoir "livré des secrets d'Etat à l'étranger". Selon les minutes de son procès, ces informations étaient en fait des coupures de presse sur le traitement discriminatoire des Ouïgours, principale minorité de la vaste région à majorité musulmane du Xinjiang. En mars 2004, elle avait vu sa peine réduite d'un an pour bonne conduite. Quelques heures avant la décision de libérer Mme Kadeer, qui est âgée de 58 ans et souffre d'un problème cardiaque, les Etats-Unis ont fait savoir qu'ils n'introduiront pas cette année de motion critiquant la Chine devant la Commission des droits de l'Homme de l'ONU. "Rebiya Kadeer a été libérée et se trouve actuellement à bord d'un avion en route pour les Etats-Unis", a déclaré à l'AFP John Kamm, le directeur de la fondation Duihua (dialogue). Selon ce défenseur des droits de l'Homme, qui a participé aux négociations sur sa libération, les autorités chinoises "tenaient à la faire sortir avant la visite de Condoleezza Rice".

"Selon des informations reçues par le gouvernement chinois, le directeur de la prison des femmes de la Région autonome ouïgoure du TURKESTAN ORIENTAL (Xinjiang) (nord-ouest) a ordonné la libération de Rebiya Kadeer pour raisons médicales le 17 mars 2005", a annoncé la fondation Duihua dans un communiqué. La fille de la dissidente Akida Rouzi, a exprimé sa joie et ses remerciements au gouvernement américain. "Cela fait cinq ans et demi que nous attendons cela. Notre joie est immense qu'elle soit enfin libre", a-t-elle déclaré à l'AFP.

"Nous remercions le gouvernement américain pour les efforts qu'il a faits pour nous", a-t-elle poursuivi. Plusieurs organisations de défense des droits de l'Homme, dont Amnesty International, ainsi que des membres du Congrès américain avaient demandé la libération de Rebiya Kadeer. Femme d'affaires et députée du parlement du Xinjiang, elle avait fondé en 1997 une association pour la formation et l'emploi des femmes ouïgoures. De nombreux membres de cette minorité turcophone se plaignent de la discrimination économique et de la restriction de leur liberté religieuse par les Chinois hans (ethnie majoritaire), de plus en plus nombreux dans la région. La libération de Rebiya Kadeer tombe également le jour de discussions à Bruxelles entre responsables chinois et de l'Union européenne qui devraient porter sur la levée de l'embargo européen contre les ventes d'armes à la Chine, en place depuis la sanglante répression du mouvement de la place Tiananmen en 1989. Des responsables européens ont fait savoir à plusieurs reprises à Pékin que des progrès en matière de droits de l'Homme faciliteraient la levée de l'embargo.