A Orléans, l'interpellation spectaculaire de deux réfugiés tchétchènes

Régis Guyotat
Le Monde

Orléans de notre correspondant régional. Deux réfugiés tchétchènes ont été interpellés, le 15 février, à Orléans, par des hommes du Raid (Recherche, assistance, intervention, dissuasion) et de la direction départementale de la sécurité publique de l'Essonne (DDSP).

Une bonne dizaine de policiers, encagoulés et revêtus d'une combinaison noire, ont fait irruption dans un appartement du centre d'Orléans, où vivaient plusieurs réfugiés et demandeurs d'asile tchétchènes. D'après les proches des deux interpellés, les forces de l'ordre auraient tiré trois coups de feu au moment de l'assaut - deux dans la porte palière et un dans une cloison.

Agés de 24 et 25 ans, les deux hommes arrêtés sont frères et venaient d'obtenir le statut de réfugiés. Ils ont été conduits à Evry (Essonne) et mis en examen, le 17 février, pour "violences volontaires et vol en réunion". Ils ont ensuite été incarcérés dans un établissement pénitentiaire, mais le parquet d'Evry refuse de préciser lequel.

La justice leur reproche d'avoir commis une agression en juillet 2004 à Corbeil-Essonnes au domicile d'un ressortissant russe. Une affaire "objectivement d'une gravité moyenne", reconnaît-on au parquet d'Evry. Dès lors, pourquoi les hommes du Raid ont-ils été requis pour cette interpellation ? "Ils sont nos voisins à Bièvres, explique-t-on à la DDSP de l'Essonne. Quand on a des opérations qui sortent un peu de l'ordinaire, on les prend à titre d'entraînement. Dans ce cas, ce n'était pas une nécessité absolue."

"CE SONT DE JEUNES INTELLECTUELS"

Une telle intervention a des allures d'opération antiterroriste, aux yeux des proches des deux interpellés, qui ne comprennent pas ce qui s'est passé. La violence de l'"assaut" a ému le quartier, fréquenté par de nombreux immigrés. "Beaucoup de demandeurs d'asile passent dans cet appartement, ne serait-ce que pour prendre un thé, avoir chaud, et surtout remplir leur dossier d'asile, car ce n'est pas facile d'écrire quand on est à la rue !", déclare Ahmed, un des porte-parole de la communauté tchétchène à Orléans, où sont hébergées une cinquantaine de familles.

Les deux interpellés avaient été logés par France terre d'asile, à leur arrivée en France, en janvier 2004. L'un d'eux avait obtenu un diplôme de dentiste à Grozny, et son jeune frère étudiait à la faculté de pédagogie. Ils avaient dû fuir, leur famille étant suspectée d'avoir hébergé un "rebelle". "Ce sont de jeunes intellectuels qui ont quitté leur pays pour vivre une vie normale, dans un pays normal", affirme Ahmed. Celui-ci s'inquiète de l'état de santé de l'un des deux frères, qui serait cardiaque et qui aurait reçu des coups lors de son arrestation.

Le Comité Tchétchénie, à Paris, dénonce la "multiplication des pressions policières", qui s'exercent depuis quelques mois sur des membres de la communauté réfugiée en France. "Il y a une suspicion sur tout ce qui est tchétchène dans la tête de certains fonctionnaires, en particulier de police, déclare-t-on au comité. Dans leur esprit, le fait d'être Tchétchène alimente les soupçons d'activité terroriste. Cela rend service à l'Etat russe et à Vladimir Poutine, qui recherchent des éléments permettant d'accréditer leur discours, selon lequel, en Tchétchénie, il n'y a pas de lutte pour l'indépendance ou de résistance, mais uniquement des bandes de terroristes."