Mutilations génitales féminines: les femmes renforcent la lutte au niveau international

Moussa Sawadogo
Courier ACP-UE magazine

Sur invitation de trois associations : Associazione Italiana Donne per lo Sviluppo (A.I.D.O.S.), No Peace Without Justice et Tanzania Media Womens' Association, et avec le soutien de quelques députés européens, des dizaines d'associations de femmes, venues de plusieurs continents, se sont retrouvées les 10 et 11 décembre 2002, à l'occasion de la Journée mondiale des droits de l'homme, au Parlement européen à Bruxelles pour lancer une campagne internationale dénommée " Stop aux mutilations génitales féminines ". Moussa Sawadogo " Oui au respect des autres cultures. Mais à condition qu'elles respectent les droits humains. » Ces propos tenus par Mme Anna Karamanou, députée européenne et présidente de la Commission des droits de la femme et de l'égalité des chances, en disent long sur la volonté des femmes d'en finir avec les mutilations génitales féminines (MGF). La mutilation génitale féminine est une pratique traditionnelle, particulièrement courante en Afrique et au Moyen-Orient, qui consiste en l'ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme. Elle peut également consister en une réduction de l'ouverture vaginale. Quant au terme « infibulation », il fait référence à la forme la plus radicale de la mutilation. Les MGF sont généralement pratiquées sur des fillettes de 4 à 12 ans comme rite de passage de l'enfance à l'âge adulte. Cependant, elle est pratiquée, parfois, juste après l'accouchement du premier enfant. Selon l'Organisation mondiale de la santé, quelque 130 millions de femmes et de fillettes, surtout en Afrique, ont subi des MGF. Le phénomène persiste avec une moyenne de deux millions par an. En Somalie par exemple, 98 % de femmes sont touchées par cette pratique.

La pratique gagne du terrain dans le monde entier

De nos jours, la MGF est répandue dans le monde entier. En raison des mouvements des populations, on retrouve aujourd'hui ce phénomène en Europe, en Amérique, en Australie. Selon Isabelle Gillette-Faye, sociologue et présidente du GAMS (Groupe femmes pour l'abolition des mutilations sexuelles), " il existe aujourd'hui, dans l'espace de l'Union européenne, 180 000 femmes et fillettes mutilées ou menacées de l'être. Elles sont environ 43 000 en France, 40 000 en Italie, 37 000 en Allemagne et 33 000 au Royaume Uni ". Dans les pays en développement, particulièrement dans le milieu villageois, la mutilation génitale féminine pose de graves problèmes d'hygiène et de santé. Les instruments utilisés, couteau e cuisine, morceau de verre ou lame à raser, ne sont pas souvent stérilisés et sont employés sur plusieurs filles à la fois. Cette situation favorise la contamination de maladies transmissibles par le sang comme le VIH/SIDA. Dans le cas de l'infibulation, les complications obstétriques sont fréquentes. Dans certains pays, pour éviter que les mutilations génitales féminines soient source de maladies, les MGF sont effectuées par le personnel médical. C'est le cas, par exemple, en Egypte, où la moitié des MGF sont réalisées par des médecins. Mais cela ne change rien au fait que la mutilation reste une violation de l'intégrité physique de la femme. "Même si les parents qui font mutiler leurs filles, ne le font pas avec l'idée de leur faire du mal, il n'en reste pas moins qu'il s'agit d'une violation des droits fondamentaux reconnus aux filles et aux femmes : le droit à l'intégrité physique, à la santé, à la dignité, à l'égalité, et ce quel que soit le degré d'excision", expliquent les initiateurs de la présente campagne. La campagne " Stop aux mutilations génitales féminines", financée par l'Initiative européenne pour la démocratie et les droits de l'homme, veut accroître la sensibilisation de l'opinion publique, en Afrique ainsi qu'au niveau international. Un appel solennel a donc été lancé afin de recueillir le maximum de signatures. La campagne entend également recueillir et diffuser les informations sur les MGF. Un site Internet a été créé à cet effet (Voir www.stopfgm.org).

Etat véritablement démocratique, passage obligé

Au niveau international, les mutilations génitales féminines sont incriminées par le droit. La Convention sur les droits de l'enfant, ratifiée par l'ensemble des pays africains, la Déclaration des Nations unies sur l'élimination de la violence à l'égard des femmes, la Charte de l'enfant africain et bien d'autres textes condamnent les MGF. Dans plusieurs pays africains, cette pratique est aujourd'hui considérée comme un délit passible d'emprisonnement. Pour les femmes, il s'agit donc de veiller à l'application de ces différents textes. Là-dessus, les députées européennes ne manquent pas d'idées. L'eurodéputée irlandaise Mary Banotti, propose de mieux divulguer les conclusions des travaux de la rencontre dans son pays et au sein du Parlement européen. Kathalijne Buitenweg, eurodéputée des Pays-Bas, demande, quant à elle, une coopération judiciaire au niveau mondial sur la question. Dans le même sens, la députée Elena Valenciano du Parti socialiste espagnole souhaite la création d'une organisation mondiale à l'image de l'ONUSIDA. La députée Emma Bonino d'Italie, pionnière dans la lutte contre les MGF, propose de mener le combat sur le terrain politique. "Nous devons atteindre le domaine politique, parce qu'il n existera jamais aucune liberté pour les femmes africaines, arabes ou asiatiques sans l'avènement de la démocratie politique dans leurs pays ", dit-elle. Pour beaucoup de chercheurs, les mutilations génitales féminines sont un moyen pour les hommes, dans le milieu traditionnel, de maintenir la femme sous leur domination. C?est donc dire que cette pratique ne cessera que si la femme dispose de tous les moyens pour faire prévaloir ses droits. Un Etat réellement démocratique semble alors être le passage obligé.