Mort de Maskhadov: un quotidien russe met en doute la version officielle


AFP

Le quotidien russe Moskovski Komsomolets a mis en doute mardi la version des autorités russes, selon laquelle le chef des indépendantistes tchétchènes Aslan Maskhadov a été tué dans une maison lors d'une opération spéciale des services de sécurité russes au nord de Grozny.

"Maskhadov a été interrogé avant d'être tué par balles, puis son corps a été amené dans le village de Tolstoï-Iourt où une opération spéciale a été simulée", soutient le quotidien russe, dont le correspondant, généralement bien informé sur les affaires tchétchènes, s'est rendu à Tolstoï-Iourt.

Maskhadov avait "été pris, en même temps que ses gardes du corps, sans combat, après avoir été invité à discuter", ajoute le quotidien faisant référence à des promesses de négociations.

Le journal affirme que le sous-sol, où selon les autorités russes se cachait Aslan Maskhadov depuis octobre dernier, n'était pas équipé de système de ventilation et que le leader indépendantiste n'aurait pas pu y demeurer plus de dix minutes sans manquer d'air.

Il ajoute qu'il n'y avait pas non plus de toilettes dans le bunker, et que Maskhadov aurait régulièrement dû en sortir, ce qui n'aurait pas manqué d'attirer l'attention de voisins.

Il rappelle en outre que jusqu'à présent, les chefs de la rébellion tchétchène avaient toujours fait aménager des "sorties de secours" dans les caches où ils s'étaient trouvés.

"Le sous-sol de la maison de Goudermes (est) où Maskhadov se cachait il y a deux ans avait un passage souterrain vers le quartier voisin", note Moskovski Komsomolets.

Or le "bunker" de Tolstoï-Iourt n'offrait aucune échappatoire en cas d'intervention des forces russes. L'armée russe a fait exploser lundi la maison dans laquelle aurait été tué le président indépendantiste tchétchène.

Le journal assure que la maison en question avait deux sous-sol. L'un était "celui où la maîtresse de maison gardait ses légumes, ses confitures, des balais, des râteaux et d'autres ustensiles (...).

C'est là que gisait le corps de Maskhadov (présenté aux caméras de télévision)" et aucune explosion n'y a eu lieu. L'autre sous-sol était le bunker où prétendument se cachait le leader indépendantiste. "L'entrée en est très étroite" et aucun journaliste n'a "pu y entrer ni en photographier l'intérieur", plein de terre après une explosion.

"Pourquoi a-t-on choisi Tolstoï-Iourt pour cette mise en scène", s'interroge le journal. Le village est situé dans une zone calme depuis le début de la guerre, où "il n'y a pas de combattants" et "où prospère le trafic illégal de pétrole", note le quotidien qui en conclut que le village est sous le contrôle de l'administration tchétchène pro-russe, que ses habitants sont "loyaux" au pouvoir en place, voire "partagent les revenus (du trafic) avec les autorités".

Réagissant aux mises en doute de la version officielle, le président tchétchène pro-russe Alou Alkhanov, interrogé par l'agence Interfax, a relevé mardi n'avoir "pas d'autres renseignements" que les informations officielles. "Il n'y a aucune raison de falsifier les faits", a-t-il ajouté. "Selon mes informations, Maskhadov a été éliminé à Tolstoï-Iourt et exactement de la façon annoncée par le chef du Service fédéral de sécurité Nikolaï Patrouchev".