Message écrit

Aux distingués Membres du Parlement Européen et personnalités internationales,
Le Bureau International d'Information Bouddhiste, à Paris, m'a transmis votre invitation pour un message à la Conférence internationale sur la Birmanie, le Laos et le Vietnam que vous organisez au Parlement Européen les 16 et 17 septembre 2002.
Je remercie sincèrement le comité d'organisation d'avoir pensé à moi, un vieux bonze bouddhiste détenu en exil intérieur depuis 1982, dans le village de Cho Chua, arrondissement de Nghia Hanh, province de Quang Ngai, sans avoir jamais su quel crime j'avais commis ni avoir eu le droit à un procès. Depuis plus de 20 ans, j'ai écrit des lettres innombrables aux dirigeants vietnamiens leur demandant les raisons de ma détention. Ils n'ont jamais répondu ni fait aucun geste pour me faire libérer.
Ce message à votre Conférence aurait dû venir du Vénérable Thich Quang Do, Président de Vien Hoa Dao, l'Institut pour la Propagation de la Foi de l'Eglise Bouddhique Unifiée du Vietnam. Hélas, en juin 2001, le Vénérable Thich Quang Do a été condamné à 2 ans de détention administrative et est à présent détenu incommunicado au Monastère Zen Thanh Minh à Ho Chi Minh Ville. Son seul "crime" a été de lancer un Appel pour la Démocratie au Vietnam au nom de l'Eglise Bouddhique Unifiée du Vietnam (EBUV), proposant un plan de transition non-violente vers la démocratie. Il avait également annoncé qu'il dirigerait une délégation de l'Eglise Bouddhique Unifiée du Vietnam dans la province de Quang Ngai pour me ramener à Ho Chi Minh Ville pour que des soins médicaux m'y fussent prodigués. A présent, il est emprisonné dans sa propre chambre, privé de tout contact avec le monde extérieur.
Je ne cite que deux cas — le mien et celui du Vénérable Thich Quang Do. Mais il y en a tant d'autres qui prouve qu'aujourd'hui, au Vietnam, nous les bonzes, les nonnes et les laïcs bouddhistes sommes privés de toute liberté religieuse et interdits de pratiquer les enseignements laissées par notre Maître, le Bouddha, il y a 2500 ans. Non seulement nous avons perdu notre liberté religieuse, mais dans le même temps, nous sommes privés des libertés fondamentales d'expression, de réunion, de circulation et de conscience garanties par la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme et le Pacte international relatif aux droits civil et politiques. Afin de comprendre la véritable situation des droits de l'Homme et de la liberté religieuse au Vietnam, je vous suggère de vous référer à la 75ème session du Comité des Droits de l'Homme des 11-12 juillet 2002 à Genève et à la confrontation entre les experts des Nations Unies et la délégation vietnamienne menée par le Vice-Ministre de la Justice Ha Hung Cuong. Les Observations et Recommandations en 23 points du Comité des Droits de l'Homme des Nations Unies à l'intention de la République Socialistes du Vietnam sont particulièrrement révélatrice (réf. CCPR/CO/75/VNM).
En ces temps sombres pour les droits de l'Homme et la liberté religieuse au Vietnam, j'accueille chaleureusement l'initiative des Membres du Parlement Européen et des personnalités du monde entier de se réunir pour cette Conférence sur la Birmanie, le Laos et le Vietnam. C'est seulement en apportant des informations et s'écoutant les uns les autres que nous pourrons pleinement apprécier toute la souffrance et l'indicible injustice endurée par l'humanité aux quatre coins du monde. Ecouter et se comprendre sont la première étape pour développer la compassion, d'où jaillit la détermination d'éliminer toute la souffrance, l'ignorance et le fanatisme. C'est le chemin suivi inlassablement par les Bouddhistes vietnamiens au cours de leur histoire de deux mille ans.
Au nom des Instituts bicaméraux de l'Eglise Bouddhique Unifiée du Vietnam, j'envoie mes hommages fraternels à la Conférence et souhaite à tous les prestigieux participants le succès. J'applaudis les efforts de tous, personnalités, Membres du Parlement et organisations de l'Europe et des Etats-Unis, et présente mes vœux les plus chaleureux à tous les représentants du Cambodge, du Laos, de la Birmanie, de la Thailande et du Vietnam.

Ecrit dans la province de Quang Ngai, Ere Bouddhique 2546 – 9 September 2002, Bikkhu THICH HUYEN QUANG, Président l'Institut du Sangha