L'UE rassure la Chine sur sa volonté de lever l'embargo sur les armes


AFP

L'Union européenne (UE) s'est efforcée jeudi de rassurer la Chine sur sa volonté de lever son embargo sur les livraisons d'armes, malgré "l'atmosphère compliquée" créée par le vote à Pékin de la nouvelle loi anti-sécession visant Taïwan. "Nous travaillons au niveau politique à cet objectif. Nous voulons qu'il devienne réalité. Nous travaillons très dur entre nous sur les compromis à trouver", a déclaré le Haut représentant pour la politique étrangère de l'UE Javier Solana. "Le plus tôt sera le mieux", a-t-il ajouté, après une rencontre avec le ministre chinois des Affaires étrangères Li Zhaoxing. Venu plaider à Bruxelles et Luxembourg la cause de son pays, le chef de la diplomatie de Pékin s'est montré "confiant" dans l'issue du dossier, malgré l'opposition des Etats-Unis à la volonté européenne de lever l'embargo sur les armes. "Je crois que l'Union européenne (...) aura assez de sagesse et de courage politique pour lever dès que possible cette mesure", a déclaré M. Li, qualifiant de nouveau l'embargo d'"irrationnel" et "discriminatoire". Tout en s'efforçant de déconnecter les deux dossiers, M. Solana a pointé du doigt le fait que la nouvelle loi anti-sécession avait créé une "atmosphère un petit peu plus compliquée avec certains pays et certains parlements nationaux" au sein de l'UE. "Nous allons voir comment les choses évoluent", a-t-il ajouté, répétant que "la volonté politique reste d'oeuvrer" à une levée de l'embargo. Le Haut représentant de l'UE a refusé en revanche de s'avancer sur une date. "Nous travaillons aussi vite que nous pouvons, mais je ne peux pas vous garantir" une date, a-t-il dit. Des responsables européens ont laissé entendre ces derniers jours que la nouvelle loi votée lundi par le parlement chinois, qui autorise le recours à la force si Taïwan proclame son indépendance, pourrait avoir une influence négative, au moins en termes de calendrier, sur la levée de l'embargo. La loi anti-sécession "va permettre de promouvoir une solution pacifique au problème de Taïwan et de promouvoir la réunification pacifique de la Chine. Elle n'a rien à voir avec la levée de l'embargo", a plaidé au contraire Li Zhaoxing auprès de ses interlocuteurs belges et européens. L'embargo sur les livraisons d'armes à la Chine avait été décrété par les chefs d'Etat et de gouvernement européens en 1989, en réponse à la répression des manifestations pour la démocratie de la place Tiananmen. Mais un groupe de pays emmenés par la France et l'Allemagne affirment aujourd'hui qu'il est dépassé, compte tenu des changements intervenus depuis 15 ans et de la puissance politique et économique acquise par la Chine, désormais incontournable sur la scène internationale. A l'inverse, les défenseurs des droits de l'Homme jugent que la levée de l'embargo, envisagée par l'UE pour fin juin, serait un mauvais signal adressé à Pékin. Les Etats-Unis, appuyés par Taïwan et le Japon, craignent pour leur part qu'elle ne mette en danger l'équilibre militaire en Asie orientale. Le président américain George W. Bush avait exprimé lors de sa visite à Bruxelles le mois dernier sa "profonde préoccupation" à l'égard du projet européen. A Washington, le Congrès américain a menacé depuis de prendre des mesures de représailles commerciales si l'UE le concrétise. Selon M. Solana, l'envoi la semaine dernière aux Etats-Unis d'une mission européenne a néanmoins permis de clarifier ce qu'il a qualifié de "malentendus".