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Liberté de pensée,<br> liberté de religion au Laos
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Le Laos est une terre secrète, une terre de paradoxes, où l’hospitalité et les sourires légendaires des Laotiens déroutent et cachent avec dignité un pays dirigé depuis 26 ans par un parti unique, un régime totalitaire qui prive les citoyens de leurs libertés d’expression, de manifestation, d’association et de religion.Après les sourires, les contradictions se situent au niveau de la Constitution, que la République Démocratique Populaire Lao a adoptée en 1991, plus de 15 ans après l'arrivée au pouvoir des communistes. Si certains articles de la Constitution (articles 30 et 31) garantissent les droits fondamentaux des Laotiens, l’article 3, en revanche, reconnaît, institue et impose le monopole du parti communiste, le Parti Populaire Révolutionnaire Lao, démontrant ainsi une incompatibilité évidente avec les valeurs démocratiques et les Conventions Internationales que la République Démocratique Populaire Lao a pourtant signées.
Les contradictions sont vécues au quotidien par les Laotiens au travers des déclarations officielles du régime et de la politique pratiquée par le gouvernement. Ainsi, les dirigeants du Parti affirment que la République Démocratique Populaire Lao respecte les libertés fondamentales, mais dans le même temps le Ministère de l’Intérieur -- à travers le Front Lao pour la Construction Nationale, la Fédération des Syndicats Lao, la Jeunesse Populaire Révolutionnaire Lao, l’Union des Femmes Lao qui sont des filiales du Parti unique -- exerce un contrôle strict sur les activités et les déplacements dans chaque quartier et chaque village.
Le droit de sourire et de danser est donné aux Laotiens. Le droit à la liberté de pensée aussi, mais à condition que cette pensée soit muette ou soit en concordance avec la politique du Parti Populaire Révolutionnaire Lao. Dès que cette liberté de pensée se concrétise par des paroles, des écrits, des pratiques à l’encontre des lignes du Parti unique, cette liberté devient alors ennemie de l’Etat, portant atteinte à la sécurité nationale.
Et les ennemis de l’Etat disparaissent ou sont arrêtés, torturés, isolés dans des cellules noires, laissés sans soins médicaux, et peuvent rester en prison pendant des années, sans procès.
Les exemples sont nombreux. En 1990, deux membres du gouvernement communiste lao et un haut-fonctionnaire du ministère de la Justice -- MM Thongsouk SAYSANGKHI, Latsamy KHAMPHOUI et Feng SACKCHITTAPHONG, pour avoir adressé une lettre ouverte au président de la République et demandé un régime multipartite et démocratique, ont immédiatement été arrêtés, envoyés dans un camp de travaux forcés, condamnés, deux ans plus tard, à 14 ans de prison. C'est dans ce camp du Nord du Laos, renommé pour ses traitements cruels, inhumains et dégradants, que Thongsouk SAYSANGKHI mourut en février 1998. Les deux autres, âgés de plus de 60 ans, malades et pouvant à peine marcher, y sont toujours.
Le 30 mai 2002, après de nombreuses demandes auprès du gouvernement Lao restées sans réponse, l’UNESCO a lancé un appel publique pour demander la libération, à titre humanitaire, de Latsamy KHAMPHOUI.
Au Laos, aucune opposition à la politique de l’Etat n'est tolérée, y compris sous forme de réunions pacifiques.
Chaque tentative de manifestation pacifique appelant à des changements démocratiques, a été suivie par des arrestations massives et des disparitions, comme celles du 26 octobre 1999 à Vientiane, celle du 17 novembre 2000 à Champassak, et celle du 28 octobre 2001 encore à Champassak.
Le 26 octobre 1999, une manifestation pacifique à Vientiane -- prévue de grande ampleur, rassemblant des étudiants, des enseignants, des fonctionnaires, des commerçants et de mères au foyer -- appelait à une vraie démocratie, une vraie indépendance, un système multipartite, un respects des droits de l’homme, le droit aux soins médicaux , le combat de la corruption, l’annulation de l'Accord de coopération et d'amitié spéciales Lao-Vietnam du 18 Juillet 1977.
Cette manifestation a été immédiatement encerclée par des policiers en civil. Des centaines de manifestants ont été arrêtés, dont cinq leaders MM. Thongpaseuth KEUAKOUN, Sengaloun PHENGPHANH, Bouavanh CHANMANIVONG, Khamphouvieng SISAAT et KEOCHAY.
Les autorités laotiennes ont toujours nié la tenue de cette marche pacifique à Vientiane de même que les arrestations des centaines de personnes liées à cette manifestation.
Le 13 juin 2002, durant la visite d’une délégation de l’Assemblée Nationale Lao au Parlement Européen à Strasbourg, contre toute attente, le vice-président de la Commission Justice de l'Assemblée Nationale du Laos, a affirmé que ces cinq personnes ont été jugées depuis juin 2001 en tant que criminels de droit commun et purgent une peine, dont la durée n’est pas précisée, dans une prison de Vientiane.
A la demande de visite formulée par un député européen, le député laotien répondit que ces leaders ayant été condamnés pour "un crime ordinaire, si la Délégation du Parlement Européen demande à aller les voir, elle devrait alors aller voir tous les prisonniers de droit commun dans toutes les prisons du Laos".
Les familles de ces cinq responsables du "Mouvement du 26 Octobre" n’ayant jamais pu les visiter, rien ne prouve qu’ils sont encore vivants, et qu’ils sont tous vivants.
Nous sommes extrêmement préoccupés par le sort de ces cinq leaders. Nous estimons qu’ils sont des prisonniers d’opinion, des défenseurs des droits de l’Homme et doivent être libérés sans condition.
Le Laos est un pays multi-ethnique. Les Laotiens, d’origine lao, qui constitue 68% de la population, sont majoritairement bouddhistes. Les minorités ethniques, dont les ethnies les plus connus sont les laotiens d’origine Hmong, Yao et Khmu, sont essentiellement chrétiens ou animistes.
La majorité des Laotiens étant profondément bouddhistes, le régime actuel a d’abord essayé d’interdire la pratique du bouddhisme au Laos en arrêtant les moines bouddhistes, et en les envoyant dans des camps de travaux forcés.
Près de 20 ans après, dans les années 90, réalisant qu’il était impossible d’interdire aux Laotiens d’aller à la pagode, le régime a changé de méthode. Pour faire bonne figure, ces dernières années, on voit même les dirigeants communistes du pays assister à certaines célébrations bouddhistes.
Parallèlement, le Ministère de l’Intérieur, à travers le Front Lao pour la Construction Nationale, encadre et dirige les moines bouddhistes. Le clergé bouddhique a dû adopter une nouvelle charte en avril 1998. Le Front Lao pour la Construction Nationale exige que les moines étudient le marxisme-léninisme, envoient des rapports hebdomadaires au Ministère de l’Intérieur, obéissent aux directives du Parti de l’Etat et enseignent un "bouddhisme revu et corrigé" par le Font Lao pour la Construction Nationale.
Les laotiens sont libres d’aller à la pagode, mais la pratique du bouddhisme n’est plus ce qu’elle était. L’enseignement des notions de tolérance, de générosité, de respects des autres n’a plus son importance. Maintenant, l’essentiel est de servir les intérêts du Parti unique et de soutirer de l’argent à ceux qui vont à la pagode.
Récemment, le gouvernement a autorisé plusieurs pagodes bouddhistes à recevoir des aides financières provenant de l’étranger. On incite également la diaspora laotienne à l’étranger à se mobiliser pour envoyer de l’argent à la pagode du village natal de chacun.
Malgré les différentes déclarations officielles des autorités laotiennes, la pratique du christianisme et des religions autre que le bouddhisme, est difficile, risquée, et trop souvent, impossible, a part pour le ‘’ Lao Evangelical Church ‘’ et le ‘’ Seventh –Day Adventist Church‘’ qui ont choisi de faire allégeance au Parti Populaire Révolutionnaire Lao.
Il est interdit de distribuer des documents religieux, autres que des documents bouddhiques approuvés par le gouvernement . Ceux qui le font sont arrêtés et condamnés pour ‘’ incitation aux troubles sociaux et à la sécurité nationale ‘’.
Les chrétiens sont empêchés, par la force, de se rendre à leur église. Les portes des églises sont barricadées et de nombreuses églises fermées. Ces deux dernières années, plus de 100 églises existantes depuis le début du 20ème siècles au Laos ont été fermées dont toutes les églises de Hin Heup, province de Vientiane, toutes les églises de Muong Feuang, province de Vientiane, toutes les églises de Champhone, province de Savannakhet, l’église de Sayphouthong, province de Savannakhet, plusieurs églises de Songkhone, province de Savannakhet, toutes les églises de Khamkeut, province de Borikhamsay.
Les chrétiens sont forcés à renoncer, par écrit, à leur religion. Ceux qui le refusent sont arrêtés, emprisonnés, isolés et torturés.
Pour les chrétiens incarcérés à cause de leur religion, les peines de prison varient. Certains ont été condamnés à 12 ans et 15 ans de prisons pour ne pas avoir accepté de renoncer, par écrit, à leur foi. Ceux qui sont libérés après avoir signé un acte de renonciation de leur religion, restent surveillés par les autorités locales et ne sont pas libres de leurs activités et de leurs mouvements.
A ce jour, dans tout le Laos, plus de 100 chrétiens sont en prison pour la pratique de leur religion , principalement dans les provinces de Vientiane, Savannakhet, Luang Prabang, Luang Namtha, Phongsaly, Attapeu et dans la Zone Spéciale de Oudomsay.
En octobre 2001, dans la Zone Spéciale de Oudomsay, pour avoir pratiqué leur religion, Thongchanh a été condamné à 15 ans de prison et Gnot à 12 ans de prison.
A Sayabouri, un pasteur, constamment agressé depuis des années, a été finalement trouvé assassiné en novembre 2001.
En février 2002, dans la province de Vientiane, un autre pasteur a été emprisonné pour avoir ignoré les menaces des autorités et réparé son église.
En mars 2002, deux pasteurs ont été arrêtés dans la province de Savannakhet, pour avoir voulu, selon les termes officielles, ‘’ propager le Christianisme’’.
En avril 2002, 11 chrétiens ont été arrêtés dans la province de Bokèo, pour avoir eu, en leur possession, des Bibles et des documents religieux.
Le mois de juin 2002 a vu une vague d’arrestations de chrétiens dans plusieurs provinces du Laos.
Le 22 juin, dans la province de Vientiane, pour la pratique de la religion chrétienne, 2 personnes ont été arrêtées, dont Khamsay, torturé et gravement blessé.
Toujours en juin 2002, au village de Ban Pa Kha, province de Luang Namtha, le capitaine de police Mok Souvong a arrêté Yao, Seui Chay, Lou One, Sou, Nay Siao, quatre personnes de l'ethnie Yao, en les accusant de ‘’croire et faire croire aux autres Laotiens la religion de Jésus’’.
Le 18 juin, dans la province de Savannakhet, pour la pratique de la religion chrétienne, trois personnes -- Khamphène, Khamphone et Khamthone -- ont été arrêtées au village de Dong Phoung. Les derniers rapports que nous avons reçus nous signalent qu’ils ont été torturés et ont leurs deux jambes bloquées en permanence dans un carcan en bois.
Le 22 juin, puis le 24 juin, également dans la province de Savannakhet, 23 autres personnes ont été arrêtées dont trois femmes.
Dans le courant de 2002, à deux reprises, le ministère de l’Intérieur de la RDP Lao a avisé les différents groupes religieux et les autorités locales que l’Etat garantit la liberté de croyance, tout en soulignant en même temps que la pratique religieuse de chaque religion doit servir les intérêts du Parti Unique.
Quand le gouvernement n’arrive pas à encadrer les églises chrétiennes et les minorités religieuses comme il le fait pour le clergé bouddhique, il choisit délibérément de laisser les autorités locales réprimer les chrétiens et les minorités religieuses.
Comme par hasard, ces minorités religieuses sont principalement – aussi – les minorités ethniques.
Comme par hasard, ces minorités ethniques sont farouchement combatives et anticommunistes.
Ces répressions ne sont ni des incidents isolés, ni des excès de pouvoir pratiqués par des autorités locales. La persécution des défenseurs de droits de l’Homme, des démocrates, des minorités ethniques et des minorités religieuses au Laos est une politique de l’Etat, une politique voulue par le Parti Unique, une politique où les libertés n’ont aucune place et aucun avenir.
Cette négation de liberté a d'ailleurs fait l’objet de deux résolutions au Parlement Européen l’année dernière, condamnant avec fermeté les violations des droits de l’Homme au Laos, des résolutions qui ont suscité un immense espoir pour le peuple lao.
De l’intérieur du Laos, les Laotiens cherchaient à envoyer des messages aux pays donateurs, pour dire que, sans liberté et sans démocratie, le Laos ne pourra jamais se développer et ne pourra jamais sortir de sa pauvreté.
Les accords de coopération entre l’Union Européenne et le gouvernement de la RDP Lao -- comportant dès son article premier des obligations de respect des droits de l’Homme -- représentent, pour les Laotiens opprimés depuis de si longues années dans leur liberté, une assurance que l’Union Européenne avait entendu leur appel.
A la fin du mois de mai 2002, les Laotiens ont appris l’annonce d’un nouveau programme de coopération entre la Commission Européenne et la République Démocratique Populaire Lao, alors qu’aucun processus de changements démocratiques n’est engagé dans le pays.
L’Union Européenne va-t-elle continuer à ignorer les clauses de respects des droits de l’Homme qu’elle a fait inclure dans les accords de coopération avec le Laos et qu’elle a signés ?
Les cris désespérés d’un peuple sans voix et sans droit, seront-ils préférés à d’autres intérêts et seront-ils répondus, encore, par un silence ?
La survie du peuple Lao mérite-t-elle que l’Union Européenne se donne la volonté d’être logique avec elle-même et de respecter, tout simplement, les clauses de son accord ?
Mesdames et Messieurs les députés européens, les questions restent posées.
Je vous remercie.
Inscriptions et contributions 2013
| Giuseppe R. Roma | 590 € |
| Salvatore P. Capistrello | 200 € |
| Giancarlo B. Torino | 30 € |
| Marco B. Merano | 20 € |
| Davide B. Prato | 50 € |
| Giuseppe P. Grottammare | 50 € |
| Maurizio T. Roma | 1.000 € |
| Rosa A. Firenze | 590 € |
| Giuliano G. Sondrio | 590 € |
| Sergio Pasquale R. Cremona | 500 € |
| Total | 326.746 € |
Inscriptions et contributions (online) 2013
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