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Liberté de pensée, <br>Liberté de religion
Mesdames, Messieurs,La question de la liberté religieuse a été crûment posée, la semaine dernière, par l'institution même qui nous reçoit aujourd'hui, je veux parler du Parlement Européen. Il y a un peu plus d'un an, le 5 juillet 2001, le Parlement Européen décidait de l'envoi d'une délégation au Vietnam pour se rendre compte de la liberté religieuse et rencontrer les dignitaires religieux emprisonnés. Cette délégation est partie au début de ce mois.
Elle est partie dans les conditions les plus étranges : Le Vietnam avait refusé a priori aux eurodéputés l'accès aux dignitaires religieux détenus, à savoir le Vénérable Thich Quang Do, numéro 2 de l'Eglise Bouddhique Unifiée du Vietnam, et le Père catholique Nguyen Van Ly. En outre, le voyage devait durer 4 jours, dont 2 réservés à des réunions interparlementaires, ce qui ne laissait pas beaucoup de temps pour apprécier la liberté religieuse dans un pays qui s'étire sur 2500 km du nord au sud !
Cette mission apparaissait pour le moins suicidaire pour une délégation d'enquête et meurtrière pour la liberté religieuse au Vietnam. Les députés européens s'en sont sortis en déclarant à la fin qu'ils n'étaient pas contents et qu'ils s'emploieraient à conditionner l'aide européenne au respect de la liberté religieuse au Vietnam. En outre, ils ont suivi nos conseils en refusant de rencontrer les représentants des Eglises d'Etat. De telles rencontres auraient fait le jeu de la propagande vietnamienne.
Maintenant, il faut voir ce que fera vraiment le Parlement Européen et s'il entraînera dans son sillage la Commission Européenne et le reste de l'Europe. Cette action vraiment concrète du Parlement Européen est essentielle pour le développement futur du Vietnam, car il ne s'agit pas simplement d'aider les Vietnamiens à aller à l'église ou à la pagode. Il s'agit de la culture vietnamienne et de la démocratie.
L'importance de la liberté religieuse en Asie et au Vietnam en particulier
Je dois vous le dire tout de suite, il n'y a pas de liberté religieuse ni de liberté de pensée au Vietnam. La seule religion permise est le Marxisme et la doctrine du Parti communiste Vietnamien. Ceci est inscrit dans l'article 4 de la Constitution vietnamienne : Le Marxisme-Léninisme détient le monopole politique, culturel et social au Vietnam.
Ce monopole est d'autant plus grave qu'en Asie, et plus encore au Vietnam, la liberté de religion, c'est la liberté de pensée. En effet, la religion telle qu'on la pratique au Vietnam ne revêt pas la même signification qu'en Occident. La religion est plus une éthique de vie que véritablement une religion monothéiste. Cela est particulièrement vrai du Bouddhisme, véritable matrice de la nation vietnamienne depuis 2000 ans.
Le Bouddhisme prône la prise de conscience et porte les valeurs de compassion et d'engagement. Au Vietnam, il s'est toujours attaché à lutter pour la justice sociale et contre l'oppression qu'elle soit le fait de l'Empire chinois et des colonisateurs français d'hier, ou des communistes vietnamiens d'aujourd'hui.
Depuis toujours et aujourd'hui encore, les Bouddhistes sont en pointe du combat pacifique pour la justice sociale, la démocratie et les droits de l'Homme. Malheureusement, dans certains pays européens, on ne le comprends pas toujours et les bonzes et nonnes bouddhistes ne sont pas toujours perçus comme des défenseurs des droits de l'Homme, même s'ils luttent inlassablement pour le respect de ces droits et en paient parfois de leur vie.
Cette mésaventure était particulièrement triste du fait que le vénérable Thich Tri Luc, après s'être enfui au Cambodge et obtenu du HCR le statut de réfugié politique, avait disparu, sans aucun doute enlevé par la police secrète vietnamienne et rapatrié de force au Vietnam, ou exécuté...
Il faut bien comprendre que l'objectif des religieux opprimés du Vietnam n'est pas de convertir mais bien de lutter pour une société socialement juste, pour le respect des droits fondamentaux et pour que s'instaure une démocratie au Vietnam : Dès 1993, le Patriarche de l'Eglise Bouddhique Unifiée du Vietnam Thich Huyen Quang, du fond de sa pagode-prison, lançait une Déclaration appelant à des élections libres sous l'égide des Nations Unies, au multipartisme...
L'an dernier, c'est le numéro 2 de l'Eglise Bouddhique Unifiée du Vietnam, le vénérable Thich Quang Do, qui a lancé un "Appel pour la Démocratie au Vietnam", un véritable plan vietnamien en 8 points pour une transition pacifique vers la démocratie. Cet Appel a recueilli le soutien de plus de 300.000 Vietnamiens dans le monde entier, y compris au Vietnam, ainsi que celui de plusieurs centaines de personnalités internationales. Cet Appel a également valu à Thich Quang Do une "détention administrative" de 2 ans, en fait une détention tout court dans sa propre chambre, dans sa propre pagode investie par la Sécurité vietnamienne.
Il est étrange que l'on ne remarque pas qu'au Vietnam, chaque maison, chaque pagode peut devenir du jour au lendemain une prison grâce à un simple décret 31/CP sur la "détention administrative".
Les communistes vietnamiens, eux, ont bien compris le rôle de la religion même si, dans leurs discours, ils le nient. En fait, leurs discours expriment plus ce qu'ils voudrait. Un livre de textes philosophiques de l'Université des Sciences Sociales et Humanités de Hanoi (Psychologie Fondamentale) rapporte ainsi "Décrivant la corrélations entre la vertu et le talent comme composantes de la dignité humaine, le Président Ho avait l’habitude de dire : une personne qui est vertueuse sans être talentueuse est comme le Bouddha — il ne fait aucun mal, mais il n’est d’aucune utilité pour la société".
Pareillement, dans "L’influence des systèmes de pensée et des religions sur le citoyen vietnamien contemporain", Nguyen Tai Thu écrit en 1997 que le Bouddhisme est "spécialement attractif pour les gens seuls ou mourant, les jeunes gens à problèmes ou malheureux en amour, ceux qui sont désillusionnés et ont besoin du soutien de forces surnaturelles... Le Bouddhisme offre une vision du monde nihiliste, [...] une attitude de résignation passive face aux défis de la nature et de la société..."
En réalité, je le répète, tel est le but du Parti Communiste et du gouvernement vietnamiens : Réduire les enseignements religieux à une simple expression cultuelle, quitte à développer les plus grandes superstitions. Il faut que les gens achètent des vœux à force d'offrandes, il ne faut pas qu'ils pensent. Cette politique obscurantiste, qui réduit effectivement la religion à une "opium du peuple", est toute bénéfique pour le Parti et l'Etat : La population ne songera pas à s'émanciper et pour le reste du monde, le Vietnam apparaîtra comme un havre de liberté religieuse : Combien de touristes occidentaux sont-ils revenus du Vietnam émerveillés par les pagodes et les églises partout restaurés et foisonnantes de tous ces rites pittoresques et colorés ?
Et les résultats sont là : Une récente enquête sociologique de 1995 à 1998 faite par l'Institut d'Etudes Religieuses de Hanoi a révélé la situation au Vietnam. Tout d'abord, au Nord (communiste depuis 1954), les Bouddhistes sont beaucoup moins actifs dans le domaine religieux et social que dans le Centre et le Sud. Ensuite, les 2500 bonzes et nonnes de l'Eglise d'Etat n'ont pas la capacité de gérer leurs pagodes, ils sont en nombre insuffisant. Ils peuvent faire des sermons, mais ils ne comprennent pas les sutras bouddhiques. Enfin, la plupart des pagodes ne sont pas gérées par des religieux mais par des cadres locaux du Parti Communiste ou par des cadres à la retraites, et leur gestion se restreint aux activités commerciales... Ce sont les marchands du Temple.
Alors, ne confondons pas liberté de culte et liberté religieuse. Laisser libre cours à la première sans la seconde, c'est faire de la propagande et c'est étouffer l'émancipation des hommes et des femmes de toutes les confessions.
Beaucoup de Vietnamiens, bouddhistes, catholiques, cao dai, hoa hao, protestants luttent actuellement, au prix de leur liberté et parfois de leur vie, contre cette stratégie du Parti Communiste. Ils refusent le diktat et continuent à s'engager contre l'oppression et pour la justice sociale.
Les outils des persécutions religieuses
C'est pourquoi, derrière les images d'intenses activités cultuelles se dissimule l'implacable répression religieuse tous azimuts :
- Tout d'abord, le régime vietnamien s'est attaché à créer sa vitrine religieuse en créant des Eglises d'Etat aux ordres du Parti. Ce vers quoi les autorités vietnamiennes s'empressent de diriger tous les visiteurs étrangers intéressés par la liberté religieuse, comme ce fut le cas la semaine dernière avec la délégation du Parlement Européen. Comme l'ancien responsable des Affaires religieuses Do Trung Hieu, celui qui s'est occupé de fabriquer l'Eglise d'Etat bouddhiste, le disait l'objectif était de "transformer le Bouddhisme vietnamien en une organisation fantoche du Parti".
Il obéissait en cela aux directives du Politburo qui énonçaient : "Les activités des Bouddhistes doivent se cantonner uniquement à la célébration des cérémonies religieuses et à l'entretien du culte dans les pagodes. Il n'est pas question pour elle d'avoir une quelconque activité ayant des rapports avec le peuple et la société (...) Seules les pagodes seront autorisées à servir de sièges, quant à la masse populaire laïque bouddhiste, elle ne pourra jamais s'ériger en unités organiques de l'Eglise". Comme le disait Do Trung Hieu cest le système la "pyramide renversée".
Il y a aujourd'hui 4 Eglises d'Etat (Bouddhiste, Cao Dai, Hoa Hao, Protestante) plus une Eglise catholique reconnue mais largement encadrée. Les Eglises traditionnelles sont interdites de fait. Et en fait, tous les dignitaires de ces Eglises indépendantes sont actuellement détenus d'une manière ou d'une autre. Le Patriarche de l'Eglise Bouddhique Unifiée du Vietnam, le Très Vénérable Thich Huyen Quang, est ainsi emprisonné dans la cabane d'une pagode depuis 20 ans. Il n'y a aucune charge contre lui, il n'y a jamais eu de procès, mais il est toujours prisonnier — et c'est de sa prison qu'il nous a fait parvenir le message que nous avons entendu tout à l'heure. Son second, le Vénérable Thich Quang Do, a lui aussi passé 20 ans de son existence en détention et est actuellement détenu dans sa chambre dans sa pagode à Ho Chi Minh Ville.
- Comme ces Eglises d'Etat ne recueillent pas l'adhésion de tous les religieux, le gouvernement vietnamien a envoyé dans les églises et les pagodes des agents de la Sécurité pour surveiller les agissements de tous. Dans le cas bouddhiste, ce sont de faux bonzes qui contrôlent les faits et gestes des bouddhistes et qui affichent un comportement débauché afin de ruiner dans l'esprit populaire l'image des religieux. Selon nos chiffres, il y aurait au moins 3000 policiers-bonzes dans les pagodes vietnamiennes.
- Il y a ensuite les outils habituels de la répression et du quadrillage de la population appliqués aux religieux et aux laïcs : Le permis de résidence obligatoire sans lequel on perd tous ses droits et qui est arbitrairement délivré ou confisqué par le "policier de secteur", policier de secteur qui est chargé de surveiller tous les faits et geste de tout un quartier. Les religieux doivent en outre posséder un curiculum vitae où figure leur passé révolutionnaire et celui de leur famille..
- Il y a encore les fausses garanties de la liberté de religion et de pensée. L'Etat vietnamien s'est fait une spécialité d'accorder à ses citoyens des droits qu'il retire aussitôt par les garanties du pouvoir du régime :
* Le recours à la notion vague et fourre-tout de la "sécurité nationale" pour sanctionner tous les agissements qui gênent le pouvoir, y compris l'exercice pacifique et légitime de la liberté d'expression, de presse ou de religion. Parmi les atteintes à la "sécurité nationale", l'on trouve les "atteintes à l'unité nationale" comme le fait de "saper la mise en œuvre de la politique de solidarité internationale" et de "semer la division entre les croyants religieux et les non-croyants".
* Et quand c'est un peut trop compliqué d'appliquer les textes de "sécurité nationale", les autorités vietnamiennes peuvent toujours recourir à leur article du Code Pénal sur "l'abus des libertés démocratiques pour léser les intérêts de l'Etat". Dans ce registre, la liberté religieuse tient une place particulière puisque c'est dans la Constitution même qu'est spécialement précisée l'interdiction d'abuser de la liberté de croyance !
La religion semble être un tel danger pour le régime communiste que l'Etat vietnamien possède un Bureau des Affaires Religieuses chargés de gérer les religions, les contrôler et les réprimer, j'entends. Ce Bureau, qui possède des succursales à tous les niveaux, est pléthorique, surtout depuis la grande manifestation des 40.000 bouddhistes de Hue pour les droits de l'Homme et les libertés fondamentales, en 1993. La majorité des cadres de ce Bureau ne connaissent rien à la religion mais ce sont tous des membres assidus du Parti Communiste.
Plus étonnant, le Vietnam considère que la religion relève de la compétence de l'armée : Dans un livre de 1993, intitulé "Faits généraux sur la Religion - Les Religions au Vietnam" paru aux éditions de l'Armée du Peuple, relate la politique du Parti Communiste et confie aux forces armées le contrôle des communautés religieuses. Je cite encore ce livre : "Le Parti confère la responsabilité de la mise en œuvre de sa politique religieuse aux forces armées ; elles doivent s'acquitter de cette charge à long terme, sur une base régulière".
L'an dernier, les manifestations pacifique des Montagnards des Hauts-Plateaux du Centre ont été durement réprimées et la loi martiale instaurée. Les Montagnards réclamaient notamment la liberté religieuse. L'an dernier encore, le Vénérable Thich Quang Do a écopé de 2 ans de "détention administrative" pour avoir lancé son Appel pour la Démocratie et pour avoir voulu visiter le Patriarche de l'Eglise Bouddhique Unifiée du Vietnam Thich Huyen Quang. Toujours l'an dernier, le Père catholique Nguyen Van Ly a été condamné à 15 ans de prison pour avoir parlé un peu trop fort de la liberté religieuse. Au mois de juillet 2002, c'est le bonze bouddhiste Thich Tri Luc qui, après avoir obtenu le statut de réfugié politique auprès du HCR au Cambodge, a disparu, enlevé par la police secrète vietnamienne.
Toute ces personnes n'ont fait que vouloir défendre les valeurs universelles des droits de l'Homme, elles ont voulu penser et permettre à tous de penser. C'est pour cela qu'elles ont été réprimées par le régime totalitaire et son bras armée, la Sécurité et l'Armée.
Mesdames, Messieurs,
La situation au Vietnam est devenue tellement oppressive et répressive de toute pensée "déviante" que certains Vietnamiens se sont immolés par le feu en signe de protestation, comme le Bouddhiste Ho Tan Anh, il y a un an. Or empêcher les gens de penser, n'est-ce pas les réduire à l'état d'animaux, sinon de végétaux ? Et lorsqu'il s'agit de ceux qui portent l'héritage de la culture vietnamienne, comme les Bouddhistes qui représentent 80% de la population et 2000 ans d'histoire vietnamienne, n'est-ce pas, pour reprendre le bonze Thich Thien Khai, un "génocide culturel" ?
Je me rappelle que peu après les attentats du 11 septembre 2001, M. Javier Solana, le Monsieur Politique étrangère de l'Union Européenne, soulignait la nécessité "de revenir aux valeurs communes de l'humanité comme base d'une action solidaire". Il ajoutait : "Les droits de l'homme, le respect de la vie humaine, l'Etat de droit ne sont pas des valeurs occidentales : ce sont des valeurs universelles". Pourtant l'Union Européenne continue d'abreuver le régime totalitaire vietnamien d'aides et de capitaux, le soutenant à bout de bras, se faisant le complice inconscient du "génocide culturel" qui se trame. Il y a bien un Accord de coopération économique Vietnam-Europe qui fonde la coopération sur les droits de l'Homme et les principes de la démocratie mais même les fonctionnaires européens n'en ont que faire. C'est à peine s'ils sont au courant de la chose.
Alors que faire ? Les autorités de Hanoi étouffent la liberté religieuse parce qu'elles savent que les religions vietnamiennes sont la seule force alternative capable de rétablir une société juste, humaine et démocratique, la seule force non-communiste qui cherchent à ce que le peuple pense. Or le but du régime est que l'on ne pense pas. Les autorités de Hanoi étouffent toute expression libre. Et quand on prend l'habitude de ne plus s'exprimer, on perd l'habitude de penser par soi-même. C'est cela le régime totalitaire vietnamien. Il faut donc que l'Europe travaille à ce que les Vietnamiens, et l'ensemble des Asiatiques bâillonnés d'ailleurs, trouvent à pouvoir s'exprimer.
La moindre des choses que les Européens doivent faire est donc d'appliquer sérieusement l'accord de coopération et d'exiger en tout premier lieu la libération des dignitaires religieux Thich Huyen Quang, Thich Quang Do, Nguyen Van Ly, etc.
Mesdames, Messieurs, je vous remercie.
Gli iscritti e contribuenti 2012
| FRANCESCA T. MILANO | 200 euro |
| EUFEMIA T. MUGGIO' | 200 euro |
| AMBROGIO S. CASSINA DE' PECCHI | 200 euro |
| PIER PAOLO S. FROSINONE | 200 euro |
| DAVIDE R. MILANO | 200 euro |
| LORENA P. MONZA | 200 euro |
| DAVIDE L. MANTOVA | 200 euro |
| PAOLO G. ROMA | 200 euro |
| MARTA G. ROMA | 200 euro |
| ANNA MARIA D. ROMA | 200 euro |
| Total SUM | 397.572 euro |
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