Les lois ne suffisent pas

Chérine Abdel-Azim
Al-ahram Hebdo

« Ce n'est pas par les lois seules qu'on pourra éliminer la pratique de l'excision, mais par une sensibilisation des membres de la famille ». C'est la conclusion de la conférence afro-arabe sur l'excision qui s'est tenue du 21 au 23 juin à l'hôtel Conrad au Caire. Organisée par le Conseil national de la maternité et de l'enfance en coopération avec plusieurs ONG égyptiennes et étrangères, la conférence avait pour thème « Les législations et la pratique de l'excision ». Des représentants de 28 pays principalement arabes et africains ont pris part aux travaux. « Le problème de l'excision fait partie de celui plus vaste des droits de l 'homme et des droits de la femme en particulier », a déclaré Mme Suzanne Moubarak dans son allocution lors de cérémonie d'ouverture en présence du cheikh d'Al-Azhar, Mohamad Sayed Tantawi, du président du Syndicat des médecins, Hamdi Al-Sayed, ainsi qu'un représentant de l'Eglise copte orthodoxe. L'épouse du président de la République a évoqué les efforts de l'Egypte pour faire face à cette pratique nocive. « Nous avons lancé un projet national basé sur quatre axes principaux. Le premier porte sur le rôle de la loi pour pénaliser la pratique de l'excision. Le deuxième met l'accent sur le rôle de l'éducation, de la culture et de la sensibilisation pour corriger certaines idées reçues se rapportant à cette habitude néfaste. Le troisième axe se rapporte au rôle des médias dans la diffusion des droits de l'enfant à une vaste échelle. Enfin, il y a le rôle de la société civile et des organisations non gouvernementales ».

Selon les plus récentes statistiques, l'excision concerne 130 millions de femmes dans le monde. 2 millions de filles sont soumises à cette pratique chaque année, notamment en Afrique. En Egypte, le taux d'excision avoisine les 97 % selon des chiffres publiés en 2000.

« Cependant, depuis quelques années, nous assistons à un début de prise de conscience par rapport à ce problème tant en Egypte qu'en Afrique. Autrefois, c'était une honte de parler d'un tel sujet surtout dans les campagnes. Or, grâce aux campagnes de sensibilisation, l'excision n'est plus un tabou ». Mais des efforts supplémentaires sont requis pour éradiquer cette pratique. Et il ne suffit pas de promulguer des lois l'interdisant. « Ce qu'il faut, c'est un véritable travail de sensibilisation. L'éducation est l'arme la plus efficace pour lutter contre l'excision. J'ai toujours privilégié la sensibilisation, la persuasion, l'éducation, l'information et même l'adoption d'alternatives symboliques pouvant répondre à l'attachement des communautés à leurs traditions culturelles pour lutter contre l'excision », note Halima Warzazi, rapporteur spécial de l'Onu sur les pratiques traditionnelles. « Il faut sortir les femmes et les fillettes de l'ignorance, de l'obscurantisme, des fatalismes et de la soumission. Tous les efforts devraient tenter, avant tout, de favoriser par tous les moyens l'accès des femmes à l'information, à la connaissance des droits de l'homme et à la connaissance des moyens de jouir de ces droits », ajoute-t-elle, en affirmant que le recours à la pénalisation ne peut avoir lieu qu'après la mise en œuvre d'une politique visant à changer de façon pacifique la mentalité des populations concernées.

Les délégations présentes à la conférence ont décidé de mettre en place un plan africain de lutte contre l'excision qui prenne en considération les mœurs et les coutumes de chaque pays. De même, il a été décidé d'échanger les expériences entre les différents pays participants.

« Les fruits de ces efforts ne seront perceptibles qu'après des années et des années. Il faut s'adresser aux enfants qui seront les femmes et les hommes de demain, car il est très difficile de s'adresser aux parents qui croient totalement à la pratique de l'excision », déclare Mariam Lamizana, ministre burkinabé des Affaires sociales.

Un autre point important fut évoqué dans le cadre de la conférence. Il s'agit des failles qui existent dans les lois. « En Egypte, nous avons d'abord promulgué une loi qui interdit la pratique de l'excision sauf dans les hôpitaux publics, mais elle n'a pas été mise en pratique », explique une source du ministère de la Santé qui a requis l'anonymat. En 1996, le ministre de la Santé a pris la décision d'interdire purement et simplement cette pratique. Résultat : Un marché noir de l'excision s'est développé depuis.

Chérine Abdel-Azim