Les Etats-voyous de l’information


Terra Viva

Ce ne sont pas les seuls ennemis de la libre information. Mais la Chine et la Tunisie cristallisent les plus virulentes condamnations de la société civile au SMSI, alors que les Etats démocratiques ne semblent pas en faire un plat.

Point commun des régimes totalitaires de Pékin et de Tunis: des systèmes sophistiqués de désinformation. Ils ont été compares par des opposants chinois et tunisiens, réunis à Palexpo par Marco Cappato, député européen du Parti radical transnational. Avec cette question centrale du journaliste dissident Omar Mestiri: pourquoi la communauté internationale qui impose des règles contraignantes et des sanctions en matière financière et commerciale, reste-t-elle si peu exigeante face aux violations des libertés et des droits humains?

Pour Erping Zhang, porte-parole du mouvement persécuté Falun Gong, le droit à l’information n’est pas seulement un droit de l’homme, c’est une question de sécurité mondiale.

Ainsi, l’épidémie SARS, détectée le 1er novembre 2002, n’a été annoncée dans les médias chinois que fin avril 2003. "Non seulement des milliers de gens sont morts faute d’avoir été prévenus, mais d’autres pays comme le Canada ont été infectés par des migrants chinois", indique l’opposant.

Il demande à tous ceux qui établissent des relations culturelles, scientifiques ou commerciales avec la Chine d’être très fermes sur les droits de l’homme.

Le Falun Gong, mouvement bouddhique laïque, qui enseigne des exercices semblables au yoga et des principes éthiques dans la vie quotidienne avait selon Zhang été adopté par 70 millions de Chinois avant d’être brutalement interdit et pourchassé en juillet 1999. A ce jour il y aurait plusieurs milliers de pratiquants morts de tortures et des centaines de milliers dans des camps ou des asiles psychiatriques.

A cela s’ajoute une campagne massive de désinformation, faisant passer ce mouvement comme une "secte maléfique" dans les médias. (voir www.flgjustice.org) La censure chinoise d’Internet s’est perfectionnée après cette date, confirme le professeur d’informatique Shiyu Zhou, de l’université étasunienne de Rutgers. Comme ce fut le cas dans l’histoire (l’Empire romain contre les chrétiens, les nazis contre les juifs), la méthode associe violence et mensonges pour justifier la destruction de groupes non violents. Mais la "censure technologique" frappe aussi les autres dissidents intellectuels, syndicalistes, etc.

Elle prend quatre formes pour contrôler 60 millions d’internautes chinois: - filtrage des sites web par mot-clé (ex: "démocratie", "Falun"), bloqués dès qu’un tel mot est repéré. - blocage des sites d’info (BBC news, CNN, MIT) ou détournement (infiltration des carnets d’adresse des mails Yahoo ou Hotmail). - pression sur les fournisseurs d’accès ou d’information: ainsi Yahoo serait prié d’écarter des infos hostiles à la Chine.

- Piratage des sites critiques hors de Chine. De même, les e-mails privés d’opposants à l’étranger sont inondés de "spams" et de virus. "En Tunisie, l’appareil de désinformation équivaut aux forces de sécurité françaises pour une population six fois moindre", explique Omar Mestiri, rédacteur en chef du e-magazine tunisien Kalima (www.kalimatunisie.com).

La Tunisie est selon lui un modèle sophistiqué qui fait école dans le monde arabe: "Les dictatures rétro genre Irak, Syrie, Arabie saoudites appartiennent au siècle passé. Le paradoxe tunisien apparaît comme une économie moderne et dynamique, avec des progrès sociaux (femmes, santé, éducation) Un seul détail: depuis 1956, les citoyens n’ont jamais pu choisir leur gouvernement.

"Les besoins matériels satisfaits, l’opinion est traitée comme un luxe!"