L'enjeu de la faim dans le monde face à la fin des espèces

Florence Heimburger
Libération

Biodiversité. Une étude publiée dans la revue «Science» revient sur les problèmes alimentaires qui se poseront en 2050.

En 2050, la population mondiale atteindra 8 à 10 milliards de personnes. Soit 2 à 4 milliards de bouches supplémentaires à nourrir et une demande alimentaire deux fois plus importante que celle d'aujourd'hui. Pourra-t-on assouvir ces besoins sans altérer la biodiversité déjà bien affaiblie ?

Dans le numéro de Science publié aujourd'hui, quatre chercheurs de l'université de Cambridge proposent des réponses. Ils ont analysé l'impact des deux possibilités existantes pour augmenter la productivité agricole : exploiter davantage de terres ou augmenter le rendement des parcelles cultivées. Ces deux méthodes sont souvent combinées pour un meilleur rendement mais toutes deux ont des impacts non négligeables sur la faune et la flore. En effet, lorsqu'on augmente la surface de culture, on empiète sur des habitats naturels d'espèces végétales et animales qui risquent ainsi de disparaître. Dans le second cas, lorsqu'on augmente les rendements par l'usage de produits phytosanitaires (pesticides, engrais phosphatés, nitrates...), les espèces vivant sur ces cultures, telle l'alouette, en pâtissent. Alors quelle stratégie adopter ? «C'est un gros dilemme», explique Rhys E. Green, auteur principal de l'étude et membre de la Société royale de protection des oiseaux. Avec deux autres collègues biologistes et un mathématicien, il a mis au point un modèle mathématique pour évaluer cet impact sur la biodiversité.

Ainsi, les biologistes montrent que, pour préserver l'espace vital des espèces vivant à proximité de zones cultivées dans les forêts tropicales par exemple , la solution serait d'intensifier le rendement sans augmenter la surface cultivée. En revanche, pour protéger les animaux et végétaux vivant sur des cultures, il faut étendre l'exploitation agricole sans l'intensifier.

Par ailleurs, «il faut distinguer les stratégies à mettre en place dans les pays développés de celles à lancer dans les pays en développement», prévient Rhys E. Green. «En Grande-Bretagne, par exemple, il reste peu de place pour étendre les cultures. Une production de faible intensité sur les cultures existantes ne serait donc pas suffisante pour répondre aux besoins, vu le peu de surface exploitable restante. La meilleure solution semble alors d'exploiter "modérément" les terres déjà cultivées. En Afrique du Sud ou en Afrique centrale, la situation est différente : la nature est peu perturbée par l'activité agricole. Un rendement élevé permettra donc de produire plus de nourriture tout en préservant les espèces du milieu.»

«Le choix ne doit pas être conservationniste ou technologique. Les deux sont des impasses, souligne Bernard Hubert, écologue et directeur à l'Institut national de recherche en agronomie (Inra). Nous devons absolument intégrer la biodiversité à notre agronomie, en utilisant par exemple des prédateurs d'insectes ravageurs au lieu de pesticides.»