L'Eglise catholique reprend l'offensive sur la défense de l'embryon


'Eglise italienne met tout son poids dans la bataille du référendum sur la procréation médicalement assistée, programmé les 12 et 13 juin.

Le cardinal Camillo Ruini, président de la Conférence épiscopale italienne (CEI), a pris la tête des opposants à cette consultation d'initiative populaire qui vise à faire abroger les quatre points les plus controversés d'une loi très restrictive, adoptée le 19 février 2004. Les évêques s'opposent à toute modification d'un texte qu'ils avaient largement inspiré. Ils ont reçu, lors de leur assemblée annuelle, qui s'est tenue les 30 et 31 mai au Vatican, le soutien du nouveau pape, Benoît XVI. "Vous vous employez à éclairer le choix des catholiques et de tous les citoyens, a-t-il déclaré. Dans cet engagement, je suis proche de vous par la parole et la prière."

La campagne d'explication de l'Eglise devait prendre, mercredi 1er juin, un tour plus concret avec la distribution aux 25 000 prêtres du pays d'un opuscule en dix questions réponses, que certains appellent déjà "le vade-mecum du bon catholique". Pas question de revenir sur l'article 1er de la loi selon lequel les droits de l'embryon sont équivalents à ceux de la personne position invariable du Vatican.

Jean Paul II avait rappelé, le 10 janvier, que "l'embryon est un sujet identique à l'enfant qui va naître". Lundi, Benoît XVI a répété, lui, "le caractère sacré de la vie humaine". L'Eglise ne peut admettre qu'on abroge les trois autres articles soumis à référendum : celui qui interdit toute expérimentation sur les embryons ; celui qui limite à trois le nombre des embryons créés pour une fécondation in vitro, sans possibilité de les congeler ; enfin, celui qui empêche de recourir à un donneur extérieur au couple.

L'Eglise italienne n'appelle pas à voter non, mais à s'abstenir. Une tactique que Mgr Ruini a expliquée devant la Conférence épiscopale : "Nous sommes pour une non-participation consciente qui équivaut à un double non : d'abord sur le contenu du référendum qui aggrave irrémédiablement et vide la loi ; (...) ensuite sur le recours au processus référendaire pour un sujet aussi complexe et délicat." En invitant les catholiques italiens au boycott, le cardinal Ruini compte faire échouer toute l'opération : "Voter non, étant donné que cela peut contribuer à faire atteindre le quorum requis, est une aide, même involontaire, aux défenseurs du référendum", confesse-t-il. En effet, pour que le résultat d'un référendum d'initiative populaire soit homologué, il faut une participation d'au moins 50 %. Selon des sondages publiés par le quotidien La Repubblica, 44 % des Italiens sont d'ores et déjà certains d'aller voter. "Qui n'obéit pas à la consigne d'abstention n'est pas un vrai catholique", ont menacé plusieurs évêques, se souvenant sans doute que sur des référendums identiques, concernant le divorce et l'avortement, dans les années 1970 et 1980, l'Eglise a été désavouée par les urnes.

"CHEF DE FACTION"

L'intervention du pape a fait monter d'un cran la tension d'une campagne électorale passionnée. Pour la députée européenne Emma Bonino, l'une des principales promotrices du référendum populaire, Benoît XVI se comporte "en chef de faction", tandis que Daniele Capezzone, le secrétaire du Parti radical, dénonce "une offensive sans précédent qui vise à mettre la démocratie italienne sous la tutelle du Vatican". La ministre pour l'égalité des chances, Stefania Prestigiacomo, trouve l'attitude de l'Eglise "misogyne", car elle ne prend pas en considération la santé des femmes "menacée par plusieurs articles de la loi".

Une bonne partie de la gauche partage ce jugement face à "une loi cruelle et injuste", qui interdit par exemple les diagnostics avant l'implantation de l'embryon. Ce qui ne permet pas de déceler le risque pour le futur bébé de développer une maladie héréditaire.

Le débat traverse la société italienne sans respecter les lignes de fracture politiques traditionnelles. Les principaux leaders s'expriment avec circonspection sur le sujet. "Je ne donnerai aucune indication parce que je respecte la liberté de choix des Italiens", a prévenu le président du conseil, Silvio Berlusconi. Romano Prodi, catholique pratiquant et chef de l'opposition de centre gauche, n'est pas moins prudent. Pour avoir dit qu'il voterait oui à trois des quatre questions du référendum, Gianfranco Fini, le vice-président du conseil, a provoqué un séisme à l'intérieur de son propre parti, Alliance nationale.

C'est donc principalement la société civile qui anime la campagne. Les actrices Monica Bellucci et Sabrina Ferilli prêtent leur sourire au Comité des femmes pour le oui et de nombreux scientifiques se sont ralliés à l'appel en faveur du oui du Prix Nobel de médecine, Rita Levi Montalcini.