LE SUPPLICE DE MILLIONS DE FILLETTES

Geneviève Delaunoy
La Libre Belgique

A l'occasion de la journée internationale contre les mutilations génitales féminines, le Parti radical italien a réuni témoins et victimes de l'excision et de l'infibulation au Parlement européen.

"J'ai été excisée à l'age de 7 ans, explique Khady Koita, Sénégalaise. J'ai été mariée à 13 et je suis arrivée en France, un an plus tard. A 17 ans, j'avais déjà 5 enfants. J'ai été élevée dans l'idée de devenir une femme soumise. Ce n'est qu'en France, avec l'aide de femmes françaises, que je me suis enfin sentie un être humain à part entière." Avec d'autres femmes africaines, Khady Koita était présente pour la journée internatinale contre les mutilations génitales féminines (MGF), organisée au Parlement européen par la députée Emma Bonino (Parti radical) mercredi. L'excision et l'infibulation sont des mutilations génitales féminines. Dans le premier cas, il s'agit de l'ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres. L'infibulation, elle, est une excision complétée par l'ablation des grandes lèvres dont les deux moignons sont suturés bord à bord. La vulve est remplacée par une cicatrice fibreuse; l'ouverture vaginale disparaît pour laisser la place à un minuscule orifice par où coulent le sang menstruel et l'urine.

VIOLATION DES DROITS DE L'HOMME
Selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), 150 millions de fillettes ont été victimes de ces pratiques traditionnelles et, chaque année, deux millions sont menacées de l'être. "Nous nous insurgeons contre l'appellation anglophone de circoncision féminine, dit Marie-Hélène Franjou, fondatrice du GAMS (Groupe de femmes pour l'abolition des mutilations sexuelles), section française du comité inter-africain, crée par l'ONU en 1984. En effet, ce que subissent ces fillettes est bien plus grave. Il s'agit de véritables mutilations qui, en cas de poursuites judiciaires, peuvent conduire aux assises." En Afrique, 26 Etats sont concernés par ces mutilations génitales féminines. Un bémol, cependant: toutes les régions et tous les groupes ethniques ne les pratiquent pas avec la même intensité. Ainsi, les Wolfs du Sénegal n'y recourent-ils pas. Les MGF sont encore pratiquées en Inde, en Malaisie, en Indonésie, au Canada, aux Emirats arabes Unis, aux Etats-Unis, en Australie et en Europe. En France, en raison de l'immigration politiqueset économique, on dénombre 60.000 femmes ayant subi l'excision ou l'infibulation et 21.000 fillettes victimes à venir. "En Grande Bretagne, explique Comfort Momoh, sage-femme, il y a quatre cliniques pour femmes africines, dont trois à Londres et une à Liverpool. Nous tentons d'en créer une à Sheffield où résident 3000 à 4000 Somaliennes. Nous devons identifier ces femmes car elles n'ont pas d'encadrement médical et bien que la pratique des MGF soit interdite par la loi, elles y recourent quand même. Or, il s'agit clairement d'une violation des droits de l'homme. Nous insistons sur les campagnes d'information et sur le fait qu'il faut dénoncer ces mutilations. Mais nous constatons que le personnel médical blanc a peur d'empiéter sur une autre culture."

DOMMAGES IRREPARABLES
L'excision et l'infibulation sont des coutumes traditionnelles qui répondent, à tort, à des idées fausses: être prope, pouvoir prier, servir à manger à son mari, eviter la mort du bébé puisq'au moment de l'accouchement celui-ci ne touchera plus le clitoris, préserver la virginité des fillettes et protéger la femme adultes des tentations sexuelles. S'il est vrai que ce sont surtout les musulmans qui pratiquent les MGF, "il faut souligner que dans le Coran, rien ne les ordonne", precise Demba Diawara, imam sénégalais père d'une petite fille de 7 ans qui à été excisée. "Cette pratique n'est ni obbligatoire ni méritoire" ajoute-t-il. Après avoir consulté les chefs religieux, il a reussi à convaincre 57 villages de sa région d'abolir ces pratiques. "Le dialogue avec les chefs religieux et coutumiers est la meilleure méthode de prévention car une loi imposée de l'exterieur est countournée par les populations."

TRASMISSION DU SIDA
En raison des dommages irréparables qu'elles causent, ces mutilations sexuelles ont des lourdes conséquences sur le développement et elles empêchent les victimes de participer pleinement à la vie de la société. Très souvent, ces mutilations sont pratiquées par les vieilles femmes ou par des médecins traditionnels à l'aide de rasoirs, de couteaux ou de tessons de bouteilles non stérilisés, utilisés plusieurs fois de suite, ce qui favorise la trasmission du Sida. L'excision et l'infibulation sont faites sur des bébés de quatre jours mais la moyenne d'âge se situe entre 8 et 12 ans. Les complications médicales sont nombreuses: infections urinaires, septicémie, tétanos, hémorragies, hépatite, fistules vagino-rectales, stérilité, absence de plaisir sexuel, difficultés lors de l'accouchement, choc psychologique, inhibition, dépression, suicide ..."En Egypte, ajoute Mona el Tobgui, pédiatre, ces mutilations touchent 90 pc des femmes. Selon une étude, 56 pc d'entre elles refusent de faire exciser leur fille. Ces mutilations sont vécues comme une humiliation, l'échec du couple et de la vie de famille et un frein au développement."