Le président géorgien Chevardnadze cède le pouvoir à l'opposition

Avec AFP
Le Monde

Le président géorgien Edouard Chevardnadze, qui était au pouvoir depuis 1992, a annoncé dimanche 23 novembre sa démission, cédant à la contestation populaire lancée par l'opposition voilà trois semaines. C'est la présidente du Parlement sortant, Nino Bourdjanadze, qui assume l'intérim à la tête de l'Etat, au terme de ce bouleversement politique intervenu sans effusion de sang.
L'opposition géorgienne clamait sa victoire, dimanche soir 23 novembre, dans les rues de Tbilissi après avoir contraint le président Edouard Chevardnadze à la démission au terme d'une crise aiguë lancée par les législatives du 2 novembre, et qui s'est terminée sans effusion de sang.
Les milliers de militants et de sympathisants de l'opposition, qui s'étaient emparés la veille sans rencontrer de résistance policière du centre de Tbilissi, du Parlement et du siège de la présidence, laissaient éclater leur joie dans la ville, où se multipliaient notamment les feux d'artifice et les concerts de klaxons des automobilistes.
A 75 ans, le président géorgien Edouard Chevardnadze a renoncé à l'exercice du pouvoir. "Je démissionne", a-t-il annoncé aux journalistes présents dans sa résidence des environs de Tbilissi, après des pourparlers avec les leaders de l'opposition. "Je vois bien que tout cela ne peut pas continuer. Si j'étais contraint demain à user de mon autorité, cela déboucherait sur un bain de sang", a ajouté le patriarche de la politique géorgienne, qui avait dirigé la République soviétique de Géorgie dès les années 1970 en qualité de premier secrétaire du Parti, et était revenu au pouvoir en 1992 après l'indépendance, et après avoir été le ministre des affaires étrangères de l'URSS pendant la perestroïka aux côtés de Mikhaïl Gorbatchev.
M. Chevardnadze, dont l'opposition exigeait avant la rencontre le départ du pays, et dont l'avion présidentiel se tenait prêt à décoller sur l'aéroport de Tbilissi, a démenti quitter la Géorgie. "Je vais à la maison. J'ai encore beaucoup de travail, de choses à écrire tant que je suis vivant", a-t-il exprimé. Son porte-parole, Soso Tkeboutchava, a confirmé sa présence en Géorgie, alors que certaines informations le disaient peut-être parti à l'étranger. "Il est chez lui. Et il l'a d'ailleurs dit-lui même", a déclaré M. Tkeboutchava.
MÉDIATION RUSSE
Le leader de l'opposition Mikhaïl Saakachvili, dont le chef de l'Etat démissionnaire a longtemps été le mentor politique, a salué l'attitude "courageuse" de M. Chevardnadze qui a permis de ne pas "faire couler le sang". La situation avait pourtant connu un nouvel accès de tension dimanche en fin d'après-midi, quand M. Saakachvili avait appelé la foule de milliers de manifestants réunis devant le Parlement, à Tbilissi, à marcher sur la résidence de M. Chevardnadze, donnant "une demi-heure" au président pour qu'il démissionne, avant de rajouter "une heure" à son ultimatum. "Le président se moque de nous, et il est déjà trop tard pour parler de négociations. Nous ne pouvons parler que d'une chose : que nous lui donnions une garantie de sécurité et qu'il quitte la Géorgie", avait déclaré M. Saakachvili.
Après de nouveaux entretiens avec le ministre russe des affaires étrangères, Igor Ivanov, arrivé à Tbilissi dans la nuit pour tenter une médiation, le leader de l'opposition avait retenu ses partisans dont quelques centaines seulement avaient rejoint la résidence située à 3 kilomètres de Tbilissi. Entre-temps, plusieurs unités des forces de l'ordre géorgiennes, dont la Garde nationale, une unité d'élite du ministère de la défense, avaient donné des signes d'allégeance à l'opposition.
Le ministre russe, accompagné de M. Saakachvili et de l'ancien président du Parlement, Zourab Jvania, étaient bientôt vus entrant dans la résidence de M. Chevardnadze pour des pourparlers en tête à tête. M. Ivanov est rapidement sorti du bâtiment en déclarant avoir "rempli (son) rôle de médiateur".
La présidente de l'Assemblée sortante et coleader de l'opposition avec Mikhaïl Saakachvili, Nino Bourdjanadze, a la première crié "victoire" aux milliers de manifestants rassemblés devant le Parlement. Mme Bourdjanadze doit exercer la fonction présidentielle jusqu'à une présidentielle anticipée, a souligné M. Jvania. Celle-ci devra, selon la Constitution, être tenue dans un délai de 45 jours, soit d'ici début janvier. "Je crois nécessaire de tenir une élection aussi vite que possible. Nous avons besoin de stabilité", a relevé la "présidente par intérim" de la Géorgie.
Le nouveau président élu, qui sera vraisemblablement un des leaders de l'opposition, aura la très lourde tâche de ne pas décevoir les énormes espoirs nés de cette "révolution de velours", faite "par le peuple", et de résoudre les multiples problèmes du pays : le risque du séparatisme, la crise économique qui dure depuis dix ans, la corruption endémique.