LE CAUCHEMAR DES PRISONS CORÉENNES

Sylvie Chayette
Le Monde

Avortements forcés, infanticides : le New York Times du 10 juin dresse un tableau terrifiant des prisons nord-coréennes. De nombreuses femmes, contraintes à l'avortement, apportent leurs témoignages. D'autres affirment que dans ces camps d'internement, des nouveaux nés seraient également tués.

Une ancienne détenue, Song Myung Hak, rapportait qu'il y a deux ans, six femmes ont été contraintes de la sorte à l'avortement. "Après qu'on leur ait provoqué une fausse couche, elles devaient retourner travailler". Si les témoignages abondent dans le sens de l'atrocité, l'Agence de presse nord-coréenne dénonce "un énorme mensonge".

Pourtant, selon Willy Fautre, directeur de l'organisation humanitaire Human right without frontiers, "de nombreux bébés ont été tués l'an passé dans les prisons nord-coréennes". Ses volontaires et lui-mêmes auraient recueilli ainsi plus de 35 témoignages d'anciens détenus. Sur ces 35 témoignages, 31 témoignent d'infanticides, par abandon ou par étouffement. Deux transfuges ont affirmé tardivement avoir enterrer des bébés et d'autres ont raconté que des mères avaient vu la mise à mort de leurs nouveaux-nés.

Lee Soon Ok, qui a travaillé comme comptable pendant six ans à la prison politique de Kaechon, rapporte qu'il a vu deux fois des médecins tuer des bébés. "Donner la vie en prison est interdit à 100 %. C'est pour cela qu'ils tuent les bébés", affirme Mme Lee, chercheuse en économie à Séoul.

Or, lors d'une conférence des Nations unies sur l'enfance, le 9 mai à New York, le délégué nord-coréen avait affirmé que "chez nous, les enfants sont comme des rois". Les témoignages des sept transfuges nord coréens ne vont pourtant pas en ce sens.

Mme Lee, 64 ans, est veuve d'un général nord-coréen. Elle est arrivée comme infirmière à la prison de la province de Pyongbuk en 2000 et affirme qu'un médecin a provoqué l'accouchement de huit femmes par injection. "La première fois qu'un bébé est né, je ne savais pas qu'il y avait une boîte en bois pour les jeter", raconte Mme Lee. "J'ai porté le bébé et j'ai essayé de l'envelopper dans des vêtements. Mais le personnel de sécurité m'ont demandé de m'en débarasser et de le mettre dans la boîte en bois".

Melle Park a, elle, été incarcérée alors qu'elle était enceinte de neuf mois. "Un jour ils m'ont fait une injection. 30 minutes après, j'accouchais. Le bébé était déjà mort". Kim, 28 ans, emprisonné au camp de Chongjin, a tué deux bébés. "Les prisonniers recevaient l'ordre d'enlever les bébés de leurs mères et de les tuer", explique-t-il.

Melle Lee, une étudiante, raconte : "Les gardes criaient : vous portez du sperme de Chinois, du sperme étranger. Nous les Coréens ne formons qu'un peuple, comment osez-vous faire venir du sperme étranger ici ?". La plupart des pères étaient chinois se souvient Melle Lee.

Les journalistes n'ont toujours pas le droit de visiter les prisons, seuls les témoignages peuvent donner une idée de ce qui se passe dans ces camps où, et les chiffres sont éloquents, les conditions de détention sont particulièrement atroces et barbares. Depuis 1972, on estime qu'au moins 400 000 personnes sont mortes dans ces camps de détention.