Le candidat de l'opposition ukrainienne mobilise ses partisans

Pavel Polityuk
Reuters

Kiev. Le candidat de l'opposition ukrainienne, Victor Iouchtchenko, a demandé à ses partisans de demeurer sur la principale place de Kiev jusqu'à ce que le Premier ministre Victor Ianoukovitch reconnaisse sa défaite, la veille, au second tour de la présidentielle.

Parlant de "coup d'Etat", Iouchtchenko accuse le président sortant Leonid Koutchma, qui a soutenu le Premier ministre, d'être directement impliqué dans des fraudes massives lors du dépouillement.

Egalement soutenu pendant la campagne par le président russe Vladimir Poutine, Victor Ianoukovitch était officiellement crédité lundi, après dépouillement de plus de 98% des bulletins, de trois points d'avance sur son adversaire au second tour d'une présidentielle très serrée.

Iouchtchenko, qui avait averti de risques de fraudes avant même le début du second tour, s'était trouvé conforté de son côté par un sondage sortie des urnes le créditant de 54% des voix, contre 43% pour le chef du gouvernement.

"Restez où vous êtes", a-t-il dit à ses partisans. On en dénombrait 20.000 en milieu de matinée Place de l'Indépendance à Kiev.

"Partout en Ukraine, sur les charrettes, dans les voitures, les avions et les trains, des dizaines de milliers de personnes arrivent. Notre action ne fait que commencer".

TRAFIC BLOQUE A KIEV

"Iouchtchenko! Iouchtchenko!", scandaient ses partisans qui ont bravé dans le centre de Kiev des températures inférieures à zéro.

Sur Khrechtchatyk, principale artère du centre de la capitale, le trafic était totalement bloqué.

"Un coup d'Etat est en cours en Ukraine", a dit Iouchtchenko à ses partisans dans la nuit à son QG de campagne.

"Il est parti de Donetsk au QG de Ianoukovitch", a-t-il ajouté, en évoquant un bastion du Premier ministre, situé dans un des principaux bassins miniers de l'est du pays.

"Nous avons gagné. Un point c'est tout", a-t-il lancé.

Ianoukovitch n'a de son côté pas pris publiquement la parole depuis la fermeture des bureaux de vote.

Ces contestations surviennent après une campagne très âpre entre les deux défenseurs de visions très opposées quant au développement de leur pays.

Selon les derniers résultats de la commission centrale électorale annoncés lundi après dépouillement de plus de 98% des bulletins de vote, le Premier ministre l'emporterait avec 49,57% des voix contre 46,57% pour son rival.

Selon des chiffres définitifs, le taux de participation a été de 79,37%, ce qui est davantage que lors du premier tour.

APPEL AU CALME DE KOUTCHMA

Iouchtchenko, un économiste de 50 ans partisan d'un rapprochement avec l'UE, a appelé la communauté internationale à s'intéresser à ce qui se passait en Ukraine. Il a dit qu'il allait en appeler à l'Union européenne et à l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Iouchtchenko était arrivé légèrement en tête du premier tour, avec moins d'un point d'avance sur Ianoukovitch.

Prédisant qu'il l'emporterait quoi qu'il en soit, il avait averti que les autorités tenteraient de truquer le scrutin afin que le Premier ministre l'emporte.

Iouchtchenko avait prévenu vendredi qu'il appellerait ses partisans à manifester si des fraudes avaient lieu dimanche.

Samedi soir, Koutchma avait lancé un appel au calme à ses compatriotes et répliqué fermement au candidat de l'opposition.

Après treize ans d'indépendance, le clivage entre l'Ukraine occidentale, nationaliste, qui soutient Iouchtchenko, et l'Est industriel et russophone, favorable au Premier ministre, ne semble pas près de s'estomper.

L'Ukraine, pays aux importantes ressources industrielles et agricoles, n'a pas choisi la voie d'un rapprochement avec l'UE, contrairement à trois de ses voisins. Nombre des 47 millions d'Ukrainiens gagnent 60 dollars par mois, ou moins.