L'Audi 80 de Nihoul au centre des débats


La Derniere Heure

La cour d'assises a évoqué ce mardi matin le problème de la voiture du prévenu qui devait être réparée par un garagiste de la région de Charleroi en août 1996

ARLON
«On est au coeur du problème », a commenté Me Beauthier, le conseil de Laetitia, qui estime que cette voiture n'est qu'un prétexte à un trafic de drogue et à l'enlèvement de Laetitia. En août 1996, l'Audi de Michel Nihoul était en panne. Michel Lelièvre -à qui Michel Nihoul avait rendu des services, selon Me Clément de Cléty-, a proposé de la faire réparer à moindre coût par un de ses amis mécanicien.

La voiture lui a été livrée par Marc Dutroux le 11 août 1996. «J'avais dit à Michel Nihoul que la réparation coûterait 200 euros. Je pense que Michel Lelièvre avait dit le double. La réparation devait être financée par la vente de pilules d'ecstasy. Entre 100 et 200 pilules m'ont été remises en garantie. Je les ai fait disparaître lorsque j'ai appris l'arrestation de Marc Dutroux et et de Michel Lelièvre », a expliqué le témoin devant la cour.

Le 13 août, soit deux jours avant son départ en Italie, il a téléphoné chez Marc Dutroux pour obtenir les pièces nécessaires à la réparation du véhicule. C'est le fils de Dutroux qui a répondu. «Je n'ai appelé personne d'autre », a expliqué le garagiste à l'audience. Pour Mes Fermon et Beauthier, toute cette thèse de réparation de l'Audi ne tient pas la route. Pour eux, la quantité de drogue remise au garagiste à une valeur dix fois plus importante que le montant de la réparation de la voiture, qui valait encore à peine 1.000 euros.

Pour Marc Dutroux, la voiture avait des problèmes techniques mais pouvait encore circuler. «Mais elle n'était pas en ordre de papiers. Je n'ai pas voulu la conduire car je respecte la loi quand je circule sur la route », a-t-il commenté. La cour a également entendu lundi matin des témoins qui ont constaté des agissements suspects dans le chef de certains accusés. Une dame et sa fille ont expliqué qu'une camionnette blanche avait circulé dans les environs de Muno en juin 1996, s'arrêtant près de la fillette alors âgée de 13 ans. Celle-ci avait été marquée par le regard du conducteur, qu'elle identifie comme étant Michel Lelièvre.

Un habitant de Neufchateau a quant à lui expliqué avoir vu une camionnette blanche stationnée fin mai début juin 1996 à Neufchateau. »Le chauffeur avait un regard chargé d'ironie et vindicatif. Cette attitude a attiré mon attention », a-t-il expliqué. Pour lui, l'homme,

était en repérage. Un policier a quant à lui relaté un témoignage qui faisait état de la présence de Martin, Dutroux et Lelièvre à Florenville le 28 juillet 1996.

Marc Dutroux, qui a nié s'être rendu à Muno, a reconnu qu'il avait effectué des repérages. Michelle Martin et Michel Lelièvre ont pour leur part nié toute présence à Florenville et à Muno. Me Magnée, le conseil de Marc Dutroux, a estimé que l'audition de tels témoins, qui dénoncent des agissements suspects, signifie une «perte de temps ». «Ils ont été dénoncés via le 0800. Soit on ne s'en occupe pas et on revoit tout au dossier bis, soit on s'en occupe, mais alors on s'occupe des 1.000 cas », a-t-il commenté, estimant que ce temps précieux aurait pu être consacré à l'analyse des cheveux, à l'enquête au «Carré Blanc », aux microtraces, etc.

«Mais la chambre des mises en accusation a préféré couper le dossier en deux pour renvoyer les 4 petits poissons qui sont derrière moi », a-t-il conclu

Bourlet digère mal

Le procureur Michel Bourlet a confessé que les deux derniers jours de séquestration de Sabine et Laetitia en août 1996 étaient «un os dans le gosier qui ne passe pas » car ils auraient pu être évités. Ce sont «48 heures de trop. Il y a huit ans que je me pose des questions », a déclaré M. Bourlet, qui a rappelé que la maison de Marcinelle, près de Charleroi (sud), où Sabine Dardenne, 12 ans, et Laetitia Delhez, 14 ans, étaient enfermées, avait été l’objet d’une perquisition deux heures durant, le 13 août.

Les fillettes, détenues dans une cache dissimulée à l’intérieur de la cave, n’avaient été découvertes que le 15 août 1996, sur indication de Marc Dutroux. Ces deux jours sont «un os dans le gosier qui ne passe pas », a insisté le procureur, qui supervisait à l’époque l’enquête conduite sur le terrain par la gendarmerie à la suite du rapt de Laetitia le 9 août à Bertrix. M. Bourlet a rappelé qu’un chien chargé de rechercher Laetitia n’avait pas signalé la présence de la fillette dans la maison de Marcinelle, alors qu’il a senti, quelques heures plus tard, que la fillette était passée dans la camionnette de Dutroux. Les jurés ont demandé que le maître-chien soit entendu par la cour d’assises pour tenter de comprendre pourquoi le même chien peut sentir la présence d’une personne dans un endroit et pas dans un autre.

Le commentaire du procureur Bourlet, très populaire en Belgique car il est l’un des deux magistrats à l’origine de l’arrestation de Marc Dutroux, est intervenu au lendemain de la déposition d’un policier, qui avait émis lundi des réserves sur l’ex-gendarme René Michaux, déjà plusieurs fois mis en cause. Ancien maréchal des logis chef de la gendarmerie de Charleroi, René Michaux avait effectué une perquisition en décembre 1995 dans la maison de Marcinelle, y compris sa cave, sans découvrir la cache dans laquelle étaient séquestrées les deux plus jeunes victimes de Dutroux, Julie Lejeune et Mélissa Russo, 8 ans, dont les corps seront retrouvés le 17 août 1996.

René Michaux avait par la suite reconnu avoir entendu des voix de petites filles. Lors de son audition par les assises, le 30 mars, il a concédé avoir entendu des «chuchotements d’enfants ». Le procureur Bourlet a également regretté mardi que la perquisition du 13 août 1996 n’ait pas permis de découvrir les lettres que Sabine avait écrites à ses parents et que son geôlier Marc Dutroux n’a jamais envoyées.

Les missives ont été découvertes lors d’une nouvelle perquisition, cachées sous le tapis dans les escaliers de la maison de Marcinelle.