LAOS - Réunion de Paris sur le projet Nam Theun 2: Promesses et langue de bois de la RDPL


MLDH

La "consultation publique" sur le projet Nam Theun 2, qui s'est tenue le mardi 7 septembre 2004 à Paris (France) et à laquelle a assisté une délégation du Mouvement Lao pour les droits de l'Homme (MLDH), a été l'occasion pour les représentants de la République Démocratique Populaire Lao (RDPL) de s'adonner à leur exercice favori : vanter les ‘’progrès’’ du régime en matière de transparence et faire des promesses de bonne gouvernance pour tenter de convaincre les investisseurs et les donateurs.

C'est donc un sentiment de déception et d'inquiétude qu'éprouve le MLDH à l'issue de cette consultation, alors que tout semble avoir été fait par les autorités de la RDPL pour mettre les décideurs devant le fait accompli: des milliers d'arbres sont déjà coupés dans la zone réservoir pour le seul profit des dirigeants du Parti et de l'armée, la construction de logements en prévision de l'arrivée des ingénieurs et techniciens étrangers sur le site de Nam Theun 2 sont déjà achevés, des contrats de sous-traitance sont répartis en catimini entre les "clans" au pouvoir, et tout a été fait pour lier les programmes de développement du pays aux "revenus" espérés de ce futur barrage.

A la sortie de la réunion de Paris, durant laquelle les représentants de la RDPL se sont rivalisés dans la langue de bois pour vanter les bienfaits du projet Nam Theun 2, les questions essentielles que pose le MLDH sur ce mégaprojet hydroélectrique restent sans réponses :

- Un projet tel que celui de Nam Theun 2 peut-il éradiquer, à lui seul, la pauvreté au Laos comme le prétendent les dirigeants du régime, et être bénéfique au pays et au peuple laotien, en l'absence d'un cadre de paix, de sécurité, de liberté, de démocratie pluraliste, de justice sociale et de bonne gouvernance?

- Ce projet a-t-il fait l'objet d'un vrai débat en RDPL, où la liberté d'expression et de presse n'existe pas, où les critiques et les opinions divergentes ne sont pas tolérées, et où, de la ville jusqu'au plus petit village, tout est placé sous le contrôle omniprésent du Parti unique, par le biais des organisations satellite (Comité de village, Union des femmes Lao, Jeunesse Révolutionnaire, Front lao pour la reconstruction…) ?

- Pour quelles raisons, les revenus annuels attendus de ce projet sont-ils passés de 250 à 270 millions de dollars par an, promis il y a quelques semaines encore, à seulement « 25 millions de dollars net » aujourd'hui, soit à peine le dixième de la somme annoncée avant la signature de l'accord de vente avec la Thailande ? Et Ce seul élément n'est-il pas suffisant pour remettre en question la viabilité de ce projet?

- La construction d'un barrage de 1,3 milliard de dollars -- géré par un consortium d'investisseurs durant 25 ans et qui créera un réservoir de 450 km2 dans une zone sensible de forêt primaire-- pour satisfaire les besoins énergétiques d'un unique client étranger, est-elle la seule alternative pour relever le niveau de vie des villageois du plateau de Nakaï et pour assurer la protection de la faune et la flore dans ce secteur?


Sans réponses satisfaisantes à ces interrogations, le MLDH exprime ses plus grandes réserves sur ce projet, dont les risques tant politiques que socio-économiques et environnementaux ne sont pas encore exposés avec clarté et objectivité au peuple laotien.

En conséquence, le MLDH appelle les principaux décideurs -- la Banque Mondiale, la Banque Asiatique de développement, le gouvernement français au travers d'EDF, les Etats-Unis, le Japon et la Thailande, notamment –à respecter toutes les points demandés par la Commission Mondiale des grands Barrages.

Il invite les principaux décideurs à exiger des autorités de la RDPL toutes les garanties nécessaires, afin que le projet Nam Theun 2 puisse contribuer réellement à la promotion des libertés et des droits de l'Homme, et qu'il soit un véritable moteur vers les réformes démocratiques, la bonne gouvernance, et l'Etat de droit au Laos.