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A la Une de «Le Monde» sur la Tchétchénie du 1er Octobre
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Tchétchénie, élection dans une enclave en guerre
Les électeurs tchétchènes sont appelés aux urnes pour élire leur président de la République, le dimanche 5 octobre 2003, sous la haute surveillance des autorités fédérales russes. Moscou poursuit, par ce scrutin présidentiel, le processus de "normalisation" lancé en 2002, l'objectif étant de rétablir l'ordre dans cette république en guerre contre la Russie depuis l'été 1999.
Au-delà du scrutin dont l'issue ne fait guère de doute, puisque Akhmad Kadyrov, candidat de Moscou, est donné grand vainqueur malgré son impopularité, le vote se déroule sur fond de tragédie humaine. Face à l'armée russe, la résistance tchétchène, partagée entre nationalistes et islamistes radicaux, multiplie attentats et embuscades, alors que les populations civiles entassées de plus en plus dans les camps de réfugiés subissent de plein fouet les effets de cette guerre.
Préparé par Gaïdz Minassian.
Une république en sécession
A la chute de l'URSS en 1991, la Tchétchénie proclame son indépendance mais les divisions sont telles que la victoire de Djokhar Doudaev est contestée de l'intérieur. Hostile au séparatisme, la Russie dénonce l'anticonstitutionnalité de la décision de la République tchétchène. En novembre 1992, Grozny exige le retrait des troupes russes stationnées en Tchétchénie. Moscou envoie de nouvelles forces aux abords de la république rebelle. Ce qui provoque de fortes tensions sur place, où deux pouvoirs s'affrontent.
D'un côté, le camp indépendantiste du président Djokhar Doudaev tient la capitale, Grozny, et accuse l'opposition de trahison. De l'autre, les groupes pro-Moscou, majoritaires dans les provinces du Nord, dénoncent l'esprit va-t'en-guerre du président tchétchène. Affrontements, attentats et guerre des gangs s'ensuivent. Le 26 novembre 1994, les anti-Doudaev attaquent Grozny mais sont repoussés par les soldats fidèles au président. Bilan : 300 morts en une journée ; il s'avère par la suite que les assaillants sont des soldats russes déguisés. Pour rétablir l'ordre constitutionnel et arrêter la guerre civile, le président Boris Eltsine donne l'ordre d'attaquer la Tchétchénie en décembre 1994.
Une république en guerre
35 000 soldats russes prennent d'assaut la Tchétchénie le 11 décembre 1994, Grozny tombe le 31 décembre. Les forces tchétchènes résistent. Bombardements, colonnes de réfugiés, affrontements meurtriers s'accumulent alors que les tentatives de médiation internationales ne donnent rien.
Mal préparées et sans commandement unifié, les troupes russes essuient de lourdes pertes, ce qui oblige Moscou à accélérer le dialogue. Le 31 août 1996, le général Alexandre Lebed, chef des services de sécurité, et Aslan Maskhadov, nouveau dirigeant tchétchène, signent les accords de Khassaviourt ordonnant le retrait des forces russes de la république.
Jusqu'en 1999, le pouvoir tchétchène se réorganise sous la conduite d'Aslan Maskhadov, élu président en 1997 tandis que les islamistes tchétchènes s'implantent davantage dans la région. Après les attentats de Moscou d'août 1999 qui ont fait plus de 200 morts, le premier ministre russe d'alors, Vladimir Poutine, lance plus de 80 000 soldats russes dans le bourbier tchétchène. Destruction, désolation, massacres, attentats, camps d'internement rythment cette guerre dont il est difficile de prendre la mesure du terrible bilan humain et matériel.
Dominer une zone stratégique
La Tchétchénie constitue un territoire composé d'une plaine au nord et d'une zone montagneuse au sud. Globalement, les Tchétchènes de la plaine sont favorables à la Russie, ceux des montagnes sont indépendantistes et de tradition guerrière. Pour des raisons géopolitiques, la Russie cherche à contrôler l'accès aux montagnes alors que les Tchétchènes s'efforcent de recouvrer leur souveraineté sur leur espace naturel.
Pour la Russie, la Tchétchénie symbolise le premier théâtre d'une contre-offensive vers le Sud depuis l'abandon par l'URSS de l'Europe centrale et orientale et l'indépendance des Républiques ex-soviétiques d'Asie centrale. Pour la Tchétchénie, il est incompréhensible que la fin de l'URSS n'ait rien changé pour les peuples incorporés au système soviétique et en lutte pour leur libération nationale.
Depuis le 11 septembre, les Etats-Unis ont créé des bases militaires en Ouzbékistan et Kirghizstan et ont envoyé des troupes en Géorgie pour lutter contre Al-Qaida. La Russie, allié des Américains dans la guerre contre le terrorisme, entend riposter à la poussée islamiste, cherche à consolider la CEI et veut retenir les Etats du Caucase du Sud (Arménie, Géorgie, Azerbaïdjan) dans son giron.
Dissuader les peuples du Caucase
Le Caucase se compose d'une mosaïque d'ethnies dont les rivalités prennent souvent la forme de guerre ouverte ou rampante. A la moindre étincelle, les composantes nationales s'inquiètent des effets du conflit en matière de stabilité et de paix régionale.
La Russie, puissance coloniale, pratique depuis longtemps la technique du diviser pour régner. Depuis 1991, Moscou a ainsi encouragé les Abkhazes et les Ossètes contre la Géorgie et les Arméniens du Haut-Karabakh contre l'Azerbaïdjan. Mais cette fois-ci, la Russie pourrait être prise à son propre jeu de la déstabilisation. Par sa présence militaire massive en Tchétchénie, Moscou essaie de dissuader les minorités du Caucase de suivre l'exemple séparatiste tchétchène.
Le risque de l'instabilité régionale est pourtant fort. En août 1999, la Russie a écrasé dans le sang la tentative tchétchène de créer la république islamique indépendante du Daghestan. Dans la république de Kabardino-Balkarie, voisine de la Tchétchénie, la tension entre la majorité kabarde et la minorité slave est toujours vive, tout comme celle entre les Cosaques et les Caucasiens (Adyghes, Karatchaïs, Tcherkesses) le long de la chaîne montagneuse.
Djokhar Doudaev, le "loup" tchétchène
Cadet d'une famille de sept enfants, Djokhar Moussaïevitch Doudaev a tout juste un mois lorsqu'il est déporté en février 1944 avec les siens en Asie centrale, comme tous les Tchétchènes, accusés de collaboration avec les Nazis. Revenu à Grozny avec les survivants en 1957, il mène carrière dans l'armée soviétique "pour pouvoir prendre un jour sa revanche", dit-il.
A 18 ans, il part étudier à l'école militaire de pilotes de Tambov, puis à l'Académie de l'armée de l'air. Il sert en Sibérie, en Afghanistan et en Estonie où il commande une division prestigieuse de bombardiers stratégiques nucléaires. Proche des nationalistes baltes en pleine implosion de l'URSS, Djokhar Doudaev repart en 1991 en Tchétchénie et devient la même année le premier "président" élu de la République lors d'un scrutin controversé.
A la tête du parti nationaliste, le Congrès national du peuple tchétchène, Djokhar Doudaev conduit la guerre contre la Russie (1994-1996) mais se heurte à l'opposition de clans locaux qui le jugent trop dur ou trop modéré envers le pouvoir central. Il est retrouvé mort le 21 avril 1996, près du village de Gekhi Tchou, au pied du Caucase, après un bombardement de l'aviation russe.
Chamil Bassaev, le chef islamiste
Né en 1965, Chamil Bassaev est l'une des figures les plus populaires de la lutte tchétchène. Organisateur de la prise d'otages à Boudiennovsk en juin 1995 et de l'expédition au Daghestan en août 1999, il prend la tête des groupes islamistes à la mort du chef Khattab le 19 mars 2002.
En 1997, Chamil Bassaev arrive en second à la présidentielle en Tchétchénie et détient la majorité au nouveau Parlement tchétchène. Nommé premier ministre du président Aslan Maskhadov, il démissionne de son poste le 10 juillet 1997 après avoir dénoncé le rapprochement entre Moscou et Grozny sur l'avenir de la République. En 1999, Chamil Bassaev reçoit le titre d'émir de l'Armée de libération du Nord du Caucase par le Congrès des peuples du Daghestan et de Tchétchénie, organisation fondée en 1997 par plusieurs partis extrémistes.
D'après certains observateurs, Chamil Bassaev est accusé de faire le jeu des Russes. Cette hypothèse s'appuie sur le fait que Chamil Bassaev est un ancien OMON (troupes spéciales du ministère de l'intérieur russe) et qu'il a reçu des financements de l'oligarque Boris Berezovski, ex-membre des services de sécurité russes et aujourd'hui exilé politique en Angleterre.
Poursuivre la modernisation de l'armée russe
100 000 militaires russes se trouvent en Tchétchénie depuis 1999, soit une densité de 1000 soldats/km2. Cette présence surdimensionnée, la Russie la considère comme une traduction concrète de la modernisation de ses forces armées. Depuis 1980, les effectifs de l'armée sont passés de 5 300 000 à 1 062 000 soldats alors que le renouvellement de son matériel se veut constant.
En 1997, après ses revers en Tchétchénie, l'armée, qui fonctionne sur le principe de la conscription, a engagé une professionnalisation de ses effectifs, avec projet de constitution d'unités composées d'engagés d'ici à 2008.
Outre la lenteur de ces réformes et la difficile reconversion des soldats, le manque d'entretien des armements et l'indiscipline des troupes dressent un tableau préoccupant des forces russes. Pour accélérer la modernisation de l'armée, l'état-major utilise le champ de bataille tchétchène pour liquider son matériel usagé et expérimenter de nouvelles armes. D'où sa volonté de mener une guerre totale en Tchétchénie, à l'abri du regard des Etats-Unis et de l'OTAN auxquels la Russie est pourtant liée depuis le traité de Start II en 2000 et le Partenariat pour la paix avec l'Alliance en 1994.
Maîtriser le flux de réfugiés
Mauvais traitements, vols, détentions arbitraires, assassinats sont autant d'exactions subies par les réfugiés tchétchènes dans la république en guerre ou en Ingouchie de la part des forces russes. Les ONG Memorial, Human Rights Watch (HRW), Médecins du monde, la mission onusienne de Francis Deng en septembre 2003 ont multiplié les appels en faveur de la protection des réfugiés tchétchènes.
Sur un peu plus de un million d'habitants, près de 100 000 Tchétchènes sont réfugiés dans leur propre pays et surtout en Ingouchie.
Depuis quelques mois, les autorités ingouches, avec le concours du gouvernement russe, souhaitent encourager le retour des Tchétchènes dans leur village d'origine et menacent de fermer les camps ou de couper gaz, électricité et eau en cas de refus. Or, par centaines les réfugiés refusent de revenir en Tchétchénie tant que la guerre sévit et que leur sécurité n'est pas assurée. De son côté, la Russie incite les Tchétchènes à retourner chez eux afin d'effacer le spectacle désolant des camps de tentes déployés depuis 1999 en Ingouchie, preuve tangible de l'absence de stabilisation en Tchétchénie.
Une loi fondamentale contestée
Première étape de la "normalisation", Moscou organise un référendum en Tchétchénie, le 23 mars 2003 avec pour objectif d'affirmer l'appartenance de la République séparatiste à la fédération de Russie. Selon les résultats officiels, 89,5 % des électeurs ont voté en faveur du "oui" à la nouvelle Constitution tchétchène.
Les Russes tenteraient également de s'appuyer sur ce référendum pour refuser toute négociation avec le président Aslan Maskhadov. Rédigée par Moscou, cette loi fondamentale remplace la Constitution indépendantiste adoptée en mars 1992, et qui a servi de base à l'élection du président tchétchène en 1997, confirmée par l'OSCE. Le résultat du référendum a été rejeté par les nationalistes tchétchènes et critiqué par des organisations internationales au motif qu'il est impossible de trouver 80 % d'électeurs alors que Grozny compte aujourd'hui moins de 80 000 habitants. En revanche, les troupes russes présentes en Tchétchénie ont participé au scrutin, sans que l'on sache le nombre de soldats qui ont pu se rendre aux urnes.
Un espoir d'accalmie rejeté par les rebelles
Deuxième étape de la "normalisation", l'amnistie, votée en juin 2003 par la Douma, est présentée par les autorités russes comme un moyen de stabiliser la situation, dans la lignée du référendum de mars alors que les combats se poursuivent. A ce jour, même si les groupes rebelles ont rejeté l'amnistie, 171 combattants ont déjà déposé les armes et 143 sont exemptés de poursuites judiciaires. Entre 1 200 et 3 000 rebelles sont actifs en Tchétchénie, selon différentes sources, dont un millier d'extrémistes.
A l'approche de la date butoir du 1er septembre, Akhmad Kadyrov et des parlementaires russes ont demandé de prolonger de trois mois l'offre d'amnistie pour les rebelles. Le président de l'administration tchétchène pro-russe explique cette requête par le fait que 300 autres combattants étaient encore prêts à se rendre. D'après le président de la commission législative de la Douma, Pavel Kracheninnikov, cité par l'agence russe Interfax, la prolongation a été impossible à obtenir, les députés étant en vacances parlementaires.
Akhmad Kadyrov, l'homme de Moscou
Proche des thèses indépendantistes, Akhmad Kadyrov, ex-mufti de la Tchétchénie, a combattu aux côtés de Djokhar Doudaev et d'Aslan Maskhadov pendant la première guerre. Elu mufti dans le réduit rebelle de Vedeno en 1995, provoquant aussitôt la démission de nombreux responsables locaux, Akhmed Kadyrov a pris ses distances en 1999 avec les chefs de la rébellion tchétchène et a été nommé le 12 juin 2000 au poste d'administrateur provisoire de Tchétchénie. Chef du pouvoir exécutif pour une durée de deux à trois ans, en remplacement de Nikolaï Kochman, le représentant de Moscou, Akhmed Kadyrov combat les islamistes tchétchènes et les défenseurs du wahhabisme dans la région. Il est cependant considéré comme un traître depuis qu'il a aidé les troupes fédérales à reprendre sans combat sa ville natale, Goudermès, échappant d'ailleurs à plusieurs attentats.
Candidat à l'élection présidentielle de 2003, il est donné favori du scrutin depuis le retrait de plusieurs dirigeants tchétchènes plus distants envers Moscou. En septembre 2003, à l'occasion de l'assemblée générale de l'ONU à New York, Akhmad Kadyrov a fait partie de la délégation russe conduite par le président Vladimir Poutine.
Contrôler la route du pétrole
La Tchétchénie est l'une des plus riches républiques autonomes du Caucase. Elle se situe au cœur du marché du pétrole de la Caspienne convoité par la Russie et les compagnies occidentales. L'oléoduc Bakou-Novorossiisk traverse la Tchétchénie mais son équipement est vétuste et ses capacités de distribution sont limitées. Jusqu'en 1993, la crise tchétchène gênait les experts russes dans les négociations avec les firmes occidentales.
Le projet russe de construire un nouveau pipe-line moins coûteux et contournant la république rebelle s'est heurté à leur refus. Mais dès que Bakou a évoqué la signature des premiers contrats pétroliers avec des compagnies étrangères, Moscou a lancé son offensive contre la Tchétchénie. En 1997, en période de paix, la Russie et la Tchétchénie ont signé un accord sur le transit du pétrole azerbaïdjanais devant rapporter des centaines de milliers de dollars de royalties aux Tchétchènes. Pour Moscou, l'arme du pétrole favorise le maintien de la Tchétchénie dans son giron. Pour Grozny, la pétrole est une garantie de développement. Mais sitôt l'accord sur l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan conclu en 1999, Moscou a lancé sa deuxième opération militaire contre la Tchétchénie.
Les électeurs tchétchènes sont appelés aux urnes pour élire leur président de la République, le dimanche 5 octobre 2003, sous la haute surveillance des autorités fédérales russes. Moscou poursuit, par ce scrutin présidentiel, le processus de "normalisation" lancé en 2002, l'objectif étant de rétablir l'ordre dans cette république en guerre contre la Russie depuis l'été 1999.
Au-delà du scrutin dont l'issue ne fait guère de doute, puisque Akhmad Kadyrov, candidat de Moscou, est donné grand vainqueur malgré son impopularité, le vote se déroule sur fond de tragédie humaine. Face à l'armée russe, la résistance tchétchène, partagée entre nationalistes et islamistes radicaux, multiplie attentats et embuscades, alors que les populations civiles entassées de plus en plus dans les camps de réfugiés subissent de plein fouet les effets de cette guerre.
Préparé par Gaïdz Minassian.
Une république en sécession
A la chute de l'URSS en 1991, la Tchétchénie proclame son indépendance mais les divisions sont telles que la victoire de Djokhar Doudaev est contestée de l'intérieur. Hostile au séparatisme, la Russie dénonce l'anticonstitutionnalité de la décision de la République tchétchène. En novembre 1992, Grozny exige le retrait des troupes russes stationnées en Tchétchénie. Moscou envoie de nouvelles forces aux abords de la république rebelle. Ce qui provoque de fortes tensions sur place, où deux pouvoirs s'affrontent.
D'un côté, le camp indépendantiste du président Djokhar Doudaev tient la capitale, Grozny, et accuse l'opposition de trahison. De l'autre, les groupes pro-Moscou, majoritaires dans les provinces du Nord, dénoncent l'esprit va-t'en-guerre du président tchétchène. Affrontements, attentats et guerre des gangs s'ensuivent. Le 26 novembre 1994, les anti-Doudaev attaquent Grozny mais sont repoussés par les soldats fidèles au président. Bilan : 300 morts en une journée ; il s'avère par la suite que les assaillants sont des soldats russes déguisés. Pour rétablir l'ordre constitutionnel et arrêter la guerre civile, le président Boris Eltsine donne l'ordre d'attaquer la Tchétchénie en décembre 1994.
Une république en guerre
35 000 soldats russes prennent d'assaut la Tchétchénie le 11 décembre 1994, Grozny tombe le 31 décembre. Les forces tchétchènes résistent. Bombardements, colonnes de réfugiés, affrontements meurtriers s'accumulent alors que les tentatives de médiation internationales ne donnent rien.
Mal préparées et sans commandement unifié, les troupes russes essuient de lourdes pertes, ce qui oblige Moscou à accélérer le dialogue. Le 31 août 1996, le général Alexandre Lebed, chef des services de sécurité, et Aslan Maskhadov, nouveau dirigeant tchétchène, signent les accords de Khassaviourt ordonnant le retrait des forces russes de la république.
Jusqu'en 1999, le pouvoir tchétchène se réorganise sous la conduite d'Aslan Maskhadov, élu président en 1997 tandis que les islamistes tchétchènes s'implantent davantage dans la région. Après les attentats de Moscou d'août 1999 qui ont fait plus de 200 morts, le premier ministre russe d'alors, Vladimir Poutine, lance plus de 80 000 soldats russes dans le bourbier tchétchène. Destruction, désolation, massacres, attentats, camps d'internement rythment cette guerre dont il est difficile de prendre la mesure du terrible bilan humain et matériel.
Dominer une zone stratégique
La Tchétchénie constitue un territoire composé d'une plaine au nord et d'une zone montagneuse au sud. Globalement, les Tchétchènes de la plaine sont favorables à la Russie, ceux des montagnes sont indépendantistes et de tradition guerrière. Pour des raisons géopolitiques, la Russie cherche à contrôler l'accès aux montagnes alors que les Tchétchènes s'efforcent de recouvrer leur souveraineté sur leur espace naturel.
Pour la Russie, la Tchétchénie symbolise le premier théâtre d'une contre-offensive vers le Sud depuis l'abandon par l'URSS de l'Europe centrale et orientale et l'indépendance des Républiques ex-soviétiques d'Asie centrale. Pour la Tchétchénie, il est incompréhensible que la fin de l'URSS n'ait rien changé pour les peuples incorporés au système soviétique et en lutte pour leur libération nationale.
Depuis le 11 septembre, les Etats-Unis ont créé des bases militaires en Ouzbékistan et Kirghizstan et ont envoyé des troupes en Géorgie pour lutter contre Al-Qaida. La Russie, allié des Américains dans la guerre contre le terrorisme, entend riposter à la poussée islamiste, cherche à consolider la CEI et veut retenir les Etats du Caucase du Sud (Arménie, Géorgie, Azerbaïdjan) dans son giron.
Dissuader les peuples du Caucase
Le Caucase se compose d'une mosaïque d'ethnies dont les rivalités prennent souvent la forme de guerre ouverte ou rampante. A la moindre étincelle, les composantes nationales s'inquiètent des effets du conflit en matière de stabilité et de paix régionale.
La Russie, puissance coloniale, pratique depuis longtemps la technique du diviser pour régner. Depuis 1991, Moscou a ainsi encouragé les Abkhazes et les Ossètes contre la Géorgie et les Arméniens du Haut-Karabakh contre l'Azerbaïdjan. Mais cette fois-ci, la Russie pourrait être prise à son propre jeu de la déstabilisation. Par sa présence militaire massive en Tchétchénie, Moscou essaie de dissuader les minorités du Caucase de suivre l'exemple séparatiste tchétchène.
Le risque de l'instabilité régionale est pourtant fort. En août 1999, la Russie a écrasé dans le sang la tentative tchétchène de créer la république islamique indépendante du Daghestan. Dans la république de Kabardino-Balkarie, voisine de la Tchétchénie, la tension entre la majorité kabarde et la minorité slave est toujours vive, tout comme celle entre les Cosaques et les Caucasiens (Adyghes, Karatchaïs, Tcherkesses) le long de la chaîne montagneuse.
Djokhar Doudaev, le "loup" tchétchène
Cadet d'une famille de sept enfants, Djokhar Moussaïevitch Doudaev a tout juste un mois lorsqu'il est déporté en février 1944 avec les siens en Asie centrale, comme tous les Tchétchènes, accusés de collaboration avec les Nazis. Revenu à Grozny avec les survivants en 1957, il mène carrière dans l'armée soviétique "pour pouvoir prendre un jour sa revanche", dit-il.
A 18 ans, il part étudier à l'école militaire de pilotes de Tambov, puis à l'Académie de l'armée de l'air. Il sert en Sibérie, en Afghanistan et en Estonie où il commande une division prestigieuse de bombardiers stratégiques nucléaires. Proche des nationalistes baltes en pleine implosion de l'URSS, Djokhar Doudaev repart en 1991 en Tchétchénie et devient la même année le premier "président" élu de la République lors d'un scrutin controversé.
A la tête du parti nationaliste, le Congrès national du peuple tchétchène, Djokhar Doudaev conduit la guerre contre la Russie (1994-1996) mais se heurte à l'opposition de clans locaux qui le jugent trop dur ou trop modéré envers le pouvoir central. Il est retrouvé mort le 21 avril 1996, près du village de Gekhi Tchou, au pied du Caucase, après un bombardement de l'aviation russe.
Chamil Bassaev, le chef islamiste
Né en 1965, Chamil Bassaev est l'une des figures les plus populaires de la lutte tchétchène. Organisateur de la prise d'otages à Boudiennovsk en juin 1995 et de l'expédition au Daghestan en août 1999, il prend la tête des groupes islamistes à la mort du chef Khattab le 19 mars 2002.
En 1997, Chamil Bassaev arrive en second à la présidentielle en Tchétchénie et détient la majorité au nouveau Parlement tchétchène. Nommé premier ministre du président Aslan Maskhadov, il démissionne de son poste le 10 juillet 1997 après avoir dénoncé le rapprochement entre Moscou et Grozny sur l'avenir de la République. En 1999, Chamil Bassaev reçoit le titre d'émir de l'Armée de libération du Nord du Caucase par le Congrès des peuples du Daghestan et de Tchétchénie, organisation fondée en 1997 par plusieurs partis extrémistes.
D'après certains observateurs, Chamil Bassaev est accusé de faire le jeu des Russes. Cette hypothèse s'appuie sur le fait que Chamil Bassaev est un ancien OMON (troupes spéciales du ministère de l'intérieur russe) et qu'il a reçu des financements de l'oligarque Boris Berezovski, ex-membre des services de sécurité russes et aujourd'hui exilé politique en Angleterre.
Poursuivre la modernisation de l'armée russe
100 000 militaires russes se trouvent en Tchétchénie depuis 1999, soit une densité de 1000 soldats/km2. Cette présence surdimensionnée, la Russie la considère comme une traduction concrète de la modernisation de ses forces armées. Depuis 1980, les effectifs de l'armée sont passés de 5 300 000 à 1 062 000 soldats alors que le renouvellement de son matériel se veut constant.
En 1997, après ses revers en Tchétchénie, l'armée, qui fonctionne sur le principe de la conscription, a engagé une professionnalisation de ses effectifs, avec projet de constitution d'unités composées d'engagés d'ici à 2008.
Outre la lenteur de ces réformes et la difficile reconversion des soldats, le manque d'entretien des armements et l'indiscipline des troupes dressent un tableau préoccupant des forces russes. Pour accélérer la modernisation de l'armée, l'état-major utilise le champ de bataille tchétchène pour liquider son matériel usagé et expérimenter de nouvelles armes. D'où sa volonté de mener une guerre totale en Tchétchénie, à l'abri du regard des Etats-Unis et de l'OTAN auxquels la Russie est pourtant liée depuis le traité de Start II en 2000 et le Partenariat pour la paix avec l'Alliance en 1994.
Maîtriser le flux de réfugiés
Mauvais traitements, vols, détentions arbitraires, assassinats sont autant d'exactions subies par les réfugiés tchétchènes dans la république en guerre ou en Ingouchie de la part des forces russes. Les ONG Memorial, Human Rights Watch (HRW), Médecins du monde, la mission onusienne de Francis Deng en septembre 2003 ont multiplié les appels en faveur de la protection des réfugiés tchétchènes.
Sur un peu plus de un million d'habitants, près de 100 000 Tchétchènes sont réfugiés dans leur propre pays et surtout en Ingouchie.
Depuis quelques mois, les autorités ingouches, avec le concours du gouvernement russe, souhaitent encourager le retour des Tchétchènes dans leur village d'origine et menacent de fermer les camps ou de couper gaz, électricité et eau en cas de refus. Or, par centaines les réfugiés refusent de revenir en Tchétchénie tant que la guerre sévit et que leur sécurité n'est pas assurée. De son côté, la Russie incite les Tchétchènes à retourner chez eux afin d'effacer le spectacle désolant des camps de tentes déployés depuis 1999 en Ingouchie, preuve tangible de l'absence de stabilisation en Tchétchénie.
Une loi fondamentale contestée
Première étape de la "normalisation", Moscou organise un référendum en Tchétchénie, le 23 mars 2003 avec pour objectif d'affirmer l'appartenance de la République séparatiste à la fédération de Russie. Selon les résultats officiels, 89,5 % des électeurs ont voté en faveur du "oui" à la nouvelle Constitution tchétchène.
Les Russes tenteraient également de s'appuyer sur ce référendum pour refuser toute négociation avec le président Aslan Maskhadov. Rédigée par Moscou, cette loi fondamentale remplace la Constitution indépendantiste adoptée en mars 1992, et qui a servi de base à l'élection du président tchétchène en 1997, confirmée par l'OSCE. Le résultat du référendum a été rejeté par les nationalistes tchétchènes et critiqué par des organisations internationales au motif qu'il est impossible de trouver 80 % d'électeurs alors que Grozny compte aujourd'hui moins de 80 000 habitants. En revanche, les troupes russes présentes en Tchétchénie ont participé au scrutin, sans que l'on sache le nombre de soldats qui ont pu se rendre aux urnes.
Un espoir d'accalmie rejeté par les rebelles
Deuxième étape de la "normalisation", l'amnistie, votée en juin 2003 par la Douma, est présentée par les autorités russes comme un moyen de stabiliser la situation, dans la lignée du référendum de mars alors que les combats se poursuivent. A ce jour, même si les groupes rebelles ont rejeté l'amnistie, 171 combattants ont déjà déposé les armes et 143 sont exemptés de poursuites judiciaires. Entre 1 200 et 3 000 rebelles sont actifs en Tchétchénie, selon différentes sources, dont un millier d'extrémistes.
A l'approche de la date butoir du 1er septembre, Akhmad Kadyrov et des parlementaires russes ont demandé de prolonger de trois mois l'offre d'amnistie pour les rebelles. Le président de l'administration tchétchène pro-russe explique cette requête par le fait que 300 autres combattants étaient encore prêts à se rendre. D'après le président de la commission législative de la Douma, Pavel Kracheninnikov, cité par l'agence russe Interfax, la prolongation a été impossible à obtenir, les députés étant en vacances parlementaires.
Akhmad Kadyrov, l'homme de Moscou
Proche des thèses indépendantistes, Akhmad Kadyrov, ex-mufti de la Tchétchénie, a combattu aux côtés de Djokhar Doudaev et d'Aslan Maskhadov pendant la première guerre. Elu mufti dans le réduit rebelle de Vedeno en 1995, provoquant aussitôt la démission de nombreux responsables locaux, Akhmed Kadyrov a pris ses distances en 1999 avec les chefs de la rébellion tchétchène et a été nommé le 12 juin 2000 au poste d'administrateur provisoire de Tchétchénie. Chef du pouvoir exécutif pour une durée de deux à trois ans, en remplacement de Nikolaï Kochman, le représentant de Moscou, Akhmed Kadyrov combat les islamistes tchétchènes et les défenseurs du wahhabisme dans la région. Il est cependant considéré comme un traître depuis qu'il a aidé les troupes fédérales à reprendre sans combat sa ville natale, Goudermès, échappant d'ailleurs à plusieurs attentats.
Candidat à l'élection présidentielle de 2003, il est donné favori du scrutin depuis le retrait de plusieurs dirigeants tchétchènes plus distants envers Moscou. En septembre 2003, à l'occasion de l'assemblée générale de l'ONU à New York, Akhmad Kadyrov a fait partie de la délégation russe conduite par le président Vladimir Poutine.
Contrôler la route du pétrole
La Tchétchénie est l'une des plus riches républiques autonomes du Caucase. Elle se situe au cœur du marché du pétrole de la Caspienne convoité par la Russie et les compagnies occidentales. L'oléoduc Bakou-Novorossiisk traverse la Tchétchénie mais son équipement est vétuste et ses capacités de distribution sont limitées. Jusqu'en 1993, la crise tchétchène gênait les experts russes dans les négociations avec les firmes occidentales.
Le projet russe de construire un nouveau pipe-line moins coûteux et contournant la république rebelle s'est heurté à leur refus. Mais dès que Bakou a évoqué la signature des premiers contrats pétroliers avec des compagnies étrangères, Moscou a lancé son offensive contre la Tchétchénie. En 1997, en période de paix, la Russie et la Tchétchénie ont signé un accord sur le transit du pétrole azerbaïdjanais devant rapporter des centaines de milliers de dollars de royalties aux Tchétchènes. Pour Moscou, l'arme du pétrole favorise le maintien de la Tchétchénie dans son giron. Pour Grozny, la pétrole est une garantie de développement. Mais sitôt l'accord sur l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan conclu en 1999, Moscou a lancé sa deuxième opération militaire contre la Tchétchénie.
Gli iscritti e contribuenti 2012
| FRANCESCA T. MILANO | 200 euro |
| EUFEMIA T. MUGGIO' | 200 euro |
| AMBROGIO S. CASSINA DE' PECCHI | 200 euro |
| PIER PAOLO S. FROSINONE | 200 euro |
| DAVIDE R. MILANO | 200 euro |
| LORENA P. MONZA | 200 euro |
| DAVIDE L. MANTOVA | 200 euro |
| PAOLO G. ROMA | 200 euro |
| MARTA G. ROMA | 200 euro |
| ANNA MARIA D. ROMA | 200 euro |
| Total SUM | 397.572 euro |
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TCHETCHENIE. « EUROPE POUR LA PAIX », LE DEBARQUEMENT AUTREMENT DIT : AU-DELA D'UNE COMMEMORATION : DEBAT AVEC OUMAR KHAMBIEV ET OLIVIER DUPUIS
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