La question tchétchène restera aux portes de l'Elysée


Le Monde

La visite à Paris du président russe, Vladimir Poutine, vendredi 18 mars, où il sera rejoint par Gerhard Schröder et José Luis Rodriguez Zapatero, a pour but de renouer une relation "forte, stable, équilibrée" avec la Russie, selon Jacques Chirac. Le conflit tchétchène et la mort du chef indépendantiste Maskhadov ne se glisseront vraisemblablement pas dans la conversation. Le 17 mars, le secrétaire d'Etat aux affaires étrangères s'est contenté de rappeler le souhait française d'un règlement "politique" de la guerre.

La lettre, signée Dominique Voynet, a été envoyée jeudi 17 mars à Jacques Chirac. La sénatrice écologiste demande au président de la République de condamner "l'assassinat" du chef indépendantiste tchétchène Aslan Maskhadov. Pour Mme Voynet, le silence de la France sur les circonstances de la mort de M. Maskhadov, dans lesquelles "la responsabilité de la Russie est clairement établie (...) est intolérable".

"M. Poutine sera à Paris le 18 mars. Personne ne comprendrait qu'une conception erronée des règles de l'hospitalité vous réduise au silence sur cette question", a-t-elle écrit. Pourtant, si Vladimir Poutine est bien à Paris vendredi, c'est plutôt pour permettre à l'Europe et à la Russie de décrisper leurs relations.

Le président Chirac devait accueillir en fin de matinée son homologue russe pour un programme particulier avant que le chancelier allemand, Gerhard Schröder, et le chef du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, les rejoignent en fin d'après-midi pour une réunion quadripartite suivie d'un dîner de travail.

RENAUD MUSELIER ET LA "SOLUTION POLITIQUE" AU CONFLIT

M. Chirac affirme ainsi régulièrement que l'intérêt stratégique de l'Union européenne est de développer une relation "forte, stable, équilibrée et confiante avec la Russie".

Un porte-parole de M. Zapatero a, de son côté, estimé "possible" que les trois Européens évoquent le conflit en Tchétchénie. Il semble toutefois que cela sera fait discrètement, l'Elysée rappelant simplement que la France a toujours plaidé pour une solution politique à la guerre menée par la Russie dans la petite république indépendantiste.

Le secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, Renaud Muselier, a évoqué rapidement jeudi la position de la France sur la Tchétchénie, avant l'arrivée de M. Poutine. Comme on lui demandait si la France envisageait de faire voter une résolution condamnant l'attitude russe en Tchétchénie et si elle allait exiger la restitution du corps de M. Maskhadov à sa famille, M. Muselier, a répondu plutôt vaguement : "Nous ne sommes pas et nous ne pouvons rester indifférents à ce conflit long, particulièrement meurtrier, et qui touche les civils."

Mais il n'a fait aucune référence directe à la mort de M. Maskhadov, "appelant à un règlement politique face aux graves préoccupations sur la situation humanitaire en Tchétchénie".

Il a indiqué que la question des droits de l'homme avait fait l'objet de consultations en janvier à Moscou entre le chef de la diplomatie française Michel Barnier et son homologue russe Sergueï Lavrov, ainsi qu'entre la Russie et l'Union européenne en mars.

"Nous apportons tout l'appui possible au dialogue avec les autorités tchétchènes et la société civile, engagé sous les auspices du Conseil de l'Europe et destiné à lutter contre l'impunité et mettre fin aux disparitions et à faire aboutir les enquêtes", a dit M. Muselier.

LA GUERRE EN TCHÉTCHÉNIE, SOURCE D'INSÉCURITÉ

L'objectif, a-t-il ajouté, est "de promouvoir les droits de l'homme en Tchétchénie et de contribuer à dégager une solution politique, seule issue possible à ce conflit".

Pour Marie Mendras, chercheuse à la Fondation des sciences politiques, "la France a fait le choix politique à la fois au sein de l'Europe et vis-à-vis des Etats-Unis de continuer à avoir une relation directe avec les dirigeants russes, quoi qu'il arrive". Le sommet de vendredi à Paris est aussi un "signal pour dire que le coeur de la grande Europe peut toujours se parler indépendamment des Anglo-Saxons", ajoute-t-elle.

Pour autant, la guerre en Tchétchénie et la mort du président indépendantiste peuvent peser sur la rencontre du 18 mars. Marie Mendras affirme que même s'ils prennent des précautions pour ne pas critiquer la Russie sur ce sujet, "les pays européens sont de plus en plus convaincus que la guerre en Tchétchénie est une source d'insécurité majeure et qu'il faut absolument pousser Moscou à réfléchir à une autre politique".